Il a mis les hommes en kilt, il a habillé les plus grands, et pourtant, il n'a jamais fait d'école de mode. Voici l'histoire de Jean-Paul Gaultier. Après 50 ans de carrière, il se retire de la mode.
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Art et designTranscription
00:00J'ai toujours trouvé que c'était n'importe quoi, cette image de la femme cliché, soumise.
00:05Et ça m'a toujours choqué, j'ai toujours essayé de montrer une espèce d'égalité entre l'homme et la femme.
00:31J'ai été élevé plutôt par des femmes, par ma grand-mère et par ma mère.
00:36Et toutes ces femmes étaient bienveillantes et m'ont entouré d'amour.
00:40Et donc j'ai pu les voir, j'ai pu les entendre, je les ai trouvées fort intéressantes.
00:46Et je préférais les entendre, les écouter et les voir vivre que de m'amuser à jouer au foot.
01:01Quand j'ai fait l'essai en cône, c'est parce que je l'avais fait déjà à mon ours.
01:04A l'âge de 7-8 ans, il correspondait à mon envie d'habiller.
01:07Ça a toujours été une femme pour moi, toujours.
01:16L'institutrice, pour me punir, voyant le dessin que j'avais fait d'une femme avec des plumes et des barésilles,
01:20elle avait trouvé ça scandaleux et tout.
01:22Elle me l'a épinglée dans le dos, elle me fait faire le tour des autres classes
01:27et que les garçons, au lieu de dire « Oh Gaultier, la fille manquée » et tout,
01:30elles me disaient « Fais-moi un dessin, fais-moi un dessin ».
01:32Là, j'ai compris qu'en fin de compte, j'étais plus la fille manquée quand je dessinais.
01:36Et que là, on me souriait et qu'on me demandait des choses.
01:39Et qu'en fin de compte, j'existais, je n'étais pas rejeté.
01:47J'étais fan et je le suis encore, vous voyez.
01:49C'est-à-dire qu'en fin de compte, je crois qu'il m'a donné l'énergie en voyant ses créations.
01:53J'ai eu l'énergie d'essayer de faire mieux, de me dire « C'est formidable » et tout.
01:56Comme je n'ai pas fait d'école de mode, j'ai appris la mode au travers peut-être de ses créations.
02:24Quand j'ai fait mon premier défilé homme, il s'est appelé l'homme-objet.
02:28Parce que je me suis dit « Au moins, on va à l'égalité ».
02:31J'ai essayé de montrer une part de féminité chez l'homme.
02:54En 87, on avait décidé, parce que tout le monde parlait évidemment de la maladie.
02:58On ne disait pas le sida à l'époque.
02:59Enfin, on le disait entre nous, mais on ne le disait pas comme ça à tout le monde.
03:02Et donc, on avait décidé d'un peu de voir si on n'avait pas quelque chose.
03:07Et puis, donc, on s'est fait examiner.
03:10Et puis, il se trouve que Francis était séropo.
03:12Donc, à partir de ce moment-là, ça a été genre l'attente et la peur parce que c'était radical.
03:19Ça a été, si vous voulez, à chaque fois, genre qu'est-ce que c'est ?
03:21Qu'est-ce que c'est de là ? Ça y est, ça commence.
03:23Ça y est, ça va être la fin.
03:24Enfin, ça a été une course comme ça.
03:50J'ai crié de joie, content d'avoir participé.
03:52Enfin, d'avoir participé en quelque sorte, de l'avoir accompagné au travers de mes robes,
03:56dans ces moments magiques et de bonheur pour elle.
04:20Ce que j'aime en lui, c'est le mélange des genres.
04:22Les blondes, les grosses, il nous trouve belles.
04:44Je ne resterai pas.
04:46Je ne rêve pas de faire autre chose.
04:47Je ne trouve pas que la mode n'est pas assez bien pour moi.
04:49Au contraire, je trouve qu'avec la mode, on peut dire plein de choses.
04:51On peut s'exprimer, on peut dire ce qu'on pense.
04:53On peut dire toutes ses opinions.