Expulsés pour laisser place au chantier de l’A69, Rémi et Alexandra ont vu leurs maisons détruites… avant que la justice ne suspende les travaux. De retour sur les lieux, ils racontent l’absurdité d’un projet et « le grand gâchis » qu'il représente à leurs yeux.
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00:00Est-ce qu'il reste de la boîte de mon fils ?
00:05J'ai un petit bout de 4 ans qui me demande tous les jours quand est-ce que je vais pouvoir
00:13remettre ces jeux dans le jardin quand il est là et qu'il vous dit on a détruit ma
00:16maison pour en plus une autoroute qui est annulée.
00:19Je vous l'expliquer ça comment ?
00:21On me disait que j'étais à la ferme du bonheur et maintenant c'est la ferme de l'horreur.
00:26Le 27 février 2025, la justice a suspendu le projet controversé de l'autoroute A69
00:37qui reliera Toulouse à Castres, laissant un chantier au deux tiers achevé désertique.
00:43Mais pour les 820 propriétaires expropriés et la quarantaine d'habitations démolies
00:47pour laisser place à l'autoroute, il n'y a plus de retour en arrière possible.
00:51Là il y avait un pigeonnier, un joli pigeonnier qui a été démoli.
01:04Là où c'est qu'il y a ces buttes là ? Il y avait un hangar de 1050 mètres carrés,
01:10c'était la stabule des bêtes avec la salle de traite et la laiterie, c'était à la
01:14place du pont.
01:15Et bien là c'est la déviation, la route de Semmelins qui va passer sur l'autoroute
01:19et qui va passer là où on se trouve.
01:21Depuis qu'ils ont arrêté l'autoroute, il y avait plein d'algènes, ils ont enlevé
01:25les algènes et c'est resté comme ça.
01:26Et ça c'est l'ancien corps de ferme, tout a été plus ou moins démoli.
01:31Là il y avait un séquoia, quand ils l'ont coupé, il avait 170 ans.
01:36Ça doit dater un peu de l'époque où ça a été construit plus ou moins.
01:39Là je sais pas si...
01:42Bon.
01:43Là c'est devenu la jungle.
01:45Ma fille habitait ce côté-ci de la maison et nous on habitait l'autre.
01:53Ces deux fenêtres c'était notre chambre, en dessous c'était la salle à manger, c'était
01:57bien.
01:58C'est mon père qui l'avait acheté en 1952.
02:06Je suis arrivé, j'avais 9 ans.
02:08Vous pensez, vous vivez toujours ici ?
02:10Ben oui.
02:11La nuit, c'est dur de dormir.
02:13Et là aujourd'hui que je suis venu faire le tour, ça va me recoincer pendant quelques
02:16temps.
02:17C'est sûr, c'est vraiment du gâchis.
02:19Alors qu'il y avait moyen de passer ailleurs.
02:22Tout le monde de l'autoroute mais chez les autres en principe.
02:25Et là c'était la chapelle, mais ça a été tout cassé, tout vandalisé dedans.
02:31Ils ont même enlevé la porte, c'est quand il y a eu la manifestation, après ceux qui
02:38sont venus ramasser, tous ceux qui pouvaient avoir une certaine valeur.
02:41Quand est-ce que vous avez appris que vous deviez être expropriés ?
02:45Au mois de février 2022.
02:50Au mois de mars, on devait fêter nos 50 ans de mariage.
02:53On a rien fait, on nous a tous cisaillés.
02:57On nous avait dit qu'il fallait partir avant la fin de l'année.
03:00On nous a dit que c'était utilité publique et qu'on n'avait pas le choix.
03:04C'était le pot de terre contre le pot de fer, d'autre façon.
03:08Ils ont coupé, ça fait qu'ils peuvent continuer à y rentrer.
03:12Là c'était un des barras, mais on voit un peu la voûte de la salle à manger là-bas derrière.
03:16C'était la pièce où je mettais les couples.
03:19Ça fait mal, c'est bon.
03:21Mon père doit se retourner dans la tombe s'il le veut.
03:24Vous aviez la maison qui était là.
03:28Le chemin qui arrivait, tous les arbres partout.
03:31Quand est-ce que vous êtes venu ici pour la dernière fois ?
03:33Quand j'ai laissé la maison, le 16 septembre.
03:36Il y a une quinzaine de keufs qui arrivent.
03:41Si vous n'êtes pas à l'aise, vous nous le dites.
03:43Je vous ai dit qu'il y avait une quinzaine de keufs qui arrivaient.
03:46Je vous ai dit qu'il y avait une quinzaine de keufs qui arrivaient.
03:49Je vous ai dit qu'il y avait une quinzaine de keufs qui arrivaient.
03:51Si vous n'êtes pas à l'aise, vous nous le dites.
03:54Là, je suis heureusement pas bien de rentrer dans les pieds de chemin.
03:57Là, c'est la première fois que vous voyez le terrain comme ça ?
03:59Oui.
04:00Je savais qu'il n'y avait plus rien, mais de le voir, c'est dur.
04:04C'est très dur.
04:07Mon fils jouait ici.
04:09Il y avait plein d'arbres.
04:10Il avait ses animaux ici.
04:12Ils s'amusaient dans le jardin.
04:15Ils ont intéressé jouer.
04:16Il y a une heure qu'on était partis, ils avaient la terre.
04:20J'étais locataire depuis 11 ans.
04:22Le propriétaire m'a vendu avec les meubles.
04:24Dernière maison sur le tracé de l'autoroute.
04:26Le terrain d'Alexandra était devenu un bastion de résistance appelé la ZAD du Verger.
04:32Ça a été pour m'aider.
04:35Nous, on était seules face aux pressions.
04:37L'autoroute commence ici.
04:39Si on ne bougeait pas, l'autoroute ne se faisait pas.
04:42Nous, on attendait la proposition de relogement.
04:44Ici, j'avais une maison de 360 m2.
04:47On nous a mis dans un appartement de 76 m2.
04:50A la fin, on a eu 20 000 euros pour partir.
04:52Les frais d'avocat, les frais de déménagement.
04:55Il ne me reste plus grand-chose.
04:57Là, on n'a plus rien.
04:58On est dans un appartement fermé.
05:00On n'a pu récupérer que les chiens et les chats.
05:02Ils ont donné bien en dessous de ce que j'avais fait estimer.
05:06J'ai refusé la proposition.
05:09Ils m'ont donné un peu plus.
05:11Ils ont dit, sinon, il faut que ça passe au tribunal.
05:13Vous n'êtes pas prêt à être payé.
05:15Comme il nous fallait l'argent pour acheter ailleurs, on a accepté.
05:18On n'a pas le choix.
05:19Où est-ce que vous êtes allé alors ?
05:20Deux kilomètres d'ici.
05:22Saisi par des associations environnementales,
05:24le tribunal administratif de Toulouse a ordonné l'arrêt du chantier,
05:28jugeant que ce projet ne répondait finalement pas à un intérêt public majeur.
05:32Sur le moment, je reçois un message sur mon téléphone qui me dit,
05:35c'est bon, on a gagné, c'est annulé.
05:37J'étais heureuse que ça s'arrête, ce putain de chantier.
05:39Et puis après, vous avez la colère qui monte.
05:41De se dire, tout ça pour ça.
05:43Tout ça, ils ont tout détruit pour rien.
05:45Est-ce qu'avec tout ce qui a déjà été fait maintenant, vous vous dites,
05:48il faudrait mieux finir ?
05:50Non, je n'ai pas envie que ça finisse.
05:52Pourquoi faire une autoroute pour les riches ?
05:54À 17 euros les retours, c'est une autoroute pour qui ?
05:57Ils auraient dû aménager la Nationale, ça oui.
06:01C'est un sacré gâchis.
06:02Je ne suis pas pour, je ne suis pas contre,
06:04mais c'est un gros gâchis, c'est sûr.
06:06Il vaut mieux qu'on la termine maintenant ou qu'on l'arrête complètement ?
06:10Je ne sais pas.
06:12D'une façon ou d'une autre, je ne sais pas.
06:17À moins de mettre des panneaux solaires jusqu'à Toulouse maintenant,
06:21ce n'est pas évident de faire marcher rien, je crois.
06:24Le département du Tarn et l'État ont annoncé faire appel à l'annulation du chantier
06:28et ont demandé un sursis à exécution de cette décision
06:31pour permettre la reprise rapide des travaux.
06:34Nous sommes déterminés à ce que le chantier soit mené à bien.
06:37Pourquoi ? Parce qu'on pense plus que jamais
06:40que c'est un projet qui est indispensable pour enclaver le Tarn.
06:45Débuté en 2023, le chantier de l'autoroute, estimé à 450 millions d'euros,
06:51aurait dû être livré fin 2025.
06:54Même les arbres, ils meurent de voir qu'on est parti,
06:57alors qu'ils étaient en pleine santé.