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Avec Kamel Bencheikh, écrivain franco-algérien et membre fondateur du Comité de soutien international à Boualem Sansal

On décrypte le monde, tous les samedi matin à 8h16.

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##ON_DECRYPTE_LE_MONDE-2025-04-05##

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Transcription
00:00On décrypte le monde et on parle du sort de notre compatriote Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, toujours incarcéré en Algérie, visé pour une prétendue atteinte à la sûreté de l'Etat.
00:16Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères, français, sera à Alger demain pour, je cite, « renouer le dialogue ».
00:25On espère aussi pour obtenir, pourquoi pas, la grâce de Boualem Sansal. On en parle avec notre invité Kamel Benchek. Bonjour.
00:32Bonjour Jean-Marie.
00:33Soyez le bienvenu sur Sud Radio.
00:35Merci pour votre invitation.
00:36Vous êtes, vous aussi, écrivain franco-algérien. Vous êtes membre fondateur du comité de soutien international à Boualem Sansal.
00:43D'abord, est-ce que vous arrivez à avoir des nouvelles de Boualem Sansal ?
00:46Non, on n'arrive pas à avoir de nouvelles de Boualem Sansal. C'est totalement opaque. Nous savons juste que le parquet, par l'intermédiaire du procureur, a fait appel de la condamnation à 5 ans de prison. Et c'est tout.
01:02C'est tout. C'est tout ce que vous savez. Le parquet a fait appel. Ça signifie que Boualem Sansal, condamné à 5 ans de prison, du haut de ses plus de 80 ans, et malgré son cancer, pour une prétendue atteinte à la sûreté de l'Etat,
01:14cette peine-là, en première instance, ne suffit pas au parquet algérien ?
01:17Pour le parquet, non, ça ne suffit pas. Et apparemment, il y a un problème entre les différents clans algériens, au pouvoir algérien, pour que Boualem ne sorte pas.
01:27Et tout indiquait, il y a quelques jours, qu'une grâce allait advenir. Et certains clans essayent de bloquer cette grâce.
01:36En tout cas, c'est une grâce qu'on peut espérer du Président Tebboune. Il se trouve qu'Emmanuel Macron, le Président de la République, s'est entretenu avec le Président algérien, il y a quelques jours.
01:45Lui aussi, pour renouer le contact. Lui aussi, pour apaiser les tensions qui sont particulièrement violentes entre les deux pays depuis plusieurs mois.
01:54Et pour, je cite, « demander au Président Tebboune un geste d'humanité ». En d'autres termes, lui demander de bien vouloir gracier Boualem Sansal.
02:03Est-ce que vous y croyez, à ce dénouement-là ?
02:05J'y croyais jusqu'à cet appel du procureur. Mais j'y crois toujours d'une certaine façon. J'aimerais que ce soit non seulement que ça arrive très vite, mais que Jean-Noël Barraud ramène dans son avion Boualem.
02:17Ça, on l'espère de tout cœur.
02:18C'est une vraie possibilité ?
02:20Oui, c'est une possibilité. Mais on testera ce que le Président algérien peut faire face aux clans qui se disputent la dépouille, si je puis dire, de Boualem Sansal.
02:31Alors, il faut dire aussi qu'au sein de votre comité de soutien à Boualem Sansal, un certain nombre de membres placés ont beaucoup critiqué la position de l'Elysée longtemps,
02:41et celle du Quai d'Orsay, jugée beaucoup trop conciliant avec le régime algérien, au contraire du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, qui, lui, voulait engager un bras de fer et même une riposte graduée.
02:52Si Jean-Noël Barraud, demain, revenait en avion avec Boualem Sansal, ça voudrait quand même dire que le Quai d'Orsay et l'Elysée ont eu raison de renouer le contact avec la présidence algérienne ?
03:04Qu'ils aient eu raison, c'est vrai. Mais si Boualem Sansal revenait dans l'avion de Jean-Noël Barraud demain, ça ne veut pas dire que l'Elysée et le ministère des Affaires étrangères aient eu raison de se comporter de cette façon-là.
03:16C'est-à-dire ?
03:17Tout ce qui s'est fait jusqu'à aujourd'hui, c'est le comité de soutien international, la Boualem Sansal, qui a été jusqu'au bout et qui ne l'a pas lâché.
03:24Mais c'est nous qui avons forcé l'Elysée et Jean-Noël Barraud à parler de Boualem Sansal.
03:30Ils ne voulaient pas en parler au début ?
03:32Moins que ça. On a entendu, ça n'est jamais venu directement, mais on nous a susurré qu'il fallait être un peu plus conciliant et qu'il ne faut pas taper aussi fort.
03:41Qui vous a susurré que vous tapiez trop fort sur le régime algérien ?
03:46Par l'intermédiaire des éditeurs, par le ministère des Affaires étrangères, on nous a demandé d'y aller un peu plus mollo.
03:57Un peu plus mollo pour sauver Boualem Sansal, par exemple ?
04:00Exactement.
04:01Ce qui pouvait partir d'une bonne intention, pourquoi pas ?
04:03D'une bonne intention, mais ce n'est pas notre façon de voir les choses. Nous, nous ne voulons pas lâcher.
04:06Nous voulons aller jusqu'au bout. Nous voulons absolument que Boualem soit sur les radios, sur les médias tout le temps.
04:14Et nous ne voulons pas qu'il soit oublié.
04:16Il a été sur les radios, non pas oublié, sur les radios, sur Sud Radio, un certain nombre de fois dans les mois qui ont précédé son arrestation.
04:23Je l'ai suivi plusieurs fois pour en parler ici même.
04:25Dans les mois qui ont suivi son arrestation aussi, on ne l'a toujours pas oublié et on ne l'oublie toujours pas.
04:31Vous êtes vous-même Kamel Benchek, franco-algérien. Vu ce que vous dites vous-même sur le régime algérien, est-ce que vous retournerez un jour en Algérie ?
04:40Non, je ne suis pas aussi naïf. Je l'ai dit plusieurs fois à Boualem.
04:43A chaque fois que je lui en parle, je lui ai dit il faut que tu t'installes en France. Il a réussi à trouver.
04:47Il était installé en France, de facto, largement.
04:50Oui, mais il habitait depuis toujours à Beaumerdès, à l'est d'Alger.
04:55Il venait de temps en temps parce qu'il était invité par les libraires, par les radios.
04:59Et à chaque fois, je lui demandais de ne plus y retourner, de rester ici.
05:03Et finalement, il m'a dit tu exagères. Le régime algérien m'utilise parce qu'ils disent voilà quelqu'un qui nous tape dessus.
05:12Mais comme nous sommes des démocrates, on le laisse parler.
05:15Il pensait servir de caution au régime algérien pour que ce dernier puisse montrer au monde qu'il y avait une forme de liberté d'expression sur place.
05:23C'est ce qui s'est toujours passé depuis 20 ans. Depuis que Boualem Sansal, un peu plus de 20 ans, depuis qu'il a publié son premier roman.
05:29L'arrestation de votre ami Boualem Sansal vous montre que pour vous, il n'y a plus du tout de liberté d'expression en Algérie ?
05:36Elle n'a jamais été. Il n'y a jamais eu de liberté d'expression en Algérie.
05:39Il y avait la sienne jusqu'alors.
05:41Oui, la sienne. Il y a eu avant lui aussi un très grand écrivain qui s'appelait Kateb Yassin qui pouvait dire ce qu'il voulait.
05:47Mais la majorité du peuple algérien et la majorité des écrivains ne pouvaient pas dire ce qu'ils voulaient.
05:53Malgré tout, c'est aussi votre pays, c'est votre autre pays, l'Algérie. Décider de ne pas y revenir, j'imagine que cela vous pèse énormément ?
06:01Ah oui, totalement.
06:02Vous avez toujours votre famille sur place ou des proches ou des amis ?
06:05J'ai ma famille qui est sur place. C'est une plaie dans mon cœur. Je ne m'imagine pas ne pas y retourner.
06:12Et pourtant, je commence à m'y faire parce que je ne peux pas me retrouver derrière les barreaux.
06:17Et vous ne voudriez pas prendre ce risque ? Qu'est-ce qui pourrait faire que la situation évoluerait ?
06:23Sur ce thème-là, je suis désespéré. Sincèrement, je ne crois pas. Ça dure depuis 63 ans, depuis 1962.
06:29Je ne sais pas comment les régimes du Sud sont de facto des régimes dictatoriaux.
06:37En tout cas, c'est le cas pour l'Algérie. J'ai une dernière question, mais elle est importante.
06:42La France et l'Algérie ont connu les périodes de tensions les plus vives depuis peut-être des décennies.
06:48Quasiment des échanges d'insultes, en tout cas venant de certains organes du régime algérien visant la France.
06:54L'Elysée a décidé de renouer le contact, malgré la volonté d'une riposte graduée du ministère de l'Intérieur.
07:00Est-ce que l'Elysée a eu raison de vouloir renouer avec l'Algérie, après tout ce qui vient de se passer ?
07:07Oui, parce qu'il faut bien apaiser les tensions.
07:11Mais qui les a déclenchées, ces tensions ?
07:13Pour moi, c'est l'Algérie.
07:14Pourquoi c'est l'Elysée qui les a apaisées ?
07:17Parce que nous sommes dans un pays démocratique et un pays qui se respecte.
07:21Il faudrait que l'apaisement arrive et que les deux pays puissent se respecter et s'échanger normalement.
07:28Est-ce que vous percevez cette volonté d'apaisement de l'autre côté de la Méditerranée ?
07:32Non, la preuve, c'est le fait que le procureur, que le parquet...
07:37C'est qu'une partie de l'Algérie, ce procureur.
07:39Mais quand même, ça ne vient pas de n'importe où.
07:41Si le procureur l'a fait, c'est qu'il a les autorisations pour le faire.
07:45Et en ce qui concerne les relations franco-algériennes,
07:47est-ce que vous percevez une volonté d'apaisement au sein de la population algérienne également ?
07:52De la population, je ne sais pas.
07:53Du pouvoir, le fait même que le Président Tebbou n'ait plus discuté avec le Président Macron,
07:58c'est déjà un bon signal.
08:00La réouverture du chantier mémoriel, c'est ainsi qu'on le dit.
08:03La réouverture notamment des archives, les réunions d'historiens des deux côtés de la Méditerranée
08:08pour continuer à découvrir ce qui est arrivé à un certain nombre de personnes
08:13qui ont été assassinées pendant la guerre d'Algérie.
08:15C'est une bonne nouvelle pour vous ?
08:16C'est une bonne nouvelle, mais il ne faudrait pas que ce soit fait d'un seul côté.
08:20Il faudrait aussi que les Algériens reconnaissent que les Halkis, par exemple,
08:24ont lourdement payé cette période.
08:27Et le sort d'un certain nombre de disparus, est-ce que c'est encore un sujet tabou en Algérie ?
08:32Non, ce n'est pas un sujet tabou.
08:34On en parle là-bas, mais dans une seule optique.
08:36C'est que la mémoire doit continuer à servir l'Algérie.
08:41Et donc le sort des Halkis, on en parle comment ?
08:43Non, les Halkis, c'est des traîtres, c'est des collabos.
08:46Il faudrait non seulement les oublier, mais en plus, les vouer aux Gémaulies.
08:50Donc ça reste un chantier mémoriel à ouvrir aussi pour vous, de l'autre côté de l'Algérie ?
08:54Oui, des deux côtés. Il faudrait que l'histoire tranche.
08:57Écoutez, merci d'être intervenu ce matin sur Sud Radio, Kamel Benchek.
09:02Je rappelle que vous êtes vous aussi écrivain franco-algérien.
09:05Et membre fondateur du comité international de soutien à Boualem Sansal.
09:10Toujours incarcéré en Algérie depuis la mi-novembre, du haut de ses plus de 80 ans.
09:14Et malgré son cancer, visé par une procédure pour atteinte à la sûreté de l'Etat algérien.
09:22On verra s'il revient, sain et sauf, demain ou plus tard.
09:25Merci pour votre invitation.
09:27Merci à vous.

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