Dans ses interviews, Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, se met dans la peau des patrons...
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00:00Bonjour Loïc Lefloch-Prigent, bienvenu, vous êtes un industriel récidiviste, vous persistez en ce moment.
00:10Je suis addict à l'industrie.
00:12J'ai bien compris.
00:13C'est terrible.
00:14Déjà ce n'est pas si facile, mais je veux dire qu'en ce moment je suis absolument suffoquée.
00:20Vous avez actuellement trois boîtes PMI, c'est-à-dire petites et moyennes industries.
00:26On est huit en fait, mais j'ai indiqué les trois plus grosses de façon à ce que ça dise quelque chose aux gens éventuellement.
00:36J'ai indiqué OMP qui fait du zamak près de Yonax.
00:41J'ai indiqué Aditech qui fait des petites pièces qui vont partout, métalliques, qui est près de Colmar à Maastricht.
00:52Et puis une autre qui est près de Paris qui s'appelle Ripoche qui fait le même genre de pièces pour l'automobile.
00:58C'est quand même incroyable parce que l'industrie c'est ce qu'il y a de plus dur aujourd'hui en France, non ?
01:03C'est ce qu'il y a de plus dur et ce qu'il y a de plus intéressant.
01:06Le problème c'est de savoir ce qu'il y a d'intérêt.
01:08Si l'intérêt c'est d'arriver dans un bureau et de se faire payer à rien faire, effectivement c'est embêtant.
01:14Sinon que moi ce qui m'intéresse dans la vie c'est des machines, c'est le travail, c'est produire, c'est résoudre des problèmes techniques et économiques.
01:23C'est voir des clients et s'apercevoir que les clients ils changent tout le temps mais ils sont très intéressants à écouter.
01:31Et c'est des gens qui ont un curriculum particulièrement audacieux mais qui foutent rien.
01:40Par contre des gens qui sont blanchis sous le harnais et qui arrivent à 40 ans avec des tas d'idées.
01:46L'industrie c'est un monde merveilleux. Il faut que les gens connaissent.
01:51Bien sûr mais alors qu'est-ce qu'il faut penser ?
01:54Parce que l'industrie, moi je préside le mouvement éthique que vous connaissez très bien puisqu'il vous occupez aussi de l'industrie.
01:59Ça va mal ou ça va pas mal ? On est étouffé sous les normes, on n'arrive pas à bosser, on met trois ans de plus à monter une boîte que n'importe où ailleurs.
02:08C'est quoi la situation ? Parce que vous vous avez l'air d'un industriel heureux.
02:12Moi je suis un industriel qui résout les problèmes. Donc j'essaie de trouver des solutions dans un monde chaotique.
02:19Et donc c'est le chaos et je ne dis pas que je me suis habitué au chaos.
02:25Pourquoi c'est le chaos ?
02:27C'est le chaos parce qu'il y a les normes et les normes sont contradictoires.
02:33Alors il faut trouver la bonne norme qui correspond à ce qu'on a envie de faire et trouver les bons.
02:38Et puis par ailleurs, en ce qui concerne l'environnement, ces normes sont appliquées par des militants et non pas par des gens de l'administration.
02:45Alors ces militants, ils ont envie de vous fermer.
02:47Je vous arrête, c'est intéressant. Les gens qui viennent vous contrôler, vous considérez que ce n'est pas des contrôleurs, vous considérez que ce sont des militants ?
02:54En ce qui concerne l'environnement oui, c'est clair.
02:57Mais alors ils ont le droit de venir chez vous comme ça ?
02:59Ils s'auto-justifient.
03:03Ils sont quoi ? Ils sont fonctionnaires ?
03:05Ils sont fonctionnaires bien sûr. Ils sont dans les différentes agences ou dans les fonctions.
03:09Enfin là, ce que nous voyons nous, petits et moyens entreprises, c'est l'aide réelle, c'est-à-dire la direction régionale de l'environnement et d'autres choses.
03:19Et ces gens-là viennent vous voir et puis disent voilà, on a vérifié l'eau à tel endroit, il paraît qu'elle est mal.
03:27J'ai dit oui, mais il y a 15 entreprises.
03:30Ben oui, mais c'est la vôtre qui paraît avoir posé des problèmes.
03:33Des problèmes de quoi par exemple ?
03:35C'est de composition, de l'eau qui sort de la zone industrielle dans laquelle je suis.
03:43Et alors par exemple, ça c'est un cas concret, c'est intéressant.
03:47On vous dit l'eau qui sort n'est pas aux normes en gros.
03:50Voilà exactement.
03:51Et alors qu'est-ce que vous devez faire ?
03:52Il faut répondre à un questionnaire de 1500 pages en crochant des A.
03:59Et puis ensuite, de nouveau, le questionnaire revient avec des questions plus précises et c'est l'enfer.
04:08Et on ne vous arrête pas, on ne vous empêche pas de travailler quand même, vous n'arrête pas ?
04:11Si, à un moment.
04:12À un moment, on essaie de m'empêcher de travailler, ils n'arrivent pas.
04:15Enfin disons qu'ils essayent.
04:16Et c'est là où le fait d'avoir quelques connaissances...
04:19Et est-ce que vous vivez, j'étais très traumatisée moi, alors vous me direz que ce n'est pas votre secteur,
04:23mais est-ce qu'il peut vous arriver quelque chose comme il est arrivé à l'autoroute pratiquement terminée,
04:29dans le sud-ouest, où on a massacré des milliards et une région,
04:35et maintenant on dit ben non, on va attendre un an et demi pour voir si...
04:39Est-ce que ce sont des choses que vous pouvez vivre au quotidien ?
04:42Oui, on peut les vivre, on essaie de les éviter.
04:44Et donc c'est là tout l'art du patron et des gens compétents qui l'entourent.
04:50C'est comme ça que si jamais on a des bureaucrates bornés, on est cuit dans l'industrie.
04:58Quand vous avez un bureaucrate borné, vous tapez plus haut, vous faites quoi ?
05:05Ça dépend du bureaucrate.
05:07C'est-à-dire de temps en temps, je lui fais peur, donc il se rétracte.
05:11Et de temps en temps, pour lui faire peur, il faut que je monte au-dessus, et au-dessus, et au-dessus, et au-dessus.
05:15Donc c'est compliqué, mais il faut s'adapter.
05:18Alors vous êtes ministre de l'Industrie aujourd'hui, vous avez du courage.
05:22Qu'est-ce que vous faites en premier ?
05:24En premier, je prends les normes, je les fous au panier, et je dis maintenant on va travailler correctement.
05:30Et on va repartir sur des choses concrètes, c'est-à-dire dans telle industrie,
05:36voilà ce qu'il faut faire dans telle industrie, etc.
05:38Alors donnez-moi une conclusion, parce que j'ai une conclusion, la phrase de conclusion,
05:43parce que foutre les normes au panier, ce n'est pas si facile que ça,
05:46mais très concrètement là, quelque chose de simple, de faisable.
05:49Votre mot de la fin.
05:51Quelque chose de faisable, c'est de dire qu'à chaque fois qu'il apparaît un problème,
06:03j'accepte de l'État la dérogation ou l'expérimentation.
06:13C'est-à-dire que je demande à l'État, certes je ne participe pas à la norme,
06:18mais je vais vous expliquer pourquoi je veux une dérogation.
06:22Et cette dérogation, elle est recevable par l'État,
06:28et c'est à partir de cette dérogation recevable qu'on va essayer d'élaborer une solution aux problèmes posés.
06:35Parce que si on me pose un problème, c'est qu'il y a un problème.
06:38Je ne dis pas le problème, simplement la façon de résoudre le problème,
06:43c'est des tableaux Excel et qui ne correspondent absolument pas à mon existence.
06:47Donc votre conclusion, c'est qu'il faut être empirique et qu'on peut avancer à travers...
06:50On est pragmatique, empirique.
06:52Je vous remercie infiniment et on compte sur vous.
06:55Oui, moi je compte sur vous aussi.
06:58C'est-à-dire qu'effectivement, il faut que les mouvements patronaux s'agitent beaucoup
07:02pour arriver à ce que les solutions arrivent et les solutions existent,
07:08puisqu'il y a un certain nombre de sociétés qui continuent à vivre.
07:12Merci infiniment Loïc Lefloch-Prigent.