Emmanuel Macron a réuni ce jeudi après-midi à l'Élysée les responsables des principales filières affectées par les droits de douane annoncés la veille par Donald Trump. La riposte, elle, relève de Bruxelles. Le président américain Donald Trump a signé un décret généralisant des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations arrivant aux États-Unis et de 20% pour les produits arrivant de l'UE.
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00:00Et avec le vice-président de la Commission européenne, je remercie de sa présence, qu'il était important que nous puissions nous retrouver le plus rapidement possible,
00:09après les annonces de la nuit dernière du président Trump, qui sont un choc pour le commerce international, pas simplement pour l'Union européenne, la France,
00:19mais au fond pour le bon fonctionnement du commerce. Et ceci implique évidemment une mobilisation française et européenne.
00:27Et je le dis ici, mobilisation pour l'ensemble de nos territoires, d'abord, parce que la liste qui est sortie hier soir est inquiétante pour plusieurs de nos territoires ultramarins.
00:37Et elle supposera une mobilisation toute particulière du gouvernement et du monde économique pour être aux côtés. Je pense à la Réunion ou Saint-Pierre-et-Miquelon,
00:44qui ont fait l'objet apparemment de tarifs exorbitants, et évidemment pour beaucoup de filières qui sont présentes autour de cette table et que vous représentez,
00:58certaines d'entre elles étant d'ailleurs déjà touchées par des mesures de représailles commerciales par la Chine.
01:06Je pense au Cognac Armagnac et largement à la viticulture et la viniculture qui sont évidemment particulièrement touchées et que nous continuons d'accompagner.
01:18Et le voyage récent du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a permis d'ouvrir, je fais cette parenthèse, quelques premières voies.
01:25En tout cas, je veux ici dire très clairement pour les entrepreneurs et l'ensemble des salariés de ces secteurs que nous serons à leurs côtés pour apporter des réponses concrètes, je vais y revenir.
01:36La décision qui a été annoncée cette nuit est une décision brutale et infondée. Elle est infondée parce qu'on ne corrige pas des déséquilibres commerciaux en mettant des tarifs.
01:46Et les bases de la théorie économique montrent le contraire, surtout d'ailleurs quand les déséquilibres ne prennent pas en compte les services numériques pour ne citer qu'eux ou d'autres.
01:56Et au fond, cette décision va toucher tous les secteurs pour nos économies. Sur les 500 milliards que les Européens exportent vers les États-Unis d'Amérique, à date nous avons une visibilité sur plus de 70% qui seront touchés par les tarifs.
02:12Mais ceci c'est en attente de ce qui est à confirmer, puisqu'on va avoir 20% de tarifs pour tous les secteurs, sauf aluminium, acier, automobiles qui sont déjà à 25% et pharmacies, bois et semi-conducteurs sur lesquels les annonces vont suivre mais qui seront vraisemblablement au moins à 25%.
02:32Et donc on le voit bien, c'est un impact massif qui va toucher tous les secteurs de l'économie et de l'export européen. Alors avec un enjeu pour la France qui est plus limité que pour certains autres pays, enfin qui est là et qui pour certaines filières va être massif.
02:50Pour nous c'est 1,5% de notre PIB qui représente les exportations vers les États-Unis. Bon pour l'Italie c'est plus de 3% de son PIB, l'Allemagne 4%, l'Irlande 10%. Donc il y a des pays qui sont encore plus exposés que nous mais ce n'est pas peu de choses.
03:08Surtout nous aurons à prendre en compte évidemment les conséquences indirectes de ces mouvements parce que les tarifs sont massifs sur la Chine, l'Inde et plus généralement l'Asie du Sud-Est, ce qui va créer des risques de potentiel déport de certains de ces produits et biens qui va impacter très clairement nos économies et l'équilibre de certaines filières et de nos marchés.
03:32Et donc au total on le voit bien c'est une ampleur qui est en tout cas inédite mais ce sur quoi je veux insister au début de cette réunion c'est que l'ampleur et le caractère négatif est avant tout pour l'économie américaine.
03:48Et une chose est sûre avec les décisions de cette nuit, l'économie américaine et les Américains qu'il s'agisse des entreprises ou des citoyens sortiront plus faibles qu'hier et plus pauvres.
04:00Et je pense qu'il faut le marteler et il faut le marteler et nous il faut tenir, je vais y revenir parce que ces décisions elles ne sont pas soutenables pour l'économie américaine elle-même.
04:10L'impact sur l'économie américaine est immédiat, là où il va mettre plusieurs années à être tangible dans les économies européennes mais surtout il est bien plus massif.
04:18Sur les premières analyses autour de deux points de PIB.
04:20Et donc on voit bien que ça n'est pas soutenable si nous savons nous organiser, c'est-à-dire être à la fois réactifs, unis et organisés, c'est au fond cela dont il s'agit.
04:28La réponse doit venir de l'Europe, j'étais à l'instant avec la présidente van der Leyen qui est en Ouzbékistan pour une discussion entre la sous-région et l'Union Européenne.
04:42Mais très clairement elle est en train de concerter la réponse des Européens puisque c'est une compétence de la Commission pour à la fois répondre à ces vagues tarifaires et puis prendre en compte les conséquences indirectes que j'évoquais.
04:56En termes de méthode, la riposte européenne se fera en deux étapes parce que riposte il y aura de manière claire.
05:02Et je le dis pour que ce soit clair pour tout le monde, la première riposte aura lieu mi-avril, elle portera sur les taxes déjà décidées en particulier sur acier et aluminium.
05:12Et les difficultés qui avaient pu apparaître sur des premières listes ont pu être corrigées.
05:18Et donc les réponses qui arriveront dans les jours qui viennent seront des réponses qui sont sur le premier paquet, acier et aluminium.
05:25Le deuxième réponse plus massive, celle aux tarifs annoncés hier, se fera à la fin du mois après une étude précise secteur par secteur et un travail avec l'ensemble des Etats membres et évidemment des filières économiques.
05:39Alors là aussi, et pour cela c'est ce que je voulais qu'on commence à organiser à l'échelle de la France, on a besoin de vous.
05:45D'abord je vous invite à faire remonter au niveau européen, en lien avec le ministère de l'économie et vos différents ministères sectoriels, avec le ministère du commerce extérieur, toutes vos demandes et recommandations éventuelles.
05:59Et c'est important de pouvoir relayer tout de suite en temps réel la chose.
06:04Je vous demande aussi de bien vouloir vous coordonner avec vos homologues européens pour faire remonter un travail unifié, fort et résolument européen.
06:10Et je pense qu'il est très important d'être très clair, nous, filière par filière, mais de tout de suite essayer de jouer européen pour pas qu'il y ait, si je puis dire, d'échappée solitaire.
06:20Et au fond, nous avons besoin, dans cette phase, de rester unis et d'être déterminés.
06:27Et je le dis aussi parce que je sais ce qui va se passer, les plus gros auront tendance à jouer solo.
06:31Et c'est pas une bonne idée.
06:33Si la réponse aux tarifs qui viennent d'être mis par l'administration américaine, c'est de faire des concessions immédiates ou d'annoncer des investissements pour pouvoir négocier des exemptions, c'est une très mauvaise idée.
06:47Parce que nous avons une force. C'est un marché de 450 millions d'habitants. C'est ça l'Europe.
06:54L'Union européenne, c'est 450 millions de consommateurs. C'est plus que le marché américain.
06:58Et donc, si les Européens jouent groupés, c'est-à-dire préparent la réponse, qu'elle est unifiée, qu'elle est proportionnée, mais qu'elle est réelle,
07:07mais que derrière, toutes les filières jouent de manière cohérente et qu'il y ait une vraie solidarité de filière,
07:15à ce moment-là, nous saurons avoir ce qui doit être notre objectif, qui est le démantèlement des tarifs.
07:22L'objectif, c'est évidemment nous qu'on apporte une réponse, mais avec un terme à tout cela, c'est que par la négociation,
07:29on arrive évidemment à démonter les tarifs qui ont été annoncés ces dernières semaines, et en particulier ces dernières heures,
07:35et que nous, on démonte les nôtres. Nous sommes dans la vertu du commerce, mais simplement, on n'est pas naïfs, donc on va se protéger.
07:41Mais j'insiste sur l'importance de la réactivité, de bien préparer la réponse filière par filière, d'être unis, et surtout qu'il y ait une solidarité dans chaque filière.
07:50Et donc je pense que ce qui est important, et c'est tout le travail qu'il faut faire par filière, que les investissements à venir
07:56ou que les investissements annoncés ces dernières semaines soient un temps suspendu tant qu'on n'a pas clarifié les choses avec les États-Unis d'Amérique.
08:02Parce que quel serait le message d'avoir des grands acteurs européens qui se mettent à investir des milliards d'euros dans l'économie américaine
08:07au moment où ils sont en train de nous taper ? Donc il faut qu'on ait de la solidarité collective.
08:13Au-delà de cela, je veux qu'on puisse avancer tous ensemble sur un agenda.
08:18Première chose, c'est qu'au fond, le constat américain est un bon constat, la réponse est mauvaise.
08:24Mais faisons le même constat, il y a trop de désindustrialisation en Occident.
08:29La réponse, ce n'est pas de mettre des tarifs et de casser le commerce international, c'est d'être plus productif en Occident.
08:35Et donc nous devons travailler dans le même temps, au niveau français et européen, à accélérer nos programmes d'investissement, de réindustrialisation,
08:42nos simplifications, que beaucoup d'entre vous portent, françaises et européennes,
08:48et au fond, un agenda de simplification, de compétitivité, de réindustrialisation.
08:53Cette réponse, elle est essentielle dans la période, il faut l'accélérer.
08:56Au niveau français et européen, ça fait partie du travail que je veux qu'on conduise ensemble.
09:01Ensuite, on doit assumer aussi l'agenda de décarbonation, parce que c'est un levier d'indépendance.
09:06Parce que je rappelle que quand on regarde notre commerce extérieur, son déficit, ses déséquilibres,
09:12il est au deux tiers conduit par notre dépendance à des hydrocarbures et du fossile que nous ne produisons pas, mais que nous consommons.
09:18Donc tout l'agenda de décarbonation qu'on a enclenché, sur lequel on investit, est bon, parce qu'il réduit la facture et la dépendance.
09:25Trois, qu'on continue d'accélérer, au niveau européen, sur aussi un agenda de protection commerciale.
09:30On l'a commencé sur les véhicules électriques chinois, et on assume, on en paye d'ailleurs les conséquences,
09:34nous français, parce que parfois on avait été identifiés comme les plus cohérents, donc ceux qui étions les plus vocaux.
09:40Mais je vais être clair, on ne peut pas demander à nos industriels de faire des transitions, ce que vous faites toutes et tous,
09:46et ne pas les protéger, en quelque sorte laisser de la concurrence des loyales s'installer.
09:50Et donc on doit avoir un agenda de concurrence loyale. Nous, on n'est pas pour les tarifs arbitraires, mais on est pour la concurrence loyale.
09:57Ce qui veut dire qu'on doit continuer d'avancer sur le juste contenu européen et des mécanismes de protection de nos secteurs industriels,
10:04quand ils sont exposés à de la concurrence déloyale.
10:07C'est ce que nous traiterons, entre autres, à l'occasion du Conseil présidentiel du commerce extérieur, le 13 mai prochain.
10:12C'est aussi ce qui continuera d'alimenter les travaux que nous aurons à bâtir.
10:17Et puis je souhaite qu'avec vous, on puisse porter aussi des initiatives sectorielles, au niveau européen, sur cet agenda.
10:24Parce que c'est secteur par secteur qu'il va falloir analyser les conséquences, en particulier indirectes, de ce qui vient de se passer.
10:33Sur beaucoup de secteurs, on va être confrontés, je le disais il y a un instant, à des surcapacités sud-asiatiques,
10:39qui au fond, voyant fermer le marché américain, en tout cas en prenant pour certains 30 à 40% de tarifs, vont rediriger leur flux vers l'Europe.
10:48Ce n'est pas forcément quelque chose qu'on voit tout de suite, sur lequel on est en train de se préparer.
10:52Mais enfin, ce sont des mécanismes qui vont avoir, sur certaines de nos filières, qui dans l'agroalimentaire, qui dans les services, des conséquences qui peuvent être massives.
11:04Et donc ça, je souhaite qu'on puisse le préparer avec vous.
11:07Enfin, le but de la discussion d'aujourd'hui, c'est d'avoir un premier échange.
11:12Tout ça va être ensuite travaillé très étroitement pour préparer cette réponse européenne.
11:17Comme l'a dit la présidente de la Commission européenne et le vice-président ici présent, rien n'est exclu.
11:24Et donc tous les instruments sont sur la table.
11:27Des réponses tarifaires, pour faire face.
11:30L'activation de mécanismes qui sont à notre main, comme le mécanisme anti-coercition.
11:34La possibilité d'avoir des réponses sur les services numériques, où les États-Unis sont extrêmement bénéficiaires sur l'Europe.
11:43La possibilité de regarder aussi les mécanismes de financement de l'économie américaine.
11:48Il ne faut rien exclure à court terme. Il faut faire ce qui est le plus efficace, le plus proportionné.
11:53Mais qui, en tout cas, marque très clairement que nous sommes décidés à ne pas laisser faire.
11:59À ne pas avoir des filières qui sont victimes de ces tarifs.
12:03Et donc à nous défendre et nous protéger.
12:05Voilà ce qui nourrit aujourd'hui nos réflexions après quelques heures.
12:10Et le travail que nous avons lancé avec le Premier ministre, les membres du gouvernement ici présents.
12:15Et en lien très étroit avec la Commission européenne.
12:18Je le rappelle, c'est la compétence.