Damien Chazelle revient au cinéma avec Babylon. Le réalisateur de Whiplash et La La Land a répondu aux questions de Brut.
Catégorie
🎥
Court métrageTranscription
00:00J'ai lu qu'avant de tourner vraiment le film, vous l'auriez tourné avec votre iPhone dans votre jardin avec votre femme et Diego Calva.
00:13Est-ce que c'est vrai ?
00:14Oui.
00:15Est-ce que vous pouvez me raconter ça ?
00:16Oui, c'est vrai. C'était une espèce de répétition.
00:20Surtout que Diego Calva, c'est un acteur très nouveau. Il n'a pas fait grand-chose.
00:25La première fois que je l'ai vu jouer, c'était par Zoom, c'était des auditions comme ça.
00:30Puis on a fait quelques mois de Zoom.
00:32Et puis ensuite, à la fin, il est venu aux Etats-Unis et il a passé, je ne sais pas, 10 jours, 11 jours chez moi.
00:43Et voilà, on a fait tous les scènes du film avec ma femme jouer tous les autres rôles.
00:51Elle jouait Brad Pitt, elle jouait Margot.
00:53Puis ensuite, on a eu Margot pour un jour aussi, pour jouer quelques scènes avec Diego, juste pour voir les relations entre les deux.
00:59C'était tout sur l'iPhone et on était comme des enfants.
01:03C'était le jardin qui est devenu tout le monde du film.
01:07J'avais quelques morceaux de musique déjà de Justin, mon compositeur.
01:11Et donc, dès que j'avais toutes les prises, je les montais sur mon ordinateur.
01:17C'est vrai que j'ai une version d'après deux heures.
01:21C'est assez amusant à voir.
01:23Je n'avais jamais fait ça.
01:24C'était génial.
01:25Votre film, il se passe à un tournant, à un moment historique pour le cinéma.
01:28Est-ce que vous pensez que d'une façon ou d'une autre, ça rentre en résonance avec ce qui se passe aujourd'hui ?
01:33Oui, je pense qu'il y a beaucoup de parallèles, comme il y en a toujours d'ailleurs avec des époques de l'histoire.
01:40Pour moi, l'histoire du cinéma, c'est vraiment une histoire de cycle.
01:44C'est une histoire de mort et de renaissance, de mort et de renaissance.
01:47L'avenir du cinéma, vous le voyez comment ?
01:49C'est une bonne question, je ne suis pas sûr.
01:50Je dirais que je suis optimiste.
01:52J'ai beaucoup de collègues qui ne sont pas optimistes du tout.
01:54Ils disent que c'est mort, que ça va mourir.
01:57Moi, je pense que ça fait 100 ans qu'on dit que le cinéma est en train de mourir.
02:02Même Lumière l'a dit.
02:03Je ne pense pas que le cinéma va mourir.
02:06Ça va bien sûr changer, comme le cinéma change à chaque époque.
02:11Je suis sûr que le grand écran va durer, le cinéma du grand écran va durer.
02:15Il y aura aussi, bien sûr, les plateformes, le streaming, la télévision, les films pour le petit écran.
02:22Ça va durer aussi, mais je suis optimiste.
02:25Je pense qu'on peut avoir les deux.
02:27Votre film, c'est aussi sur la célébrité, sur devenir célèbre et chuter.
02:32Aujourd'hui, on a l'impression que les gens peuvent devenir célèbres en un TikTok.
02:36Comment vous voyez-vous ce monde-là, des réseaux sociaux ?
02:39Je me sens vieux quand je pense à ça, parce que c'est vrai, ça, c'est vraiment nouveau.
02:43C'est quelque chose que je ne comprends pas tellement.
02:46Mais là aussi, je vois peut-être des parallèles parce qu'il y avait des gens dans les années 20
02:53et surtout les années avant, juste avant, qui regardaient des stars de films et qui disaient
02:58« Mais c'est quoi ça ? Mais qu'est-ce que c'était ? »
03:00Parce que la notion de la célébrité avant le cinéma, c'était tout à fait différent.
03:05C'était Sarah Bernhardt, c'était des actrices de théâtre, des chanteurs d'opéra, des rois, des princes, tout ça.
03:11C'était des gens qu'on voyait de tout loin.
03:13Alors que le cinéma vient et là, on est intime avec les stars.
03:16On voit Greta Garbo sur le grand écran, sur un gros plan.
03:19C'est pour ça que le gros plan était tellement bouleversant au début.
03:22Donc, c'était la création d'un nouveau type de célébrité.
03:26C'était cette manie, cette hystérie pour les stars.
03:30Est-ce qu'on trouve ça aujourd'hui ? Pas exactement.
03:33Mais peut-être qu'on est encore en train de créer un nouveau type de célébrité.
03:40Vous avez fait, avant ce film-là, 4 films.
03:42Vous avez fait une série aussi pour Netflix.
03:44Ce film-là, il est tellement dense.
03:46Il aurait pu aussi être une série.
03:48Pourquoi c'est un film ?
03:50C'est dommage qu'aujourd'hui, on demande toujours...
03:53Quand un film est assez dense, on demande toujours pourquoi ce n'est pas une série.
03:58C'est pour ça qu'on a perdu...
04:01Il y a tout un genre de cinéma qu'on a perdu.
04:03C'est le genre du cinéma, je dirais, épique.
04:06Soit c'est Napoléon d'Abel Gant, soit c'est Les Enfants de Paradis de Marcel Carnet,
04:10soit c'est Gone with the Wind, Hollywood.
04:13Surtout dans les années 60, Le Parrain, Le Parrain 2, Apocalypse Now.
04:17Il y a toute une espèce de grand cinéma qu'on a perdu.
04:20On a gagné d'autres choses, bien sûr.
04:22La télévision, il y a des chefs-d'oeuvre qui sont faits pour la télévision.
04:27Mais cette espèce de cinéma épique, de long cinéma pour le grand écran,
04:32pour une expérience ininterrompue,
04:35c'est-à-dire qu'on ne le divise pas en chapitres,
04:38on le voit comme ça, dans une seule expérience,
04:40je pense que c'est hyper important et il ne faut pas le perdre.
04:44Ça, c'est le cinéma de Griffith, de Stroheim, de Gant.
04:47C'est le patrimoine du cinéma et si on perd ça, on a perdu le cinéma.