Des enfants qui tombent dans le coma pendant des semaines, voire des mois. C’est le syndrome de résignation, une maladie psychique qui sévit en Suède. La réalisatrice Dea Gjinovci y a rencontré plusieurs familles victimes de cette pathologie. Elle raconte.
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00:00Ce qui a été trouvé dans les corps de ces enfants, c'est que l'immobilité, la stupérité,
00:28la flaccidité, le corps n'est pas réactif à la douleur,
00:33ils ne sont pas réactifs à la stimulation,
00:35beaucoup d'enfants arrêtent de manger.
00:37Ils ont passé des années et des années,
00:39pendant ce temps de développement très sensible,
00:41à vivre des expériences traumatiques horribles.
00:45Beaucoup d'enfants ont vu des gens tués, mutilés,
00:49des corps morts, une exposition constante au stress,
00:53aux dangers, aux menaces, la manque de ressources,
00:56la manque de nourriture, pendant des années.
00:58En Suède, il y a eu énormément d'accueils de réfugiés,
01:18mais surtout de réfugiés de minorités politiques,
01:21ethniques ou religieuses de différents pays
01:23qui n'étaient pas forcément en guerre.
01:25Ce qu'on a vu avec le syndrome de résignation,
01:27c'est que ça affecte souvent des enfants
01:29qui viennent de minorités dans leur propre pays,
01:33et qui ont été persécutés.
01:35Ca prend entre 3 à 5 ans pour avoir une réponse finale
01:40sur le droit d'asile.
01:42Entre temps, les enfants s'intègrent dans le pays,
01:47ils sont scolarisés, ils apprennent la langue,
01:49et ils se sentent suédois très rapidement.
01:52Contrairement à d'autres pays où le système d'intégration
01:54n'est pas aussi efficace.
01:56Ca crée une situation paradoxale,
01:58où les enfants se sentent comme si c'était chez eux,
02:03ils ont retrouvé une maison où ils se sentent en sécurité,
02:07et tout d'un coup, le système suédois d'asile,
02:10qui est quand même très dur, va leur dire
02:13qu'ils ne peuvent pas rester, qu'ils vont être expulsés,
02:16et va dire ça à la famille.
02:18Ca devient très compliqué pour eux.
02:20Une des autres explications que j'ai entendues
02:22d'autres médecins, c'est que les lettres administratives
02:25et les lettres d'expulsion qui arrivent chez ces familles
02:29sont écrites en suédois.
02:31Le problème, c'est que les parents ne parlent pas suédois.
02:33C'est souvent les enfants qui lisent les lettres
02:35et qui annoncent la mauvaise nouvelle à leurs parents.
02:37Ca les responsabilise très tôt,
02:39ils peuvent avoir 8 ou 9 ans.
02:55La recherche médicale est très pauvre dans ce domaine.
02:58C'est aussi un syndrome qui est finalement assez controversé en Suède,
03:02parce que ça va à l'encontre aussi de l'image de la Suède
03:06qu'on a d'un pays humanitaire ouvert sur les étrangers,
03:09donc justement d'avoir un système de recherche médicale
03:12qui est très pauvre.
03:14C'est aussi un syndrome qui est très controversé en Suède,
03:17parce que ça va à l'encontre aussi de l'image de la Suède
03:20qu'on a d'un pays humanitaire ouvert sur les étrangers,
03:24donc justement d'avoir ce syndrome de résignation.
03:27Ca crée pas mal de polémiques en Suède.
03:39Ibadetta, c'était la protagoniste de mon film.
03:43Une des protagonistes de mon film s'était réveillée.
03:45En lui parlant, elle pouvait m'écouter,
03:48elle pouvait m'entendre et répondre à quelques mots.
03:51Elle a dit à son père qu'elle reconnaissait ma voix.
03:54Ce niveau de conscience chez les enfants, c'est assez troublant,
03:57parce que finalement ils sont presque enfermés dans leur corps
04:00et leur cerveau continue de fonctionner,
04:03ils continuent de penser et de savoir qu'autour d'eux
04:06il y a leur famille, des amis, des connaissances,
04:09mais ils ne peuvent plus communiquer avec eux.
04:11Pour elle, c'était comme si elle était presque emprisonnée dans son lit
04:16et qu'elle sentait toutes les personnes qui étaient autour d'elle
04:20et que quand les personnes sortaient de sa chambre,
04:23elle avait l'impression d'être seule au monde.
04:25C'était un combat quotidien pour elle pour essayer de se réveiller.