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Et si la stratégie économique et commerciale de Donald Trump ne relevait pas d’un simple repli nationaliste ou d’un dévoiement du libéralisme économique, mais plutôt d’un retour – conscient ou non – à une pensée ancienne : le mercantilisme ? Cette doctrine, dominante du XVIe au XVIIIe siècle, considérait que la richesse d’une nation dépendait de son stock de métaux précieux, de sa capacité à exporter davantage qu’elle n’importait, et à protéger ses industries stratégiques. Le commerce était vu comme un instrument de puissance au service de la souveraineté.. [...]

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00:00Et si la stratégie économique et commerciale de Donald Trump ne relevait pas d'un simple
00:13repli nationaliste ou d'un dévoiement du libéralisme économique, mais plutôt d'un
00:18retour, conscient ou non, à une pensée ancienne, le mercantilisme ? Cette doctrine, dominante
00:25du XVIe et du XVIIe siècle, considérait que la richesse d'une nation dépendait
00:30de son stock de métaux précieux, de sa capacité à exporter davantage qu'elle n'importait,
00:35et à protéger ses industries stratégiques. Le commerce était vu comme un instrument
00:40de puissance au service de la souveraineté. Trump conçoit les échanges économiques
00:46non comme des espaces de coopération, mais comme des confrontations. Pour lui, chaque
00:51contrat, chaque traité, chaque relation commerciale implique un gagnant et un perdant.
00:56Il valorise les accords bilatéraux, dominés par la force, au détriment des accords multilatéraux
01:01fondés sur la négociation. Cette vision du commerce comme un affrontement perpétuel
01:07fait écho au fondement du mercantilisme, où chaque nation cherchait à s'enrichir
01:12au détriment des autres. Dans la pensée de Trump, une balance commerciale déficitaire
01:18est un signe d'échec. Il juge la performance économique d'un pays comme celle d'une
01:23entreprise, en se focalisant sur le solde des échanges. Cette lecture, aujourd'hui
01:27dépassée, ne tient pas compte des chaînes de valeur mondiale, des investissements croisés
01:31ni des bénéfices à long terme d'un commerce ouvert. Pourtant, elle correspond à la vision
01:37mercantiliste classique pour laquelle seul l'excédent exprimait la grandeur d'un
01:42pays. Trump utilise largement les droits de douane
01:45comme outils de négociation. Il les présente comme des mesures de rétorsion, légitimes,
01:50pour défendre les intérêts américains. Dans les faits, ils servent souvent à exercer
01:55une pression directe sur les partenaires, notamment la Chine ou l'Union européenne.
01:59Cette instrumentalisation rappelle la logique punitive du mercantilisme, qui utilisait le
02:04commerce comme bras armés de la politique extérieure.
02:07Enfin, la méfiance de Trump à l'égard des institutions multilatérales, comme l'OMC,
02:12l'OTAN ou les accords commerciaux, traduit une volonté de recentrer l'économie sur
02:17le national. Il promet de rendre sa grandeur à l'Amérique, mais par le retrait, la
02:22fermeture et le refus des règles communes. Cette posture défensive, méfiante, renoue
02:28avec l'idée d'un État autosuffisant, protégé et maître de ses échanges.
02:32Ainsi, la politique économique de Trump n'est pas un simple accident populiste. Elle s'inscrit
02:39dans une tradition ancienne, souvent oubliée, mais profondément structurante, celle du
02:45mercantilisme. Ce courant, longtemps éclipsé par le libre-échange et la mondialisation,
02:50refait surface sous une forme adaptée aux enjeux contemporains, marquée par l'obsession
02:55de la souveraineté, le rejet des dépendances et la négociation par des rapports de force
03:00exacerbés.

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