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00:0013h-14h, Europe 1-13h, 13h47 sur Europe 1, Europe 1-13h, dernière partie avec vous Céline Giraud, Jules Therese et Nathan Devers aujourd'hui.
00:09Et on continue à parler de cette condamnation de Marine Le Pen avec ce procès en appel qui se fera d'ici l'été 2026 avec la décision.
00:19Emmanuel Macron qui jusque-là ne s'était pas exprimé.
00:22Eh bien on va écouter Sophie Prima, la porte-parole du gouvernement lors du compte-rendu du Conseil des ministres qui rapporte ses propos.
00:28Il a rappelé trois choses. La première chose qui est que, évidemment, la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance
00:38et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.
00:42La seconde chose pour rappeler que les menaces qui sont faites sur les magistrats sont absolument insupportables et intolérables
00:52puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée.
00:59Et la troisième chose pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tout le monde.
01:08Voilà Sophie Prima, porte-parole du gouvernement qui rapporte donc les propos d'Emmanuel Macron.
01:13On sent quand même l'exécutif gêné aux entournures sur le sujet.
01:17C'est un peu de la langue de bois mais ça se comprend. C'est que le politique et encore moins le Président n'a pas, vu quelques exceptions,
01:24M. Mitterrand l'avait fait une fois je crois pour la faire tapis, mais sinon n'a pas à donner son avis sur une décision de justice
01:30et encore moins pour la critiquer et ça sèmerait un trouble immense.
01:34Et d'ailleurs quand François Bayrou s'était exprimé, il avait précisé à l'Assemblée qu'il le faisait plus en tant que citoyen que Premier ministre.
01:40Quand il a dit on n'a jamais vu ça en France. Voilà, à chaud.
01:44Cela dit, cette langue de bois est quand même intéressante puisqu'elle ne consiste pas non plus à dire
01:49il est scandaleux que certains critiquent cette décision de justice, point final.
01:53Vous voyez, là il y a quand même l'expression de quelque chose comme une forme de trouble, comme une forme peut-être d'hésitation.
01:59Je ne suis pas dans la tête d'Emmanuel Macron, mais il faut quand même rappeler une chose.
02:02Emmanuel Macron a battu par deux fois Marine Le Pen et je pense qu'Emmanuel Macron doit estimer, sans doute à juste titre,
02:09que lutter contre Marine Le Pen, ça se fait en débattant avec elle.
02:12Ce n'est pas forcément très dur d'ailleurs et que dans son cas, ça n'a pas été très dur.
02:15Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une partie de la classe politique qu'on voit se réjouir.
02:20C'est drôle mais c'est vrai.
02:22Et je crois qu'il y a des gens là qui sont en train, chez les opposants à Marine Le Pen,
02:26on en voit certains se réjouir de la condamnation de Marine Le Pen en se disant en gros
02:32« une de moins, tant mieux, ça va faire blesser l'extrême droite ».
02:35S'ils pensent comme ça, un, politiquement, moi ça me pose un problème.
02:38Je pense que ce n'est pas le niveau du débat.
02:40Et deuxièmement, c'est qu'ils n'ont rien compris à la manière dont fonctionne une démocratie,
02:44à la manière dont fonctionnent les affects en politique et que probablement que ce sera peut-être l'inverse.
02:49Peut-être pas avec Marine Le Pen, avec quelqu'un d'autre.
02:51Mais que ce genre de décision, évidemment qu'elle peut fédérer un camp qui va se sentir lésé.
02:56Et Emmanuel Macron qui réagit aussi à la rapidité de l'appel.
02:59Est-ce que c'est une forme de désaveu pour la première instance ou est-ce que c'est la volonté d'être irréprochable ?
03:04Moi, je pense sincèrement que c'est la volonté d'être irréprochable.
03:08D'autant plus que les motivations de la présidente du tribunal ont pu heurter.
03:14On a déjà parlé du risque de récidive.
03:16On a déjà parlé du risque à l'ordre public.
03:18Moi, il y a un passage, puisque j'ai lu les 150 pages de Madame Depertuis.
03:24Il y a un passage qui m'a étonné, c'est quand la présidente reproche au Rassemblement national
03:29son opposition aux institutions européennes.
03:33Ça m'a un petit peu dérangé, puisque c'est objectivement une prise de position politique.
03:38Elle dit que l'atteinte aux intérêts de l'Union Européenne revêt une gravité particulière
03:42dans la mesure où elle est portée, non dans un certain cynisme mais avec détermination,
03:46par un parti politique qui revendique son opposition aux institutions européennes.
03:50Donc, on n'aurait pas le droit d'être opposé à cette Europe des 27, à Ursula von der Leyen.
03:56Et moi, objectivement, ça me gêne.
03:58Est-ce qu'elle ne parle pas du Parlement européen qui avait engagé des poursuites ?
04:01Bien sûr, mais en tout cas, elle parle du fait qu'un parti souverainiste comme le Rassemblement national
04:06rejette les institutions européennes, quand bien même il est à l'intérieur.
04:11Par exemple, le Rassemblement national, dans son programme, que ce soit au législatif ou à la présidentielle,
04:15veut une baisse drastique de la contribution française à l'Union Européenne.
04:20En gros, on donne 20 milliards et on en reçoit 15, donc on donne 5 milliards en plus.
04:26Et bien ça, on va le reprocher au Rassemblement national.
04:29Une juge soi-disant indépendante va le reprocher au Rassemblement national.
04:32Et ça me pose un problème.
04:34Et à ce titre-là, on peut dire que c'est aussi une décision qui pourrait être politique.
04:39Juste pour ajouter une petite chose.
04:41Encore une fois, moi je suis dans une situation, si vous voulez, d'observation,
04:45mais où je suis vraiment très troublé depuis une semaine.
04:48De voir certains qui peuvent dire cette phrase, parfois,
04:52on ne peut pas critiquer une décision de justice.
04:54Évidemment qu'on n'a pas le droit d'insulter une magistrate.
04:56Évidemment qu'on n'a même pas le droit de circuler son nom sur les réseaux sociaux pour appeler au harcèlement.
05:02Évidemment qu'on n'a pas le droit de remettre en cause la séparation des pouvoirs et l'indépendance de la justice.
05:06Mais une décision de justice, c'est une décision humaine, d'interprétation de la loi,
05:11consistant à mettre en balance des principes,
05:13consistant à subsumer la singularité d'une situation sous l'universalité de la loi.
05:18Depuis Aristote, on se pose la question, pourquoi les juges sont-ils des êtres humains ?
05:21Précisément parce que les juges sont faillibles, qu'il y a une interprétation qui obéit à une déontologie.
05:26Et on peut se poser quand même une question.
05:28En France, quand vous avez des sanctions, elles sont adaptées à un contexte.
05:32Par exemple, quand vous êtes sous bracelet électronique,
05:34on en a parlé récemment dans le cas de Nicolas Sarkozy,
05:36la justice peut décider de dire, l'individu va travailler de telle ou telle heure,
05:41donc on va lui mettre des horaires de bracelet qui vont être aménagés par rapport à son travail.
05:45Ça veut dire qu'une décision de justice est la décision d'une sanction,
05:47elle se fait au regard d'un contexte global, individuel, professionnel, social, sociétal.
05:53Dire ça, ce n'est pas léser l'indépendance de la justice, pas du tout.
05:56Mais c'est de rappeler que cette interprétation, elle n'est jamais, si vous voulez, absolue de tout contexte.
06:00Et là, on peut en effet estimer qu'il y avait d'autres possibilités.
06:03L'exécution provisoire, pourquoi pas une peine plus courte d'inégibilité,
06:07qui aurait été de deux ans et qui n'aurait pas eu d'influence sur l'élection présidentielle.
06:11Mais c'est cette dimension-là, et à mon avis la seule, qui peut être questionnée.
06:15Questionnée, sans critiquer, sans harceler, évidemment, et sans remettre en cause l'indépendance de la justice.
06:19Et est-ce que cette dimension finalement que vous évoquez, Nathan Devers, Jules Torres,
06:23et l'onde de choc qui a provoqué cette décision et tout ce dont on parle depuis trois jours,
06:29ça peut profiter à l'arrivée au Rassemblement National ?
06:33Bien sûr que oui, étant donné qu'il y a objectivement des raisons de contester cette décision de justice.
06:41Et chez les Français, objectivement...
06:43Parce qu'on avait vu le lendemain, il y avait eu un sondage qui avait été fait par Le Figaro, je crois,
06:47qui disait que à peu près 57% des Français trouvaient ça... ne trouvaient pas ça scandaleux.
06:53Parce que c'est aussi évidemment un débat technique.
06:57Je ne suis pas sûr que vous faites un sondage sur l'exécution provisoire.
07:01Je pense qu'il n'y a pas une majorité de Français qui savent de quoi on parle.
07:05Et c'est normal, objectivement, c'est quand même quelque chose que l'on voit assez rarement.
07:09En politique, avec Nathan, on n'a pas eu beaucoup à commenter d'exécution provisoire.
07:13Donc le sujet, c'est que est-ce que Marine Le Pen est coupable ?
07:17Bon, la justice a décidé que oui.
07:19Est-ce que toutefois, ça mérite qu'elle ne soit pas candidate à une élection et les favorites ?
07:25Là, les Français, et en tout cas les électeurs du Rassemblement National, considèrent que ce n'est pas le cas.
07:31Parce que les électeurs du Rassemblement National appellent un vol après les législatives.
07:35Il y a ce sentiment toujours de se dire qu'on nous empêche.
07:38Et il y a un sentiment de confiscation.
07:41On nous a volé l'élection des législatives avec des accords entre la France insoumise, le NFP et Emmanuel Macron,
07:49alors qu'ils ne sont d'accord sur rien.
07:51On nous a déjà volé le traité de 2005 sur la constitution européenne,
07:55où finalement on a voté contre, mais deux ans plus tard, on a eu le traité de Lisbonne.
07:59En effet, ils se sentent lésés, d'autant plus que lors de la campagne présidentielle de 2017,
08:03comme celle de 2022, on a eu un second tour où le théâtre antifasciste s'est remis au premier plan
08:11et a dit que Marine Le Pen, finalement, c'était la peste brune, qu'il y avait le bruit des bottes qui revenait.
08:17Les électeurs du RN, en effet, sont de plus en plus rétifs à toutes ces décisions de justice qui peuvent intervenir
08:24et qui peuvent empêcher leur championne d'être candidate.
08:27Après, il y a aussi beaucoup d'électeurs, je les ai vus, que ce soit à la télévision, dans les papiers de presse,
08:32qui vous disent que finalement, ce n'est pas si grave, on a Jordan Bardella.
08:35Ça existe aussi. Est-ce que c'est la majorité des électeurs ? Je n'en sais rien.
08:38En tout cas, il y a un sondage, je crois que c'est Harris Interactive, qui est sorti le lendemain
08:42et qui donnait Jordan Bardella à 35 et 36 %, c'est-à-dire les scores de Marine Le Pen.
08:46Ça ne veut pas dire que ce qui arrive à Marine Le Pen est bien, mais ça veut dire qu'en tout cas,
08:49il y a une alternative et que ça, dans la tête des électeurs du RAS, c'est très concret.