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00:007h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'écrivain et journaliste Jean Sevillia.
00:07Bonjour Jean Sevillia, bienvenue sur Europe 1, votre dernier livre est paru il y a quelques semaines seulement,
00:11Les habits neufs du terrorisme intellectuel, c'est chez Perrin.
00:14J'en dis un mot, ce livre c'est la mise à jour d'un livre que vous avez écrit il y a 25 ans,
00:19qui était pionnier pour décrire ce qu'était le politiquement correct.
00:23J'en recommande très chaudement la lecture parce qu'il y a beaucoup à dire,
00:26avec toute la vague woke qui est arrivée depuis, mais c'est de l'Algérie que nous allons parler.
00:29Ce matin ensemble, Jean Sevillia, vous avez aussi beaucoup écrit sur le sujet,
00:33l'Algérie, les relations sont particulièrement mauvaises en ce moment,
00:38or il se trouve qu'aujourd'hui, c'est une date anniversaire importante, 19 mars 62,
00:43en traite en vigueur, le cessez-le-feu conclut la veille par les écorts déviants entre la France
00:48et les indépendantistes algériens, ce devait être le début de la fin de la guerre, 63 ans plus tard,
00:54on a l'impression que l'Algérie la prolonge, finalement, cette guerre, par d'autres moyens que les armes, Jean Sevillia.
01:00L'Algérie instrumentalise une certaine version, un narratif, comme on dit aujourd'hui,
01:05de la guerre d'indépendance de 1954-1962,
01:09où les torts sont toujours du côté français,
01:13et où l'FLN s'exonère de toute faute.
01:17Il faut rappeler, parce que c'est historiquement établi, que l'FLN a utilisé de 1954 à 1962
01:24l'arme de la terreur, par des attentats, comme moyen de guerre,
01:28c'est la réponse du faible au fort,
01:32cette donnée est là,
01:34et puis il faut rappeler que les accords déviants, le 18 mars et le cessez-le-feu le 19 mars,
01:41ne marquent pas la fin de la violence ni de la guerre algérienne,
01:44il y a une autre guerre qui commence,
01:46où ça s'achève dans le drame, évidemment, pour les français d'Algérie,
01:50pour lesquels les accords déviants contenaient peu de garanties,
01:54et ces garanties vont être violées, on va les contraindre au départ,
01:56il y a une véritable politique, je crois qu'on peut le dire, d'épuration ethnique,
02:00le mot est fort, mais c'est la réalité, on fait partir les français,
02:02parce que la direction de l'FLN veut une Algérie indépendante mono-ethnique, arabe,
02:08pour dire les choses clairement,
02:10il y a un deuxième cycle de violence qui est algéro-algérien,
02:12ça va être le massacre des Harkis,
02:14qui commence à l'été 1962,
02:16on ne sait pas vraiment chiffrer le chiffre,
02:18si on va jusqu'à 80 000,
02:20on ne peut pas définir de manière scientifique le nombre de victimes,
02:22mais c'est un massacre tout à fait atroce,
02:24c'est une page sombre de l'histoire de France,
02:26parce que la France a abandonné ses Harkis.
02:28Puis il y a une troisième guerre qui commence,
02:30dont on parle peu, qui est une guerre algéro-algérienne,
02:32au sein du FLN,
02:34au début juillet 1962,
02:36il y a un affrontement entre les hommes des Maquis,
02:38les hommes de Boumediene-Benbella,
02:40qui vont prendre le pouvoir
02:42par rapport aux représentants extérieurs du FLN.
02:44Ça fait des combats, mais donc l'histoire du FLN,
02:46l'histoire de l'Algérie, la direction d'Algérie
02:48est ponctuée depuis 1962,
02:50de querelles internes,
02:52et souvent sanglantes.
02:54Vous avez parlé de la guerre du faible au fort,
02:56la méthode FLN pendant la guerre d'Algérie,
02:58on peut se poser la question aujourd'hui dans les relations
03:00franco-algériennes entre les deux états,
03:02qui est le faible, qui est le fort,
03:04on voit que d'un côté l'Algérie refuse
03:06de reprendre les ressortissants
03:08dont la France ne veut plus, qu'elle soit expulsée
03:10vers leur pays d'origine, l'Algérie dont elle sait
03:12qu'ils ont les papiers, l'Algérie
03:14refuse ces gens-là, les renvoie en France,
03:16et face à cela, le ministre
03:18de l'Intérieur, qui prône une ligne de fermeté,
03:20tient à disposition du gouvernement
03:22une riposte graduée,
03:24il y a une quinzaine de mesures,
03:26enfin c'est extrêmement prudent,
03:28j'ai envie de vous dire, finalement, cette liste de
03:30mesures, on va commencer
03:32par cibler la facilité
03:34de voyage de la nomenclature
03:36algérienne en dernier ressort,
03:38cela pourrait aller jusqu'à la réduction du nombre
03:40de visas généraux au grand public,
03:42si je puis dire, et face à cela, on voit l'Algérie
03:44qui, elle, demande la démission
03:46de Bruno Retailleau,
03:48l'Algérie qui met en prison
03:50au péril de sa vie, quelqu'un comme Boalem Sansal.
03:52Il y a une disproportion, finalement,
03:54de la graduation entre les deux états, aujourd'hui.
03:56Elle est considérable et elle n'est pas nouvelle,
03:58ça date depuis les années 1970,
04:00c'est ainsi, l'Algérie
04:02fait pression, intimide,
04:04en fait, la France,
04:06et la politique française
04:08paraît toujours faible,
04:10et timide, aussi.
04:12Pourquoi ça marche, cette intimidation ? C'est un peu le mystère.
04:14Alors, d'abord,
04:16les chiffres ont gonflé,
04:18c'est la présence, évidemment, en France,
04:20d'une communauté, soit algérienne,
04:22soit franco-algérienne, qui est tout à fait considérable,
04:24qu'on ne sait pas, d'ailleurs, quantifier exactement,
04:26peut-être sans doute autour de 5 millions de personnes,
04:285 millions de personnes parmi lesquelles
04:30une minorité peut-être
04:32très, très remuante, on se souvient comment
04:34du fameux match
04:36franco-algérien de football en 2001,
04:38qui avait dû être interrompu
04:40parce que des jeunes avaient envie d'envahir
04:42la pelouse,
04:44parce qu'il y a une sorte, moi je crois
04:46qu'ultimement, l'explication finale,
04:48c'est qu'en fait, la classe politique française,
04:50le temps passe,
04:52la guerre d'Algérie, ça devient de plus en plus loin,
04:54et l'histoire de l'Algérie française s'éloigne de plus en plus.
04:56Oui, mais le sentiment d'humiliation de beaucoup de Français,
04:58en revanche, monte.
05:00Les Français franco-algériens n'intéressaient pas vraiment grand monde,
05:02et là, ça devient un sujet très grand public,
05:04et il y a ce sentiment d'humiliation ressenti
05:06par une part des Français, Jean Sevillia.
05:08Ça fait pression aussi sur les pouvoirs publics français, c'est ça ?
05:10Alors aujourd'hui, oui, il y a une part
05:12de l'opinion qui n'en peut plus,
05:14qui sent bien qu'il y a quelque chose de
05:16déséquilibré,
05:18d'autant que
05:20tous les Français qu'on soit aussi,
05:22des Algériens, des François-Algériens,
05:24perçoivent bien que ce ne sont pas tous,
05:26il y a des milliers de gens qui sont Algériens, Franco-Algériens,
05:28qui vivent paisiblement en France,
05:30il y a une sorte de montée en puissance de la violence,
05:32de la violence verbale en tout cas,
05:34mais qui peut être grosse, la violence fiscale, ensuite.
05:36Dans le Figaro, ce matin,
05:38un ancien ministre algérien et ambassadeur
05:40dit quelque chose que j'ai trouvé très intéressant,
05:42j'aimerais bien avoir votre regard,
05:44il dit que l'Algérie, finalement, a davantage un problème
05:46avec la droite, avec la droite française,
05:48plutôt qu'avec la France en général,
05:50Jean Sevillia.
05:52Ça, je n'y crois pas, c'est encore
05:54un coup politique,
05:56il s'agit d'instrumentaliser, de faire jouer,
05:58de diviser les Français, en quelque sorte.
06:00Parce qu'il y a aussi des gens
06:02de gauche, je pense, qui tiendraient
06:04plutôt, si on prend Manuel Valls,
06:06ils seraient plutôt sur une ligne de fermeté
06:08vis-à-vis des pouvoirs algériens, par exemple.
06:10C'est une manœuvre pour corneriser, si je puis dire,
06:12pour mettre dans un coin quelqu'un comme Bruno Retailleau.
06:14Exactement, Bruno Retailleau est devenu l'homme à battre
06:16pour l'Algérie, et donc il joue
06:18cette carte-là, l'Algérie joue cette carte-là,
06:20la diabolisation de Bruno Retailleau.
06:22Et votre regard de journaliste, s'il venait à partir,
06:24Bruno Retailleau ?
06:26Eh bien, ça, on le paierait sûrement électoralement.
06:28Je veux dire, parce que
06:30Bruno Retailleau, il y a des Français
06:32qui sont sur la même
06:34ligne que lui, et qui votent
06:36un jour, et ils se souviendront s'il a dû partir.
06:38Merci Jean Sevillia d'être venu
06:40sur Europe 1, je renvoie donc
06:42les auditeurs vers votre livre,
06:44paru en 2018, Les vérités cachées de la guerre d'Algérie.
06:46Toujours d'actualité, toujours passionnant, c'est chez Tempus.
06:48Et puis le dernier, Les habits neufs
06:50du terrorisme intellectuel, paru chez Perrin.
06:52Merci d'être venu ce matin sur Europe 1.

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