BRUT MENTAL. Trouver son nez trop gros ou ses cuisses trop maigres… Quand on est obsédé par un détail de son apparence au point de se persuader que les autres ne voient que ça, on appelle ça de la dysmorphophobie. Ça concerne plus de gens qu'on ne pense alors on a demandé à une neuropsychologue d'ou ça vient et comment en guérir ?
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00:00La dysmorphophobie c'est un mot qui peut paraître bizarre, mais en réalité ça concerne beaucoup de monde.
00:15En fait c'est une obsession et des pensées excessives sur un défaut dont la perception de la personne est totalement démesurée.
00:21Genre un nez trop prononcé, des bras trop épais ou au contraire des cuisses trop maigres.
00:25On en parle beaucoup sur les réseaux en ce moment, alors j'ai demandé à une psychologue de quoi il s'agissait.
00:29La dysmorphophobie c'est un trouble mental, psychiatrique.
00:35Ça vient du grec qui dit dysmorpho, ça veut dire la malformation, déformation.
00:39Et phobie, la peur.
00:41Par exemple, tu vas avoir une obsession au niveau d'une apparence
00:46et être même convaincu que les autres se focalisent autant que soi dessus.
00:52Mais c'est pas pour autant que ça existe véritablement.
01:00Alors la dysmorphophobie c'est aussi appelé un trouble dysmorphique corporel.
01:06Donc comme son nom l'indique, c'est un trouble et non une maladie.
01:09C'est un trouble psychiatrique.
01:11D'ailleurs dans ce qu'on appelle le DSM-5, ce qui est le manuel diagnostique
01:16où on va répertorier toutes les maladies mentales,
01:20c'est classé, catégorisé comme étant un trouble à la fois anxieux,
01:25mais aussi un trouble obsessionnel compulsif.
01:28On peut entendre plus de femmes que d'hommes se plaindre de dysmorphophobie
01:32parce que les hommes ont plus de gêne à parler de leur phobie,
01:37de leur angoisse relative à leur aspect corporel.
01:41Mais pour autant, les hommes comme les femmes sont autant touchés.
01:47Alors les facteurs sont un peu flous, mais on a remarqué une récurrence
01:50des facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.
01:55Alors au niveau biologique, on s'aperçoit qu'il y a potentiellement
01:59des facteurs héréditaires puisqu'il y a une récurrence dans une famille.
02:03Quand il y a quelqu'un qui souffre de dysmorphophobie,
02:06on peut le voir chez d'autres personnes de cette même famille.
02:09Et puis au niveau cérébral, il va se passer plusieurs choses.
02:12D'abord, il va y avoir potentiellement des altérations de certaines zones cérébrales,
02:17dont celles qui s'occupent du visuel et donc de la perception de soi.
02:22Mais aussi au niveau de la régulation de l'humeur,
02:25c'est-à-dire la façon dont on régule nos humeurs,
02:28comment on se sent et notre estime de nous et notre anxiété.
02:31Au niveau des facteurs psychologiques, il va y avoir des antécédents
02:36de traumatismes qui peuvent générer de la dysmorphophobie.
02:40Et puis aussi, on se rend compte que si on subit des moqueries,
02:45par exemple quand on était jeune ou encore à l'âge adulte,
02:48ou simplement des petites critiques de « ah, t'as vu tes mollets, t'as vu tes fesses, t'as vu ton nez »,
02:54ces petites critiques peuvent générer de la dysmorphophobie.
02:58Et enfin, les facteurs environnementaux, justement,
03:01ça va être aussi ce qu'on appelle un peu la pression sociale,
03:04les normes culturelles qui établissent qu'il faut être parfait,
03:09qu'il faut avoir le corps parfait, l'aspect parfait, la peau parfaite, toute lisse.
03:14Un peu ce qui est véhiculé à travers certains médias, certains réseaux sociaux.
03:25Alors, heureusement, on peut guérir de la dysmorphophobie.
03:28Alors, il faut savoir d'abord que c'est un processus qui est très long,
03:31ce n'est pas en un claquement de doigts, et on peut en guérir.
03:34En général, on va proposer ce qu'on appelle de la thérapie cognitivo-comportementale,
03:39autrement appelée une TCC,
03:42et ça va nous permettre d'identifier, de repérer ce qu'on appelle les pensées négatives
03:47qui vont finalement aller dans le sens de la compulsion, de l'obsession
03:53et de la diminution de la qualité de vie.
03:55On va aller les identifier pour pouvoir les modifier.
03:58Et puis, si on voit qu'on a travaillé sur ces pensées,
04:03qu'on a travaillé sur l'estime de soi, l'anxiété, et que ce n'est pas suffisant,
04:08on peut évidemment ajouter un traitement médicamenteux.
04:11En général, quand j'ai des patients qui sont atteints de dysmorphophobie,
04:14je vais essayer de leur donner des petits exercices entre chaque séance.
04:17Par exemple, de faire les choses graduellement.
04:21Par exemple, on va prendre quelqu'un qui a une vraie angoisse,
04:25une vraie anxiété par rapport à la texture de sa peau
04:28et qui va développer de ce qu'on appelle la trichotillomanie,
04:32le fait de triturer sa peau, d'enlever des poils,
04:36d'enlever des boutons qui ne seraient pas existants
04:39ou vraiment des petites imperfections selon eux
04:42et qui vont faire grossir cette chose-là.
04:46Ce que je vais faire, c'est que je vais dire à la personne
04:48d'accepter au fur et à mesure de se regarder dans le miroir
04:52en regardant d'abord le global,
04:55sans regarder chacune des petites imperfections qu'il perçoive comme telles.
04:59Puis ensuite, ça va être de ne pas toucher un seul bouton,
05:04puis deux boutons, etc.
05:06Donc d'y aller vraiment graduellement
05:08et de prendre le temps pour ne pas que la personne soit trop brusquée
05:11et pour qu'elle puisse l'accepter petit à petit.