"La vie d'Adèle", sa collaboration avec Sean Penn, ses cours d'impro à Fleury-Merogis... Adèle Exarchopoulos raconte les 3 moments qui ont changé sa vie.
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Court métrageTranscription
00:00C'est vrai qu'encore aujourd'hui, il y a des gens qui viennent me voir et qui me disent
00:02c'est grâce à toi que j'ai dit ça à telle personne et c'est ce que j'aime dans le cinéma,
00:06c'est-à-dire que des fois quand tu sors d'une salle de ciné, au-delà de l'expérience,
00:10ça peut te donner envie de pardonner, ça peut te donner envie d'aimer, et c'est vrai
00:14que la vie d'Adèle, ça a eu cet impact-là.
00:15J'avais fait quelques trucs avant, mais c'est vrai que je continue à aller à l'école
00:29et pour moi, je connaissais rien au cinéma, c'était un peu du hasard.
00:32C'était un casting qui a été très long, qui a duré six mois, c'était le moment où
00:35j'ai voulu lâcher l'école, où j'ai lâché ma scolarité, et c'est vrai que ça a changé
00:39ma vie parce que c'est un réalisateur qui m'a prise alors que je n'avais pas forcément
00:43beaucoup d'expérience pour un premier rôle et pour incarner cette grande histoire d'amant
00:47entre moi et Léa Seydoux, et puis ça a changé ma vie puisque ça m'a vraiment appris une
00:52vision du cinéma où il n'y a pas de marque au sol, pas de limitation de temps, pas de
00:55limitation de texte, où c'est quelque chose qui est extrêmement dans le partage, dans
00:59l'endurance, dans la dévotion, du coup ça m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup appris
01:03et énormément donné, on ne va pas se mentir, avant j'étais vraiment celle où on disait
01:07« tu peux sortir de la photo s'il te plaît ? »
01:08Ouais, c'est ça qui m'a appris aussi qu'il fallait que je voie la nudité à ce moment-là
01:11comme un déguisement, mais j'étais aussi beaucoup plus insouciante, j'étais plus
01:14libre, j'étais plus jeune, et après c'est vrai que ça a été entaché par toute une
01:20polémique.
01:21Moi aujourd'hui, dans mon cœur, j'en garde que des bons souvenirs, après je trouvais
01:23ça important aussi, certaines personnes avaient besoin de s'exprimer, etc., je trouvais ça
01:27sain, c'est vrai que c'est venu tout entaché, il y avait des choses forcément injustes comme
01:32quand les choses débordent et que c'est repris par un tel, les mots d'un tel, j'ai trouvé
01:35ça dommage que ça ne reste pas entre nous, mais personnellement je ne regrette rien, c'est
01:41le plus important je trouve.
01:42Je vais à Los Angeles, attraper un prix pour la vie d'Adèle, et je suis hyper stressée
01:51parce que je dois aller à une cérémonie recevant un prix, je crois que c'est les
01:53LA Awards ou je ne sais plus, et c'est DiCaprio en plus qui doit me le remettre ou je ne sais
01:58pas quoi.
01:59Bon bref, je suis super stressée parce que je sais qu'en Amérique il y a des choses
02:01qu'on ne peut pas dire.
02:02Et en fait dans la voiture, il y a un agent qui m'appelle et qui me dit « Sean Penn
02:04il veut te rencontrer ». Je rentre à l'hôtel, je me change, je me dis je ne veux pas du
02:07tout qu'il me voit en grande robe, etc., qu'il se dise « mais qu'est-ce qu'elle fait ? ». Je
02:11mets un petit jogging et tout parce que j'étais très maquillée, je descends, je suis un peu
02:14stressée, je me dis « Sean Penn c'est quand même quelqu'un, j'ai grandi avec son cinéma,
02:17pour moi c'est un monstre d'acteur, c'est quelqu'un que j'estime énormément, mais
02:21qu'est-ce qu'il me veut ? ». Et donc je fume une cigarette et là j'entends « Hi » et
02:26je lève la tête.
02:27Enfin non, j'avoue, je ne lève pas la tête, il n'est pas immense, mais genre je lève
02:31mon regard, je le vois et là il me propose son scénario et c'est vrai que j'avais trop
02:37du mal à y croire tellement j'étais heureuse.
02:39Ça m'a beaucoup appris et puis ça m'a appris, c'était une expérience américaine aussi
02:42où d'un coup tout est anticipé.
02:46Du coup quand tu arrives, tout, la lumière, les 450 figurants, tout, et du coup tu as le
02:53temps de travailler vraiment en fait quand tu arrives, d'être libre.
02:55Mais la première journée il y avait Ravier Bardem à ma gauche, Charles Esterhon à ma
02:59droite, Sean Penn en face de moi, je me suis dit « c'est une blague ».
03:06Sur le tournage des Pères Dumont, c'est vrai que je jouais une jeune femme qui est
03:10condamnée, donc coupable, et du coup je suis allée à Fleury-Mérogis pour faire
03:16des cours d'impro.
03:17Donc au début c'était un peu vertigineux dans le sens où je n'ai absolument pas la
03:21prétention de savoir faire des cours ni d'improvisation ni de théâtre et puis je me suis très vite
03:24rendue compte qu'il fallait s'adapter aux besoins des femmes qui étaient là-bas en
03:28fait.
03:29Ça n'a rien de venir avec des théories ou une morale ou un programme, c'était de
03:32dire de toute façon qui parle quelle langue, qui a envie de faire quoi, et venez on partage
03:35un truc.
03:36Donc au début on a commencé avec des kms, des jungle speed, des loups-garous pour les
03:39mettre tous en confiance et pour qu'on arrive à se réunir et après on a beaucoup beaucoup
03:43parlé à se dire quel film t'as trop touché, quelle scène t'aimerais remixer, et c'est
03:47vrai que c'était quand même une grande leçon de cinéma d'arriver à voir des gens sans
03:50égo qui arrivaient à être extrêmement vrais dans une situation qui leur était pas forcément
03:55arrivée mais qui étaient incapables de tricher en fait.
03:58Donc c'était une grande leçon d'humanité et c'est vrai que moi d'avoir passé tous
04:00ces mois à Fleury, ça m'a appris que pour moi ce qui compte le plus c'est l'humain
04:04en fait, c'est tout.