Les 27 et 28 mars 2025, la 4e édition du Sommet "Nutrition for Growth" (N4G) se tient pour la première fois à Paris. La lutte contre la malnutrition infantile est un enjeu de taille puisque la malnutrition est aujourd'hui impliquée dans près de 50 % des décès chez les enfants de moins de 5 ans. On en parle avec Marc-Olivier Fogiel et Ann Avril, directrice générale de l'Unicef France.
Regardez L'invité de Céline Landreau du 28 mars 2025.
Regardez L'invité de Céline Landreau du 28 mars 2025.
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00:00RTL Matin
00:03Céline Landreau et Thomas Soto
00:05Il est 8h17, l'interview de Céline Landreau.
00:07On est en plein sommet sur la malnutrition à Paris.
00:09Le sujet fait d'ailleurs la une des dernières nouvelles d'Alsace.
00:11Malnutrition dans le monde, le cri d'alarme des ONG.
00:14Deux invités donc au coeur de cette actualité.
00:16Anne Avril, la directrice générale d'UNICEF France.
00:19Et Marco, Marco Olivier Fogiel, journaliste et président de campagne pour l'UNICEF.
00:22Mobilisés ensemble, bonjour et bienvenue à tous les deux.
00:25Bonjour Thomas.
00:26Bonjour, bonjour à tous les deux.
00:28La malnutrition ce n'est pas que ça, mais c'est aussi ça,
00:30la faim, la sous-nutrition et ses conséquences,
00:32elles sont très rapides à comprendre.
00:34Il faut 11 secondes.
00:3511 secondes, toutes les 11 secondes un enfant de moins de 5 ans
00:39meurt dans le monde à cause de la malnutrition.
00:41Absolument.
00:42On estime que 50% des décès d'enfants sont liés à la malnutrition,
00:46aux conséquences de la malnutrition.
00:48C'est 150 millions d'enfants par an.
00:51Et la faim, la faim chronique, c'est 9% de la population mondiale.
00:56Très concrètement, c'est 10 fois la population française
00:59aujourd'hui qui ne mange pas à sa faim, toujours en 2025.
01:02Absolument.
01:03Alors on avait fait des progrès considérables.
01:05On a réussi à faire reculer quasiment d'un tiers la malnutrition
01:08depuis les années 2000.
01:10Depuis 2020, il y a un recul de ces progrès.
01:14On tire vraiment la sonnette d'alarme.
01:16Alors évidemment, le contexte n'arrange rien.
01:18Ce contexte dont vous parlez, c'est le recul de l'aide publique
01:20au développement dans beaucoup de pays.
01:22C'est le cas en France, 2 milliards de moins sur le budget,
01:242 milliards aux Etats-Unis, évidemment.
01:26Et concrètement, ce qu'on présente souvent comme des lignes
01:29sur des budgets d'Etat, ça veut dire que 14 millions d'enfants
01:33victimes de malnutrition pourraient être privés de l'aide
01:35dont ils ont besoin dès cette année ?
01:37On en est là ?
01:38On en est là, c'est très concret.
01:39Mais ce que dit Anne, et moi c'est ce qui m'a poussé
01:42à rejoindre l'UNICEF, c'est que la malnutrition,
01:45c'est pas un fléau dont on ne peut pas se débarrasser.
01:49C'est que, comme elle le disait, il y a eu un recul de la malnutrition
01:53depuis 20 ans, d'un tiers.
01:54Il suffit de se mobiliser, c'est pas un puissant fond la malnutrition.
01:57C'est pas inéluctable.
01:59Avec des moyens, pas énormes, mais il faut se mobiliser tous.
02:03Autant qu'on est, on fait reculer la malnutrition.
02:06Ces enfants dont vous parlez qui meurent toutes les 11 secondes,
02:08ne meurent plus.
02:10Donc c'est pour ça que je me suis mobilisé pour cette cause-là.
02:14Il n'y a pas comme ça une idée que des enfants qui meurent de faim,
02:19c'est comme ça, c'est la vie, il y a les riches, il y a les pauvres.
02:21Il y a une façon très concrète, avec des médicaments très concrets,
02:25de les sortir de ce cercle infernal.
02:27Et ces enfants, Marco-Lévi-Faugiel, ce sont des visages que vous avez pu croiser
02:31en accompagnant l'UNICEF dans le plus grand camp de réfugiés au monde,
02:35au Bangladesh, le Cox's Bazar.
02:37Plus d'un million de Rohingyas, minorité musulmane qui a dû fuir la Birmanie,
02:41est sur place, entassé, si vous pouvez me permettre ce mot.
02:45Et ces enfants-là sont aussi menacés directement.
02:49Anne-Avril, c'est quoi ? C'est dans les jours, les semaines, les mois qui viennent ?
02:52Pour certains enfants, c'est dans les heures qui viennent.
02:55Pour l'instant, évidemment, on essaie de trouver des solutions,
02:58mais Cox's Bazar est financé en grande partie par l'aide internationale,
03:02enfin même totalement, puisque c'est un camp de réfugiés.
03:06Et aujourd'hui, les financements internationaux manquent.
03:10Les RUTF, vous savez, ces petites doses qu'on donne aux enfants
03:16qui sont absolument miraculeuses parce qu'elles permettent en quelques semaines
03:19de remettre un enfant sur pied.
03:20C'est de l'aliment thérapeutique pour faire ça.
03:22Absolument. On en manque partout.
03:26La fabrication s'est arrêtée du fait du recul de l'aide.
03:30Et donc, c'est la vie de milliers d'enfants, concrètement,
03:33qui est en danger aujourd'hui à Cox's Bazar.
03:35Concrètement, Cox's Bazar, c'est des gens qui sont en survie,
03:38qui sont dans des conditions de précarité absolument dingues.
03:42On ne peut même pas l'imaginer.
03:44Le budget sur une année des Nations Unies pour aider ces gens,
03:49ce million de gens, le plus grand camp de réfugiés au monde,
03:52c'est 500 millions par an.
03:54Ce que dit Anne, c'est que l'aide humanitaire,
03:56aujourd'hui ayant été coupée de façon drastique,
04:00c'est 60% de ces 500 millions qui ne vont plus à Cox's Bazar.
04:04Et ces gens qui étaient déjà sur un fil, tombent du fil.
04:09Qu'est-ce qui vous a le plus marqué là-bas, Marc Olivier,
04:13quand vous êtes rendu sur place ?
04:15Vous qui étiez, j'allais dire, plus loin de ces situations
04:18qu'Anne-Avril qui connaît pas son parcours.
04:20Je viens plus loin, oui, bien sûr.
04:22Forcément, quand on rentre dans un camp de réfugiés comme celui-là,
04:27d'abord, c'est le manque de liberté, tout simplement.
04:29On sait qu'il y a des gens qui sont entassés là, un million,
04:32et qui n'en sortiront jamais, en fait.
04:34Et pourtant, quand vous êtes de l'autre côté du camp,
04:38il y a des gens qui sont dans la même précarité,
04:40dans la même difficulté,
04:42puisque le Bangladesh est un pays pauvre.
04:44Mais ça change tout, de passer,
04:46juste quand on est rentré avec les voitures de l'UNICEF,
04:49surprotégés dans le camp,
04:51vous passez l'espèce de petite frontière,
04:53ça change tout, le manque de liberté.
04:55Puis ensuite, vous voyez des gens qui sont en condition de survie permanente,
04:59et dont le seul quotidien,
05:01c'est de ne pas mourir dans les minutes qui viennent.
05:04Un sommet se tient à Paris, actuellement,
05:07le sommet nutrition pour la croissance.
05:09Hier, Emmanuel Macron a annoncé que plus de 27 milliards de dollars
05:12avaient été mobilisés pour lutter contre cette malnutrition.
05:15Qu'est-ce que ça représente ? C'est une goutte d'eau.
05:17Regarde ce dont on aurait besoin aujourd'hui, en avril.
05:20Écoutez, c'est déjà des progrès.
05:23Moi, je vois toujours le vase à moitié plein.
05:26Encore une fois, c'est quelques dizaines ou quelques milliers d'euros
05:29qu'il faut pour briser la spirale infernale de la malnutrition.
05:33Donc, il faut que les États se mobilisent.
05:35Il faut surtout qu'ils remplissent leurs engagements,
05:36parce que les promesses, c'est très bien.
05:38Mais il faut que l'argent arrive, il faut que l'argent arrive vite.
05:41Et il faut aussi que ce ne soit pas seulement les États qui se mobilisent,
05:45la société civile, le secteur privé.
05:47Le secteur privé est très important aussi,
05:49parce qu'on ne peut pas que compter sur les États.
05:51On a vu à quel point c'était un colosse au pied d'argile,
05:54l'aide humanitaire internationale.
05:56Donc, je pense qu'il faut vraiment que toutes ces personnes
05:59qui sont aujourd'hui à Paris, et ce sommet se termine tout à l'heure,
06:02prennent des engagements, les respectent.
06:06Et on peut à nouveau, je le redis, et Marco l'a bien dit,
06:10il y a des solutions.
06:11C'est un problème complexe, mais avec des solutions très simples.
06:14Il y a quand même un point d'interrogation.
06:16Il y a 40 ans, au milieu des années 80,
06:19tout le monde parlait de la famine en Éthiopie,
06:21les artistes se mobilisaient.
06:23Aujourd'hui, rien qu'au Soudan, il y a plus de 3 millions d'enfants
06:25qui risquent de souffrir de malnutrition aiguë, d'après l'UNICEF.
06:29Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'en 40 ans, les famines se succèdent
06:33et que plus personne ne s'y intéresse, ou presque ?
06:36Les deux principaux facteurs, c'est l'instabilité politique de ces pays.
06:42Le Soudan est un pays en guerre.
06:44Vous prenez Haïti, qui est une autre région très vulnérable,
06:48où il y a une prévalence de malnutrition énorme,
06:51c'est parce que c'est l'instabilité politique.
06:53Et la deuxième raison, c'est le changement climatique,
06:57les sécheresses qui se perpétuent.
06:59Mais la mobilisation autour de ces drames,
07:01comment vous expliquez qu'il n'y ait pas un élan mondial pour ça ?
07:04Pour avoir vécu, notamment au Bangladesh,
07:09l'organisation de toutes ces organisations
07:15qui luttent contre la malnutrition,
07:17il y a aujourd'hui un financement.
07:19Il n'est pas suffisant, mais il y a un élan.
07:21On essaye de le développer davantage,
07:24mais il y a une mobilisation, elle n'est juste pas suffisante aujourd'hui.
07:27Et vous y participez maintenant, Marc-Olivier.
07:30Évidemment, la cause est noble,
07:32mais vous voyez déjà les reproches qu'on pourrait vous faire.
07:34Est-ce que ce n'est pas un peu facile de vivre dans le confort,
07:36de faire un jour une pause professionnelle,
07:38d'aller au Bangladesh et de revenir en France ?
07:40Ça m'est égal.
07:42Les reproches, j'ai appris à vivre avec.
07:44Ce qui m'importe, c'est ce que je fais au quotidien.
07:46Je pense que c'est une goutte d'eau,
07:48dans ce que fait Anne,
07:50pour cette mobilisation pour les enfants à travers l'UNICEF.
07:54La façon dont le regard qu'on porte sur moi
07:57m'importe peu.
07:59Ce qui m'importe, c'est ce que je fais
08:01et ce que j'essaye de partager.
08:03Et votre notoriété, la proximité avec Brigitte Macron,
08:06ça peut aider à défendre un combat pareil ?
08:09Mon boulot, aujourd'hui et j'espère demain,
08:11puisque j'espère m'inscrire dans le long terme,
08:14même quand je reprendrai une activité professionnelle,
08:16c'est d'essayer de lever des fonds.
08:18Pour lever des fonds, on le fait ici,
08:20pour le grand public, parce que chaque euro compte.
08:22Et comme le disait Anne, les acteurs privés comptent.
08:24C'est vrai qu'avec mon parcours professionnel
08:26et les personnes que j'ai pu côtoyer,
08:28l'idée d'aller les sensibiliser et leur demander de se mobiliser,
08:31c'est une façon pour moi d'être utile,
08:33peu importe ce que certains pourront dire.
08:36Et puisque chaque euro compte,
08:38on rappelle qu'on peut tous faire un don
08:40à la hauteur de nos moyens
08:42sur le site internet de l'unicef3w.unicef.fr