Donald Trump a qualifié de "pépin (...) sans gravité" le partage d'un plan militaire confidentiel à un journaliste, une faille de sécurité spectaculaire. Le président américain a estimé lors d'un appel téléphonique avec la chaîne NBC que l'ajout du journaliste à un groupe de discussion confidentiel était "le seul pépin en deux mois, et au final sans gravité". Il a ajouté que Mike Waltz, le conseiller à la sécurité nationale, avait "appris une leçon" avec cette erreur.
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00:00Bonjour à tous et merci de nous retrouver sur BFM2 avec à mes côtés Thierry Arnault, bonjour Thierry.
00:05Bonjour, bonjour à tous.
00:06Éditorialiste international à BFMTV avec nous pour revenir sur ces critiques qui touchent l'administration Trump depuis plus de 24 heures maintenant
00:18après avoir permis par erreur à un journaliste d'accéder à une conversation en tout cas normalement plutôt secrète
00:26concernant ces frappes menées au Yémen par l'armée américaine.
00:32C'est une première Thierry, un scandale tel ?
00:35Oui, effectivement, c'est un scandale de grande ampleur qui remonte à quelques heures maintenant.
00:41L'origine c'est le 11 mars où Jeffrey Goldberg qui est le patron de la rédaction d'un magazine qui s'appelle Dietlinger
00:47qui est un journal de grande qualité, pas toujours tendre avec Donald Trump mais qui publie de très bonnes enquêtes.
00:54Il reçoit sur son téléphone une alerte qui lui dit qu'il est intégré à un groupe de discussion, un chat comme on dit,
01:01qui comprend les plus hauts responsables de la sécurité nationale aux Etats-Unis.
01:05Il y a dans ce groupe de 18 personnes le vice-président américain, le directeur de la CIA, la directrice du renseignement américain,
01:12le conseiller de Donald Trump à la sécurité nationale, etc. etc. Le secrétaire à la défense Mike Exaf.
01:18Et sa première réaction c'est de se dire c'est un fake en fait, ça ne peut pas être sérieux.
01:23Je pense qu'on essaie de manipuler, de me faire croire que je suis dans ce groupe confidentiel et ça ne peut pas être le cas.
01:29Ça c'est le 11 mars. Et puis pendant quelques jours il suit quand même les conversations,
01:33qui sont des conversations sur des sujets politiques, sur des sujets de procédures de la sécurité nationale et de la défense.
01:40Il est de plus en plus intrigué. Et un moment de bascule se produit en fin de matinée le 15 mars
01:45où là on commence à discuter de manière très concrète, très opérationnelle des frappes que les Etats-Unis s'apprêtent à opérer sur le Yémen
01:56et en particulier sur les outils pour assurer la sécurité de la mer Rouge.
02:00Et là il y a tout un débat entre tous les participants.
02:03Et à un moment donné, Pete Exaf, qui est le secrétaire à la défense, donne les détails opérationnels d'une frappe
02:10dont le journaliste Jeffrey Goldberg comprend deux heures plus tard qu'elle est une réalité
02:15puisque la frappe est effectivement en train de se produire et là c'est évidemment de son côté la stupéfaction.
02:21Et se rendant compte qu'il a accès à une conversation à laquelle il ne devrait pas du tout être partie prenante,
02:27il sort de la conversation, sachant qu'en prenant cette décision, il sait que le message va être reçu par celui qui l'a intégré à la conversation qu'il est sorti.
02:39C'est en l'occurrence Mike Watts, le conseiller de la sécurité nationale de Donald Trump.
02:44Et puis il envoie un message pour dire voilà, j'étais dans cette conversation, est-ce que vous pouvez me confirmer son authenticité ?
02:52Et voilà comme ça, comment va éclater le scandale puisque l'authenticité de la conversation va être confirmée.
02:57Oui, alors de cette conversation ensuite a découlé beaucoup de réactions.
03:03Donald Trump qui hier dit je ne sais rien de tout cela et aujourd'hui au final reconnaît les faits, parle d'un pépin sans gravité utilisant ces termes.
03:14Oui, franchement il n'y a aucune surprise dans la nature de la réponse de Trump lui-même et de tout son entourage, de tous ceux qu'on a dit jusqu'à présent.
03:24Et ça consiste à faire trois choses qui étaient prévisibles.
03:27La première, c'est effectivement de minimiser totalement la portée de l'incident en disant ils ont une conversation assez banale.
03:33Ce n'était pas du tout des secrets défense qui étaient discutés sur cette boucle.
03:38Donc vraiment, il n'y a pas de quoi s'affoler.
03:41Deuxièmement, et c'est surtout le ministre de la Défense qui s'en est chargé, on attaque le journaliste en question, on met en cause son intégrité.
03:48On dit que c'est un pseudo journaliste qui est toujours dans la manipulation des informations, etc.
03:55Et puis, la troisième partie, c'est un peu de voler au secours, d'essayer de sauver le soldat à McWaltz, qui est donc celui qui était à la régine de la GAF.
04:06En expliquant, c'est ce que dit Donald Trump ce matin, qu'il a retenu la leçon, je cite, et que c'est un bon gars, je cite à nouveau.
04:14Voilà, évidemment on se demandait s'il n'allait pas finir par faire les frais de ce scandale.
04:21On spéculait sur le fait qu'il allait peut-être présenter sa démission à Donald Trump, qui aurait eu tout loisir de la refuser.
04:28Mais manifestement, et encore une fois, c'est très classique, dans l'univers Trump, on ne reconnaît jamais une erreur.
04:35Et on considère que la meilleure défense, c'est l'attaque.
04:38Et donc, cette contre-attaque se produit tout de suite, sur tous les fronts possibles, de la part de Donald Trump, de la part de sa porte-parole,
04:45et de la part de toutes les personnalités concernées.
04:48Sachant que ce qu'on voyait à l'instant, à l'image, évidemment, va contribuer, pas l'image de Donald Trump qu'on voit tout de suite,
04:55mais ce qui se passe au Congrès, voilà, avec cette image de Trucy Gabbard, qui est la patronne du renseignement désormais aux Etats-Unis,
05:02qui était donc dans cette boucle de nos conversations.
05:05Et il se trouve qu'aujourd'hui, au Congrès, plusieurs hauts responsables de la sécurité américaine,
05:09dont elle, doivent témoigner, être interrogées par une commission sénatoriale.
05:15Donc, vous imaginez l'ambiance, et vous imaginez la virulence des questions de l'opposition démocrate, évidemment, qui s'est tout de suite saisie de cette affaire.
05:23Oui, d'ailleurs, Hillary Clinton avait réagi hier soir.
05:26Dites-moi que c'est une blague ces termes utilisés, après la révélation de ces faits, elle, côté démocrate aussi, justement.
05:33Oui, et elle réagit, Hillary Clinton, bien sûr, parce qu'on se souvient qu'elle avait été attaquée très durement au moment de sa campagne présidentielle,
05:38parce qu'elle avait utilisé un compte privé pour échanger des messages officiels.
05:44Et elle avait été alimentée, donc, en tant qu'à l'époque ministre des Affaires étrangères, sur des sujets potentiellement confidentiels,
05:51sur un compte qui n'était pas protégé.
05:53Et donc, à l'époque, elle avait été vraiment attaquée de toute part, et de manière très violente, par tout le camp républicain,
06:00par Donald Trump, qui, vous vous en souvenez peut-être, avait promis de la mettre en prison, parce qu'elle avait commis un crime grave.
06:06Et donc, là, évidemment, alors que s'échange sur une messagerie qui n'est pas totalement sécurisée,
06:11et signale, en l'occurrence, des informations totalement confidentielles et opérationnelles sur une opération militaire,
06:17évidemment, elle ne pouvait pas rester sans réagir.
06:20C'est surprenant, justement, Thierry, vous qui suivez beaucoup ce qui se passe, évidemment, outre-Atlantique,
06:26qu'ils échangent comme ça sur une messagerie telle que signale, on pourrait aussi dire WhatsApp, Telegram,
06:33enfin, on imaginerait qu'ils utilisent d'autres moyens que ceux qu'on connaît, nous.
06:37Oui, normalement, il y a des procédures, surtout lorsqu'on en vient à leur...
06:40Qu'il y ait des boucles, je veux dire, ça existe partout, ça existe dans tous les pays,
06:44des boucles entre les différents responsables politiques.
06:47Il y en a, évidemment, pléthore, il y en a entre les ministres du gouvernement français,
06:51entre les responsables de la sécurité, certains d'entre eux, en tout cas.
06:55Mais, quand on atteint un certain degré de confidentialité dans les échanges,
06:59et quand on arrive à des niveaux de secret défense, à ce moment-là, il y a des procédures qui sont,
07:03évidemment, comme vous l'imaginez, très cadrées, très circonstrites,
07:07à la fois sur ce qu'on peut se dire, et puis aussi et surtout sur les canaux de communication
07:12qu'on est autorisés à emprunter pour se dire les choses.
07:15Et là, manifestement, je pense qu'il est difficilement contestable que tous ceux qui étaient sur cette boucle
07:21et qui ont échangé ces informations ont fait preuve, en tout cas, au minimum,
07:25s'agissant du ministre de la Défense, d'une certaine légèreté.
07:28Et au final, est-ce que tout ça, ça peut nuire à Donald Trump ?
07:31Ou est-ce qu'il va s'en sortir, une fois de plus ?
07:34Alors, on voit qu'il est vraiment à l'offensive, comme on le disait,
07:37la meilleure défense, c'est l'attaque, et donc il veut vraiment édouffer l'affaire.
07:41C'est embarrassant, mais c'est embarrassant dans un contexte où, pour l'instant,
07:45d'un point de vue politique, il écrase tout sur son passage.
07:48L'opposition démocrate a beaucoup de mal à se faire entendre.
07:52Qu'est-ce qu'elle va réussir à se saisir de cette affaire pour commencer à lui causer un petit peu des ennuis ?
07:57Il y a une forme de paradoxe, aujourd'hui, dans la vie politique américaine.
08:00C'est-à-dire que, lorsqu'on regarde l'état de l'opinion publique et les sondages,
08:05finalement, Donald Trump n'est pas si populaire que ça.
08:08Il est même le président, à ce stade de son mandat,
08:11le plus impopulaire depuis un certain Donald Trump, lors de son premier mandat.
08:16Et tous les autres, à ce même stade de leur mandat, étaient beaucoup plus populaires que lui ne l'est aujourd'hui.
08:20Simplement, un, il détient tous les leviers du pouvoir.
08:23Deux, il a derrière lui, sur les médias traditionnels, sur les réseaux sociaux,
08:28et on pense évidemment en particulier à X, le réseau social d'Elon Musk,
08:32une espèce de machine de propagande absolument ultra-puissante
08:37et qui écrase tout sur son passage et qui fait donc que l'opposition a du mal à exister.
08:42Donc, pour l'instant, il a vraiment tous les leviers, à la fois politiques et médiatiques,
08:46pour se dire qu'il a toutes les chances d'arriver à tuer ce scandale dans l'œuf,
08:51ce qui va s'appliquer à faire maintenant, dans les prochaines heures,
08:55et ce que vont essayer de faire aussi ces officiels américains qui sont en train de témoigner en ce moment au Congrès.
09:01Pour autant, incontestablement, sur le fond, c'est une première tâche, une première erreur,
09:06la démonstration, en tout cas, un exemple de manque de professionnalisme de la part de son gouvernement.
09:13Et puis l'image renvoyée à l'international aussi, sans doute auprès des autres gouvernements qui doivent l'entacher.
09:18Tout de même, merci beaucoup Thierry Arnault, éditorialiste international à BFMTV pour ce décryptage.
09:24Restez bien avec nous sur BFM2. Un nouveau direct à suivre.