Max Weber distinguait deux grandes postures politiques : l’éthique de conviction, qui repose sur des principes absolus, et l’éthique de responsabilité, qui assume les conséquences des décisions prises. Pendant longtemps, cette opposition a servi à analyser les choix des dirigeants : fallait-il rester fidèle à un idéal coûte que coûte, ou bien composer avec la réalité ? [...]
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00:00Max Weber distinguait deux grandes postures politiques, l'éthique de conviction qui
00:12repose sur des principes absolus et l'éthique de responsabilité qui assume les conséquences
00:18des décisions prises.
00:19Pendant longtemps, cette opposition a servi à analyser les choix des dirigeants.
00:23Fallait-il rester fidèle à un idéal coûte que coûte ou bien composer avec la réalité
00:29Aujourd'hui, ces catégories tiennent-elles encore dans un monde politique où le chaos
00:33programmatique devient une stratégie et où l'économie de l'attention impose ses règles ?
00:38Dans un monde où la visibilité est devenue la ressource la plus précieuse, l'éthique
00:43de conviction elle-même n'est-elle pas en train de se transformer ? Faut-il encore
00:48y voir un engagement sincère ou bien une posture calibrée pour maximiser la tension
00:54?
00:55Jean-Luc Mélenchon illustre parfaitement cette tension.
00:58Officiellement, il se place dans une éthique de conviction radicale, refusant tout compromis
01:03au nom de son idéal.
01:04Mais en réalité, son approche repose peut-être sur une maîtrise de l'attention politique
01:09enchaînant crises et coups d'éclat qui imposent son tempo dans l'espace public.
01:14Le chaos programmatique devient un outil de domination du débat et non plus un simple
01:20effet secondaire.
01:22Dès lors, les véritables stratégies de l'éthique de conviction ne sont-ils pas
01:26en train de disparaître, remplacées par des figures qui assument un chaos organisé
01:31pour mieux dicter les termes de la conversation politique ?
01:34Théoriquement, elles supposent un calcul rationnel des conséquences politiques.
01:40Mais dans un univers où le court-termisme domine, où la gestion de l'agenda médiatique
01:45est primordiale, qui agit encore en réelle stratégie de long terme ?
01:50Emmanuel Macron se veut l'incarnation de l'éthique de responsabilité, assumant
01:55des décisions impopulaires au nom d'un bien supérieur.
01:58Mais ses prises de position sont également mises en scène pour créer des moments de
02:02rupture, de buzz, qui lui permettent de structurer le débat autour de sa propre figure.
02:07Weber, finalement, peut-il encore nous aider à penser la politique contemporaine ?
02:15Si Weber opposait ces deux postures, le monde politique actuel semble les tordre dans une
02:21même logique d'hyperbolisation du débat, de radicalisation des enjeux.
02:27D'un côté, le chaos est programmé pour entretenir une domination médiatique.
02:33De l'autre, les principes sont exagérés, caricaturés, pour maximiser la visibilité.
02:40Alors, faut-il encore penser en termes d'éthique de responsabilité et d'éthique de conviction ?
02:45Ou bien devons-nous reconnaître que l'espace politique est devenu un pur jeu de gestion
02:50de l'agenda et de la captation de l'attention ?
02:54Ce n'est plus l'éthique qui structure l'action politique, mais la capacité à
02:59imposer un tempo.