Agressions, vols, caillassages, blocages de routes… Pendant ce temps-là, Mayotte fait face à une recrudescence de violences de la part de jeunes déscolarisés, souvent livrés à eux-mêmes, qui sèment la terreur sur l'île française.
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00:00Aujourd'hui, vraiment, c'est l'anarchie, exactement.
00:02Donc aujourd'hui, c'est le bordel.
00:04C'est vraiment le bordel à ma gauche.
00:06On se fait attaquer tous les jours,
00:07on se fait cambrioler tous les jours,
00:09on se fait agresser tous les jours,
00:10on se fait arracher nos téléphones,
00:12nos goûters tous les jours,
00:13mais on va carrément faire avec.
00:15C'est-à-dire qu'on est livrés tellement carrément à nous-mêmes.
00:18Dans les abords de mon lycée,
00:20c'est tous les jours.
00:21Tu es obligé de te dire,
00:22« Non, t'as ta gueule, aujourd'hui,
00:23c'est automatique que je me fasse attaquer par un voyou. »
00:25Donc tu sors, tu t'es sacrifié,
00:28mais quand même, tu vas.
00:29Donc moi, la peur, oui, la peur, elle est là.
00:31Je suis obligé d'aller à l'école
00:32avec une épée posée sur le cou.
00:34C'est ça, la réalité.
00:36Lui, c'est Iri.
00:37Il a 17 ans et c'est le porte-parole de son lycée.
00:39Et pendant ce temps-là,
00:42à Mayotte,
00:43des jeunes déscolarisés,
00:44souvent livrés à eux-mêmes,
00:45multiplient les actes de violence.
00:48On va lui apparer la poteau de la bronze de Bali.
00:50Dans cette île française de l'océan Indien,
00:53où 84% de la population
00:55vit en dessous du seuil de pauvreté,
00:57voilà le quotidien des 270 000 habitants.
01:07À l'heure actuelle, c'est ça ce qui se passe.
01:12À l'heure actuelle,
01:14quand on vous dit de ne pas se déplacer,
01:19il faut venir ici.
01:21Voilà.
01:26Ce sont des gens comme moi,
01:27c'est-à-dire des adolescents.
01:28Si seulement ils m'écoutaient,
01:29moi, je leur dirais d'arrêter, stop.
01:33C'est-à-dire que chacun prenne sa responsabilité,
01:36que chacun vive parce qu'on peut vivre,
01:38on peut vivre mieux, nous.
01:39On peut vivre ensemble,
01:40on peut s'écouter, on peut s'entendre.
01:42Ça, quelque part,
01:43c'est la responsabilité de l'État
01:46parce que ce ne sera pas moi,
01:47ni vous,
01:48qui, comment dirais-je,
01:49ce ne sera pas moi qui va leur poser la question.
01:52Qu'est-ce qui se passe ?
01:53Pourquoi vous volez ?
01:54Mais forcément,
01:55ce sera l'autorité qui doit poser cette question.
01:57Pourquoi aujourd'hui tu voles ?
01:59Parce que j'ai faim.
02:00Et si je te donne à manger ?
02:01Si je te donne à manger,
02:02tu arrêteras de voler ?
02:03Oui.
02:04Par exemple,
02:05on pourrait toujours trouver des solutions.
02:07Lorsqu'il jette son caillou
02:08et lorsque son caillou explose,
02:10il vient et il te rappelle qu'il existe, ce jeune.
02:13Il te rappelle qu'il est là.
02:16Il te rappelle que tu pourras le taper jusqu'à demain matin,
02:20que tu pourras l'exclure jusqu'à demain matin,
02:22que tu pourras faire ce que tu veux jusqu'à demain matin.
02:24Il sera toujours là.
02:26Ce n'est pas qu'un élément du décor mao-réel.
02:28C'est une catégorie,
02:31c'est une génération,
02:33on peut dire aujourd'hui,
02:34une génération de jeunes
02:35qui nous rappellent qu'ils existent.
02:39Cyril est journaliste.
02:40Il vit à Mayotte
02:41et ce lundi,
02:42alors qu'il se rendait à une soirée avec son ami,
02:44une bande de jeunes leur tombe dessus
02:46et caillasse sa voiture.
02:47Il y avait du verre qui a été projeté sur moi.
02:50Sur le coup, c'est un peu impressionnant,
02:52mais ça va.
02:53J'avais du sang sur le visage
02:55parce que le verre a coulé,
02:56mais je n'ai pas été blessé d'autre mesure.
02:58J'ai eu du verre un peu dans l'œil aussi.
03:00Je ne suis pas sûr que ce soit contre moi particulièrement.
03:04Toutes les personnes
03:07qui sont passées cette nuit-là,
03:09dans ce carrefour-là,
03:10ont subi des violences
03:11pendant une bonne partie de la nuit
03:13où ces jeunes tiraient un peu à l'aveugle
03:17sur n'importe qui,
03:19alors qu'il n'y a aucune forme de discrimination.
03:22C'est femmes, hommes, vieux, jeunes, blancs, noirs.
03:25C'est une violence, on peut dire aveugle,
03:29très impressionnante.
03:31Je pense qu'en face de moi,
03:32j'avais des jeunes en situation ultra marginalisée
03:36qui sont la plupart du temps invisibles
03:39toute la journée,
03:40toutes les semaines,
03:42tous les mois.
03:43Ils sont invisibles,
03:44ils n'ont ni papiers,
03:45ni enfants,
03:46ni projets,
03:47ni quoi que ce soit.
03:48Face à ces violences,
03:49le préfet de Mayotte
03:50a annoncé un renforcement de la sécurité
03:52près des écoles et des axes routiers.
03:54Davantage de médiations vont être organisées
03:57entre la préfecture,
03:58les associations
03:59et les jeunes en difficulté.
04:02Aujourd'hui,
04:03tous les efforts des forces de l'ordre à Mayotte
04:06sont concentrés dans ce qu'on appelle
04:08la lutte contre les migrations clandestines.
04:11Ce qui fait qu'en 2019,
04:14on a expulsé 27 500 personnes.
04:1727 500 personnes, c'est quoi ?
04:19C'est 10% de la population mahoraise.
04:21Et on expulse ces personnes
04:23sans jamais prendre en compte
04:26la situation familiale,
04:28la situation du quartier.
04:29Il y a 5 400 enfants
04:31qui vivent tout seuls dans leur casentole
04:33sans aucun parent.
04:34Il n'y a rien derrière eux.
04:36Ils vivent entre eux
04:37dans la plus extrême précarité.
04:39Ces jeunes n'ont rien.
04:40Ça les amène forcément,
04:42nécessairement,
04:43à se servir par-ci, par-là.
04:46Puisqu'en plus de ça,
04:47ils sont en France,
04:48dans un territoire
04:49où on fait croire
04:52que la France va leur faire accéder
04:54à un niveau économique supérieur.
04:58Donc ils sont en fait dans une énorme frustration.
05:01Face à ça,
05:02les pouvoirs publics
05:03se font complètement dépasser.
05:05On voit des scènes
05:07où les policiers expliquent
05:09ne plus maîtriser la situation.
05:12Tout ce qu'ils peuvent faire,
05:14c'est répondre par des gaz lacrymogènes.
05:17C'est un territoire
05:20qui démontre un attachement à la nation
05:23comme nulle part ailleurs.
05:25Les Mahorais sont extrêmement fiers d'être français.
05:28En revanche,
05:29tous les jours,
05:30ils crient leur désespoir,
05:32leur sentiment de mépris
05:35de l'État
05:37et de la façon dont on les gouverne.