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Sali a braqué sa banque pour récupérer son argent, afin de payer le traitement pour le cancer de sa sœur. Brut vous décrypte la situation.

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Transcription
00:00En fait, la scène a eu lieu ce matin à 10h30, dans une banque qui s'appelle la Blum Bank,
00:04dans un quartier qui est Saudéco, qui est un quartier au centre de Beyrouth.
00:09Et donc, il y a une jeune fille d'à peu près 27 ans qui s'appelle Saliha,
00:12qui est rentrée dans la banque avec une arme pour demander son argent.
00:16Ils nous ont donné le bâtiment.
00:18Moi, Saliha, je suis venue aujourd'hui à la banque Blum Bank
00:25pour prendre le bâtiment de ma soeur qui est en train de mourir dans le hôpital.
00:29Le problème, c'est que depuis 2019, au Liban, les déposants,
00:32les personnes qui ont de l'argent à la banque ne peuvent plus toucher à leur argent,
00:35ou alors par petits bouts.
00:36Saliha, elle expliquait qu'elle a le droit à toucher à peu près 200 dollars par mois.
00:40Donc en fait, elle est rentrée dans la banque,
00:43non pas pour braquer la banque, mais pour toucher son propre argent.
00:46Elle a à peu près 20 000 euros sur son compte et elle ne peut pas y accéder.
00:50Et sa soeur a besoin urgemment d'un médicament contre le cancer.
00:53Elle a pu retirer à peu près entre 12 000 et 13 000 dollars.
00:56Pour l'instant, c'est assez incertain.
00:58Et la police est allée arrêter les personnes qui sont rentrées dans la banque.
01:02Et pour l'instant, à cette heure-là, Salih est encore en fuite.
01:13Salih, c'est quelqu'un qui est habitué au coup des classes,
01:15c'est quelqu'un qui est habitué à rentrer dans les ministères.
01:18Mais cette fois-ci, elle y va pour une pause personnelle.
01:20Salih, c'est un acte désespéré parce que ça concerne sa soeur.
01:24Ce n'est plus une question politique, ce n'est plus une question de militantisme,
01:27c'est une question privée.
01:28C'est la vie de sa soeur qui est en jeu.
01:30C'est une scène qui est assez symptomatique du Liban.
01:32Ce n'est pas la première fois que ça a lieu.
01:34Salih, elle a été très inspirée par quelqu'un qui s'appelle Bassam Sher,
01:37qui, il y a à peu près un mois, est lui aussi rentré dans la banque de son quartier.
01:41Cette fois-ci, pour son père qui avait besoin d'une opération d'urgence.
01:45Donc aujourd'hui, on voit que les Libanais, en fait, essaient de se faire justice eux-mêmes.
01:48Les deux, pour l'instant, « braquages » qu'on a pu voir,
01:51c'est des manifestants qui sont venus en soutien aux assaillants,
01:54qui sont venus devant les banques avec des drapeaux, des mégaphones,
01:57et qui étaient là pour les soutenir parce que c'est le quotidien de tout le monde.
02:02Beaucoup de personnes qui étaient en face de la banque comprennent et justifient aussi
02:05qu'elles puissent prendre une arme qui, par ailleurs, était factice.
02:11Ce qui s'est passé, c'est qu'en 2019, le Liban a fait face à une crise économique historique.
02:16La Banque mondiale estime d'ailleurs que c'est la troisième plus grande crise historique,
02:21une des trois plus grandes crises historiques du monde depuis 1850, voire la plus grande.
02:26Et ce qui s'est passé, c'est que depuis 2019,
02:28les personnes qui ont de l'argent dans leur compte en banque ne peuvent pas y accéder.
02:32Il n'y a pas assez d'argent pour en donner à tout le monde si tout le monde veut le retirer.
02:35C'est-à-dire que si moi, aujourd'hui, je veux aller dans une banque
02:38retirer mon argent que j'ai placé en 2015, la banque le refusera.
02:41Certains peuvent en retirer 50 par semaine, 200 dollars par mois.
02:44Mais dès lors où il faut payer une voiture, une maison,
02:47faire face à une dépense imprévue ou payer un traitement contre le cancer,
02:52pour ce qui est de la soeur de Sally, ça devient impossible.
02:54C'est le troisième acte de la sorte en un mois.
02:57La dernière fois, les autorités libanaises avaient décidé de ne pas poursuivre les assaillants.
03:00Ils les ont interrogés, ils les ont arrêtés, mais ils ne les ont pas poursuivis.
03:04Là, je viens de voir quelques informations qui paraissent.
03:07On voit que dans une autre région, à Aleï, au Liban,
03:10des personnes viennent d'attaquer leur banque, à mon avis,
03:12en ayant suivi le modèle de Sally et des autres braqueurs avant elle.
03:16Je pense que les autorités ont peur que le phénomène se multiplie.
03:19Ils deviennent des figures dans la mesure où ils sont représentatifs de la pulsion intime
03:24de beaucoup de Libanais qui aussi aimeraient rentrer dans leur banque
03:27et tout casser, mettre de l'essence, dire « ça suffit maintenant, rendez-moi mon argent ».

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