Avec Annie Reithmann, Chef d'établissement de l'Ipécom à Paris & Justine Atlan, Présidente de l'association e-Enfance
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##LA_VIE_EN_MIEUX-2025-03-30##
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00:00Bonjour à tous et merci d'être avec nous sur Sud Radio, nous sommes ravis de vous retrouver
00:11comme chaque dimanche pour ce spécial éducation, merci pour votre fidélité, merci pour vos
00:16témoignages, pour les questions que vous nous posez chaque semaine.
00:20Aujourd'hui, nous allons parler de harcèlement, harcèlement physique, moral, cyberharcèlement
00:26bien sûr, dans l'environnement scolaire mais aussi évidemment à l'extérieur, avec
00:30en fil conducteur, eh bien, des rapports de domination, d'intimidation qui peuvent malheureusement
00:35avoir des conséquences très graves sur leurs victimes.
00:38Savez-vous quand même qu'en France en 2024, un lycéen sur quatre indique avoir été victime
00:43au moins une fois de violences physiques ou psychologiques.
00:46Alors serions-nous dans une société en perte de valeurs, de respect, où paroles et comportements
00:53sont malheureusement de plus en plus souvent sans filtre, exacerbés, c'est vrai, par
00:58tout ce que nos jeunes voient sur les réseaux sociaux.
01:00Alors comment pouvons-nous les aider, comment pouvons-nous les aider à apprendre, à évoluer
01:05dans un environnement serein ? Que peut faire l'établissement scolaire ? Que pouvons-nous
01:09faire nous, parents ? Que peuvent faire les pouvoirs publics ? On en parle tout de suite
01:14sur Sud Radio avec nos invités.
01:15La vie en mieux, question d'éducation, Catherine Bully.
01:23Bonjour Annie Reitman, bonjour Catherine, directrice générale du collège et lycée
01:29YPECOM à Paris, bonjour Justine Attelan, vous êtes directrice générale de l'association
01:36Y-Enfants.
01:37Justine Attelan, je vais commencer par une petite question, est-ce que vous pouvez nous
01:43dire un petit peu, nous lister les différents types de harcèlement auquel vous faites face
01:48au sein de l'association ?
01:49Au sein de l'association Y-Enfants, on est confronté tous les jours dans les écoles,
01:55les collèges et les lycées dans lesquels on se déplace pour faire des sessions de
01:59sensibilisation à du harcèlement qui démarre souvent dans la sphère scolaire, mais qui
02:05a des prolongements évidemment aujourd'hui dans la sphère numérique, parce que les
02:10jeunes se rencontrent en général physiquement dans un premier temps et l'école est leur
02:15premier lieu de socialisation, mais c'est vrai qu'aujourd'hui le réseau de vie sociale
02:19prolonge cette socialisation et leur permet d'être dans un environnement où ils sont
02:23entre eux uniquement, et donc on voit des situations de harcèlement qui sont à la
02:27fois physiques, évidemment psychologiques, et aussi numériques, sachant que le numérique
02:34n'a rien de virtuel, puisqu'au contraire il peut être d'une violence sans nom et
02:37d'ailleurs la loi reconnaît une circonstance aggravante au harcèlement quand en plus il
02:41se passe dans la sphère numérique. Est-ce que le profil, est-ce que l'âge des jeunes
02:47que vous recevez, et de leur famille bien sûr, a évolué avec le temps ? Est-ce qu'ils sont
02:53plus jeunes ? Est-ce que ces attaques sont de plus en plus tôt ? Oui, nous on opère le numéro 38
03:00qui est le numéro national contre le harcèlement et toutes les violences numériques et c'est vrai
03:04qu'on assiste à un rajeunissement assez clair et assez net effectivement des enfants victimes,
03:12alors les jeunes enfants aux primaires c'est surtout leurs parents évidemment qui nous
03:16contactent, mais on a quand même de plus en plus des enfants à partir de 8 ans qui vont faire la
03:21démarche eux-mêmes de contacter le 38 pour nous faire part effectivement d'une situation de
03:27harcèlement qu'ils subissent. Donc d'une certaine manière on peut s'en réjouir parce que ça veut
03:33dire que le travail de sensibilisation qui est fait depuis presque quinze ans maintenant par
03:36l'éducation nationale, par les médias, par la société en général, fait son oeuvre et qu'un
03:40enfant aujourd'hui peut-être a plus de facilité à identifier ce qui se passe ou en tout cas à
03:45comprendre que ce qui se passe n'est pas normal et qui ne va pas bien et qui peut en parler à des
03:49adultes pour en témoigner. Donc ça c'est plutôt le bon côté des choses. C'est vrai aussi qu'avec
03:54le numérique dont les usages rajeunissent énormément puisque les parents aujourd'hui
03:57mettent les enfants sur des tablettes ou des smartphones très tôt et les laissent très tôt
04:01sur les réseaux sociaux. On voit aussi que ça permet malheureusement de rajeunir tout ce qui est
04:06plus cyber harcèlement où évidemment on voit des enfants dès le primaire être victime en ligne,
04:12phénomène de harcèlement. Donc ça effectivement c'est assez flippant.
04:18Et comment est l'enfant que vous avez à huit ans qui prend contact avec vous de lui-même ? Parce
04:24que c'est quand même très tôt à huit ans de prendre un contact avec une association comme
04:29la vôtre et dire voilà je suis pas bien, je suis harcelée. Je trouve que c'est un pas qui est
04:34incroyable. Quel profil c'est ces enfants ? Je trouve que c'est très tôt pour prendre un
04:41contact tout seul. Oui c'est très tôt effectivement. Souvent c'est des enfants qui
04:45sont... C'est sur quel type de harcèlement ? Alors ça va plutôt être du harcèlement scolaire,
04:52physique ou pas physique parce qu'on a souvent en tête l'image du harcèlement comme une violence
04:57physique qui est faite à un enfant. Mais en fait, ignorer un élève toute une journée,
05:02par exemple, ne pas lui parler, ne jamais jouer avec lui, etc. C'est du harcèlement en réalité,
05:07mais c'est pas forcément des violences physiques. Mais les enfants de huit ans qui
05:11peuvent nous contacter, c'est un enfant qui va vraiment être à bout. Souvent il nous appelle,
05:14il pleure, il est en larmes. Il y a eu quelque chose de plus qui s'est passé en fait. L'événement
05:19de trop de plus. C'est pas forcément le plus grave en soi s'il nous raconte la chronologie,
05:23tout ce qu'il a pu vu, mais lui c'était celui de trop de plus. Et il se trouve heureusement que
05:29le numéro 318 est de plus en plus diffusé dans les établissements scolaires. Donc il peut le
05:32voir en affiche, etc. Encore une fois, on intervient nous aussi en prévention dans les
05:37écoles dès le CE1. Donc on a aussi nos animateurs qui vont dans les classes et qui parlent, donc
05:42qui incarnent aussi le numéro en montrant qui peut y avoir derrière. Et donc on sait que ça,
05:46ça facilite aussi grandement le fait que des jeunes, des enfants... Mais c'est vrai que celui
05:52qui appelle, il est vraiment très désorienté et vraiment dans un moment de désarroi à total.
05:57Est-ce que vous avez l'impression que finalement vous êtes son premier contact et qu'il n'en a
06:02peut-être même pas encore parlé à sa famille, à ses parents ?
06:06Souvent oui, souvent oui.
06:07C'est plus facile pour eux de parler avec vous finalement que de raconter ce qui s'est passé
06:13chez eux ?
06:14Oui, parce que souvent... D'ailleurs, un des caractéristiques qu'on peut retrouver sur pas
06:19mal d'enfants qui sont victimes de harcèlement, c'est qu'ils ont tendance à protéger leurs
06:24parents. Donc c'est vrai qu'ils vont prendre beaucoup sur eux. Et ça fait partie des raisons
06:30pour lesquelles ils ne vont pas forcément en parler à leurs parents, c'est de ne pas les
06:33inquiéter, montrer qu'ils s'en sortent. Et puis avoir peur parfois que la réaction de leurs parents,
06:40qui les aiment et qui va être très en colère ou indigné, produise parfois peut-être des
06:46événements qui renforcent la situation qu'ils vivent. Mais je vois qu'Annie va intervenir sur le sujet.
06:53Oui, justement Annie, puisque vous en tant que directrice générale, vous accompagnez tous les
06:58jeunes qui sont dans votre établissement et qui sont dans ce type de situation, qui peuvent en
07:03plus déboucher quand même sur des situations assez dramatiques comme la phobie scolaire,
07:08plus avoir envie d'aller en cours, plus avoir envie de... Comment faites-vous pour gérer ces situations ?
07:16Alors juste pour revenir à ce que dit Justine, il y a aussi une honte à être harcelé. Parce qu'un
07:25enfant qui est harcelé, c'est un enfant qui a des failles en lui et qui n'a pas d'estime de soi. Et
07:32donc quand il est harcelé, il se sent presque coupable d'être harcelé. Et donc il faut déjà
07:40enlever ce regard que l'enfant porte sur lui-même pour qu'il puisse parler. C'est ça ce que je
07:48voulais dire. Et c'est pour ça qu'en fait, ils vont s'adresser à des personnes anonymes plutôt
07:53qu'à des personnes qui le connaissent. Pour justement... Parce qu'ils ont honte d'eux-mêmes.
07:59Comment vous faites quand les enfants... Parce qu'il y a des enfants qui ont du mal, ne serait-ce
08:04que dans votre environnement scolaire, il y a des enfants qui ont du mal à parler. Donc comment
08:09vous faites quand vous sentez qu'il y a un problème et qu'ils ne s'expriment pas ? Alors
08:13oui, c'est vrai que dans mon établissement à Ypécom, il y a des numéros partout. C'est la
08:19loi et puis on les affiche souvent. En pré-rentrée, je fais toujours un discours et ce discours aussi
08:27parle du harcèlement. Et j'explique qu'est-ce que c'est que le harcèlement. J'explique qu'en
08:32fait, le harcèlement, c'est aussi du vécu. C'est-à-dire que celui qui dit ou qui fait
08:38quelque chose n'a pas forcément le même vécu que celui qui subit ce qui a été dit. Et j'explique
08:45aussi qu'être témoin de harcèlement, c'est aussi participer au harcèlement. C'est-à-dire qu'en
08:52fait, le harcèlement, c'est souvent pour être, comme vous avez dit, le plus fort, se moquer des
09:00autres pour être le plus sympathique, pour que la foule adhère à ce garçon ou à cette fille qui
09:06harcèle. Et donc, en fait, de rire avec ces harceleurs, c'est participer au harcèlement.
09:16Et donc, j'explique tout ça déjà. Et puis après, je fais une parole vraiment libre avec les enfants,
09:24les élèves. Les professeurs surveillent énormément en classe, mais comme on le sait, souvent les
09:32harcèleurs le font en récréation ou le font derrière le dos de nous tous. Et donc, c'est
09:38difficile d'attraper les choses directement. Et comme vous avez dit aussi, les parents doivent
09:47aussi sentir, voir les choses et communiquer avec l'école. C'est important aussi qu'il y ait une
09:56vraie communication. Après, il y a la parole libre de l'enfant. Je reçois l'élève, j'analyse avec
10:03cet élève si c'est vraiment une répétition ou non, des blagues ou des railleries qui ont été faites.
10:11Alors, j'interviens soit directement, uniquement avec les deux enfants, soit en classe, soit je
10:22fais encore une analyse de ce qu'est le harcèlement. Qui sont, Justine, les harcèleurs ? Les harcèleurs,
10:31la plupart du temps, ce sont d'autres jeunes ? C'est la plupart du temps au niveau des camarades
10:37ou c'est aussi en dehors parfois de l'environnement scolaire et même parfois dans la famille ?
10:43Oui, le harcèlement, comme vous l'avez dit, c'est un vécu et donc c'est un comportement
10:50humain qu'on retrouve dès qu'il y a groupe. Dès qu'il y a groupe, on peut retrouver les phénomènes
10:56de harcèlement. C'est vrai que le premier groupe qu'on côtoie, c'est celui de la famille. Donc,
11:00on peut tout à fait subir une forme de harcèlement dans son environnement familial. Ça existe dans
11:07des fratries ou par des parents. Ensuite, évidemment, l'univers scolaire est le premier,
11:13encore une fois, où tous les enfants de France sont obligés d'aller à un moment et donc c'est
11:18le lieu vraiment de socialisation avec vraiment ce côté groupe parce que dans le harcèlement
11:21scolaire tel qu'on en parle, il y a quand même ce phénomène de groupe, c'est-à-dire cette
11:26inégalité de rapport entre une victime qui est seule face à un groupe, même si évidemment dans
11:32le groupe, il y a un leader et souvent c'est lui qui est à la manœuvre ou elle, mais factuellement,
11:37il y a quand même ce poids du groupe qui l'emporte et qui fait que la victime se sent vraiment
11:42réduite, écrasée et dans une impasse dont elle a du mal à sortir. Il faut vraiment comprendre que
11:49c'est une sensation que la victime ressent physiquement. Ce que ça fait ressentir d'être
11:53victime de harcèlement, c'est vraiment une contrainte physique de mal-être très profond
11:58et qui donne l'impression que... Alors évidemment, Annie parlait de l'estime de soi, c'est sûr,
12:03des enfants qui en ont très peu, mais vraiment d'être écrasée, de disparaître. C'est vrai
12:10que les auteurs... Nous, on essaie quand même de sensibiliser beaucoup les parents sur le fait
12:15que ça peut être leur enfant, parce que trop souvent, quand on intervient devant des parents,
12:20quand on parle du phénomène du harcèlement, chaque parent envisage son enfant victime et c'est que
12:25sous cet angle-là qu'ils considèrent le problème et le phénomène. Or, heureusement d'ailleurs,
12:31c'est ce que moi je dis toujours aux parents, la majorité des parents qui m'écoutez, en fait,
12:35vous êtes une minorité qui allait avoir un enfant victime, les chiffres en parlent,
12:39ils sont monstrueux, mais c'est une minorité, heureusement. Donc en fait, la majorité des
12:43parents qui m'écoutent, votre enfant va plutôt être soit témoin, ça très profond, pas
12:48semblablement, et parfois auteur. On n'est pas toute sa vie auteur, on peut avoir été victime,
12:51on peut devenir auteur, on peut être auteur d'abord, on peut devenir victime, voilà. Mais
12:54il peut à un moment être auteur et témoin, c'est sûr qu'ils vont tous l'être. Ça, c'est une
12:58certitude. Donc, quand on éduque ces enfants et qu'on parle de ce phénomène-là de façon, voilà,
13:04sans gravité, mais qu'on l'évoque régulièrement, parce qu'il faut en parler régulièrement comme
13:08tous les sujets d'éducation, pas qu'une fois. Voilà, il faut parler à son enfant en se disant
13:12que tu vas être en situation de témoin, tu vas assister à ces phénomènes-là, voilà comment tu
13:16peux réagir, etc. T'es pas obligé d'être un héros, parce que personne n'est un héros dans la vie,
13:20donc il ne s'agit pas de s'interposer en disant à l'auteur, arrête, non, parce que c'est compliqué
13:25à faire. On sait que c'est difficile, et même les adultes ne le font pas forcément. Mais en
13:29revanche, tu as d'autres leviers dans les cadres scolaires, auprès d'adultes, auprès d'un numéro,
13:33auprès d'ambassadeurs, harcèlement, enfin bref, qui peuvent t'aider, qui peuvent entendre et qui
13:39vont pouvoir faire quelque chose quand tu es témoin. Et tu as un rôle à jouer très important,
13:43parce qu'à l'inverse, comme le disait Annie, si tu ne fais rien, tu es complice et tu participes
13:47à donner plus d'ampleur. Donc voilà, encore une fois, l'auteur, il ne faut pas le caricaturer
13:52comme un monstre extérieur, ça peut être tout le monde. Et ça, c'est vraiment important que
13:56d'emblée, les éducateurs le font, mais que les parents aussi aient ce discours-là. Voilà,
14:01après, si on regarde l'auteur en lui-même, il peut avoir des moments de sa vie de fragilité
14:06où il peut vivre des choses très compliquées et sa façon d'extérioriser son mal-être...
14:09Et ça explique le comportement, absolument.
14:11Voilà, exactement.
14:12On va se quitter quelques minutes, vous restez avec nous, on revient tout de suite sur le
14:16harcèlement moral, psychologique ou physique dans l'environnement scolaire. Comment le prévenir ?
14:21On revient tout de suite avec nos invités.
14:24Acadomien vous présente...
14:26La vie en mieux, questions d'éducation.
14:30Catherine Bully.
14:31La vie en mieux spéciale éducation, nous sommes ensemble jusqu'à midi et demi pour parler du harcèlement dans l'environnement scolaire.
14:36Merci de rester avec nous, nous avons évoqué en première partie les différents cas de harcèlement.
14:41On va essayer de vous guider un petit peu sur ces situations et sur les issues.
14:46Revenons sur ces situations, justement, au milieu scolaire, Justine, en tant que directrice générale de e-Enfance
14:51et au regard de toutes les situations auxquelles vous avez dû faire face, bien évidemment.
14:56Qu'est-ce que vous avez envie de dire aux parents ? Qu'est-ce que nous pouvons faire, nous, parents ?
15:01Et je parle surtout en référence au cyberharcèlement, parce que c'est quand même un des harcèlements qu'on côtoie le plus aujourd'hui,
15:10moi, en tant que parent délégué à l'école, en tout cas, c'est celui que je vois comme étant le plus courant.
15:15Déjà, idéalement, il faudrait respecter quand même la règle que les réseaux sociaux eux-mêmes ont fixée,
15:23qui est que théoriquement, ils n'acceptent pas les moins de 13 ans.
15:27Mais ils trichent, ils trichent tous.
15:29Bien sûr, ils trichent tous, parce que c'est du déclaratif et que pour l'instant, on n'est pas en capacité de vérifier l'âge des enfants,
15:35et c'est un combat qu'on mène chez e-Enfance pour qu'il y ait vraiment une vérification d'âge sur Internet,
15:39sinon c'est vrai que c'est compliqué de tenir ce flot.
15:43Mais néanmoins, certains parents y arrivent.
15:46Donc voilà, il faut vraiment avoir en tête que si ça fait partie des motivations qui peuvent permettre aux parents de mettre en place cette interdiction
15:54et vraiment de la poser chez les enfants quand ils sont petits.
15:57Évidemment, il ne faut pas à 13 ans dire à son enfant, maintenant, non, il faut avoir installé ça aussi,
16:01en lui disant, à 13 ans, tu pourras, mais avant, non, ou alors avec moi, ou alors sur un compte partagé, etc.
16:07C'est vrai qu'il faut essayer de résister un maximum à ça.
16:10En tout cas, en ayant ça en tête, pour ne pas le mettre trop tôt.
16:13La même chose pour le smartphone.
16:14Ce n'est pas obligatoire d'acheter un smartphone à son enfant.
16:17Déjà, avant le collège, ça n'a absolument aucune utilité, donc vraiment pas de smartphone au primaire.
16:24Ça, c'est une évidence.
16:25Et au collège, c'est vrai que les parents ont tendance à offrir un smartphone à leur enfant dès l'entrée en 6e,
16:30parce qu'ils acquièrent une forme d'autonomie physique avec laquelle ils ont envie de lier le smartphone.
16:35Mais il existe.
16:36Ils sont en vente des téléphones qui ne sont pas des smartphones.
16:39Et donc, les parents peuvent acheter ces téléphones-là.
16:41Ça va leur permettre de dialoguer avec leur enfant.
16:43Leur enfant pourra échanger éventuellement avec des amis par téléphone ou par SMS.
16:47Mais ça va s'arrêter là.
16:48Il ne va pas y avoir les autres leviers que sont les réseaux sociaux,
16:50qui, évidemment, favorisent beaucoup le cyberharcèlement, avec des messageries privées,
16:55des réseaux sociaux où on se moque, etc.
16:57Donc, on ne peut pas réduire à zéro les risques dans la vie.
17:00Donc, pas celui-là plus que les autres.
17:01Mais déjà, si au moins, on retarde des équipements qui ne sont pas du tout indispensables,
17:06qu'on accompagne évidemment l'usage numérique par des conseils sur la fonction de ne pas trop se mettre en scène,
17:12de ne pas montrer trop de choses de sa vie privée.
17:15Et puis aussi, encore une fois, en étant témoin de sensibiliser ces enfants
17:20que s'ils voient passer sur les réseaux sociaux des phénomènes de cyberharcèlement de leurs camarades,
17:24qu'ils les signalent aux réseaux sociaux, qu'ils en fassent part aussi à l'école,
17:28qu'ils ne partagent pas ces contenus-là,
17:30parce que c'est eux aussi qui participent encore une fois au harcèlement,
17:33s'ils partagent des photos, des commentaires, des vidéos qui sont disponibles.
17:36Donc, il y a une forme de responsabilité.
17:38Ça paraît un peu lourd pour un enfant, mais c'est bien pour ça qu'il ne faut pas le mettre sur ces outils-là,
17:41parce qu'effectivement, ça suppose d'avoir une maturité et une capacité de raison.
17:46Et de réflexion.
17:48Annie Reitman, directrice générale d'IPECOM.
17:52Comment ça se passe chez vous au collège et au lycée ?
17:55J'imagine que le cyberharcèlement a sa place aussi.
17:59Bien sûr, ça peut exister.
18:02D'abord, nous, on interdit évidemment le téléphone.
18:06Il est pris le matin.
18:08Même pas à midi, il n'est pas repris.
18:11Il est redonné le soir à 18 heures, quand c'est fini.
18:15J'insiste.
18:17Alors, il y a beaucoup, vous savez, de groupes WhatsApp pour donner le travail, etc.
18:24Et très souvent, de façon insidieuse, il y a des élèves qui disent des choses.
18:29Qui utilisent la plateforme, oui, pour dire des choses.
18:32Moi, je pousse beaucoup les parents de se mettre aussi sur ce réseau,
18:39un parent ou une personne, pour qu'on sache un peu ce qui se passe.
18:45Et puis, il faut bien savoir qu'il y a d'autres plateformes.
18:48Pour savoir les devoirs, on n'a pas besoin de passer par WhatsApp.
18:51Je n'aime pas du tout, moi, ces WhatsApp, etc.
18:54Il faut dire aussi, il y a une chose qu'on n'a pas dite encore,
18:57c'est qu'il peut y avoir aussi, dans l'administration,
19:01des professeurs qui sont aussi des harceleurs.
19:04C'est-à-dire que parfois, il y a des élèves qui n'en peuvent plus
19:08parce qu'ils se sentent comme des têtes de tuque.
19:12Et donc là, c'est beaucoup plus difficile,
19:14parce que là, on se bat contre une administration ou contre des professeurs.
19:19Et le danger est fort.
19:21J'ai eu, moi, des élèves qui sont venus chez moi
19:24parce qu'ils étaient phobiques scolaires
19:26et qu'ils avaient subi du harcèlement,
19:28non pas de la part des élèves, mais de l'institution.
19:31Donc, il faut être très vigilant.
19:33Et donc, moi, je pense qu'il faut énormément parler avec ces enfants,
19:37que ce soit les parents, que ce soit les professeurs,
19:41nous-mêmes, le chef d'établissement,
19:44et puis aussi que les parents nous parlent.
19:46Il m'est arrivé une histoire où une jeune fille s'est mise tout le temps en pantalon.
19:52La mère ne comprenait pas pourquoi.
19:55Et puis, elle a avoué que quelqu'un lui avait parlé de sa pilosité, etc.
20:01Et ce n'était pas une fois, c'était deux ou trois fois.
20:04Et donc, elle est venue me parler.
20:06La mère me l'a dit.
20:09Et j'ai convoqué les parents, les deux enfants,
20:14et ils ont parlé avec moi.
20:16Et ils ont trouvé, vraiment, ils ont compris pourquoi ça pouvait être dérangeant
20:21pour la jeune fille, etc.
20:23Donc, là, la parole est extrêmement importante.
20:26Et puis après, il y a la sanction, il y a la punition,
20:29et il y a évidemment le renvoi.
20:31Moi, je ne tolère pas.
20:33Et je crois aussi une chose très, très importante,
20:36c'est que les pervers ou les harceleurs,
20:39s'ils sentent qu'il y a une très forte autorité,
20:42et la pose de limites,
20:45ils ne le font pas.
20:47Ils le font ailleurs, dans un autre espace.
20:49Il y a énormément d'établissements où le harceleur et le harcelé vivent ensemble
20:55et où il n'y a pas de renvoi demandé pour le harceleur.
21:00Ça, c'est vrai.
21:01Ça, c'est vrai.
21:02C'est un peu ne pas faire de vagues, se taire.
21:06Oh, ce n'est pas si grave que ça.
21:07Non, c'est très grave pour un enfant.
21:09Et encore une fois, c'est le vécu de l'enfant qui est important.
21:12Alors, on peut lui dire et on peut lui montrer que,
21:16peut-être, ce n'est pas forcément du harcèlement,
21:18mais parfois, si c'est répétitif, il faut agir.
21:22Et ça, il faut donner la parole à ces enfants qui sont en souffrance.
21:25Est-ce que, avant de se quitter,
21:27est-ce que vous avez toutes les deux le sentiment
21:29que les pouvoirs publics en font assez,
21:31sont assez présents sur ces sujets ?
21:35Justine.
21:37Allez-y, Justine.
21:39Non, je pense qu'évidemment, il y a un sentiment des familles,
21:42notamment des victimes, que ce n'est pas le cas
21:44parce qu'il y a encore trop de situations.
21:46On nous parle parfois de chiffres qui baissent,
21:48mais en réalité, je pense que sur le terrain,
21:50on n'a pas du tout cette impression-là, bien au contraire.
21:53Donc, non, ce n'est pas du tout assez.
21:55Alors, c'est un phénomène que l'institution a pris récemment en compte.
21:59Ça fait, encore une fois, à peine 15 ans qu'on parle de harcèlement à l'école.
22:02Avant, il n'y avait pas de mot pour ça.
22:04Pourtant, on avait malheureusement un phénomène qui existait déjà.
22:07Donc, il faut voir qu'effectivement,
22:09ce n'est pas très long pour une institution en termes d'implémentation
22:12et de créer des réflexes professionnels partout en France,
22:15dans toutes les écoles, les collèges et les lycées,
22:17pour être capable de reconnaître, identifier, savoir comment faire,
22:20mettre en place des protocoles et que ça soit fait pour tout le monde.
22:23C'est vrai que c'est trop lent, c'est beaucoup trop lent,
22:25mais c'est à ça qu'on se heurte,
22:27parce qu'il y a rarement un individu qui va être contre le fait
22:30de s'occuper d'un enfant harcelé.
22:32Les professionnels ne sont pas des empathiques, simplement.
22:35Parfois, ils préfèrent ne pas voir, parce qu'ils se disent
22:38« je ne vais pas savoir comment traiter cette situation,
22:40donc je préfère faire comme si elle n'existait pas »,
22:42ce qui, évidemment, est inacceptable et qui laisse des enfants souffrir.
22:45Donc, il y a encore beaucoup à faire.
22:47C'est triste à dire, mais c'est une question de moyens,
22:49déjà de formation tout simplement, formation initiale, formation continue.
22:53Des moyens sont mis en place chaque année de plus en plus,
22:55mais non, ce n'est pas assez.
22:56Mais on ne peut pas dire non plus qu'il n'y a rien.
22:58Merci à toutes les deux.
22:59Le temps qui nous est apparti est malheureusement terminé.
23:02Merci Justine Atlan, directrice générale de E-Enfance,
23:05d'avoir été avec nous.
23:06Bravo pour tout ce que vous faites pour tous ces jeunes.
23:08Et merci Annie Redman pour la bienveillance que vous apportez dans votre école.
23:12Il n'y en a pas si souvent.
23:14Donc, merci à toutes les deux d'avoir été avec nous.
23:17Merci à vous de nous avoir suivis.
23:18On se retrouve dimanche prochain pour une autre question d'éducation.
23:21À dimanche.