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Ses premières platines, l'envie de tout arrêter en rentrant des États-Unis, sa participation à Coachella… À l'occasion de la diffusion au cinéma de son concert à la Défense Arena, DJ Snake raconte les moments qui ont changé sa vie.

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Musique
Transcription
00:00Mais j'ai connu la misère, j'ai percé il y a 6 ans.
00:03Avant, j'étais en galère en banlieue, comme tout le monde.
00:06Je vivais dans un hall, dans mon hall, ça puait la pisse et il n'y avait pas d'ascenseur.
00:11Donc tu vois, je peux te parler de choses, je peux te parler d'en bas, je peux te parler d'en haut.
00:15Je peux te parler de Lilith et je peux te parler des bas-fonds.
00:17Salut, c'est DJ Snake pour Brut.
00:19J'étais en 6e et j'ai un camarade de classe qui avait des platines chez lui aussi.
00:35Je vais chez lui, il avait la chance d'en avoir à la maison.
00:41Ensuite, j'ai tout fait pour en acheter, donc j'ai économisé.
00:46Ma mère m'a aidé aussi un peu et j'ai commencé à pratiquer et à m'entraîner chez moi avec une platine,
00:54avec des Mic Mac, on accrochait ça à un post-cassette, etc.
00:57On faisait plein de bricolage pour pouvoir arriver à un résultat potable.
01:02Je rentrais des cours, à part reproduire, mais tout le monde allait faire ses devoirs.
01:09Moi, je mettais mon casque et je m'entraînais à scratcher, à mixer, etc.
01:13J'étais bousillé par ça.
01:15Même le matin, je me réveillais pour aller en cours et je me réveillais plus tôt pour scratcher et m'amuser aux platines le matin au casque.
01:23Tu te mets à la place d'une mère, ton fils te dit « bon, j'arrête les cours, je suis au lycée, je veux devenir DJ ».
01:31Je ne suis pas sûr que tous les parents laisseraient leurs enfants se lancer dans un truc comme ça qui est complètement ouf.
01:39Déjà à l'époque, DJ, ce n'était pas un métier.
01:44C'était une passion, c'était un truc un peu sombre de la nuit où les parents pensent à la drogue, à l'alcool, à toutes ces choses néfastes.
01:52Et de laisser son enfant tenter l'aventure, elle m'a donné un an, elle m'a dit « je te donne un an et tu me montres ce que tu vas faire.
02:00Si au bout d'un an, il n'y a rien, il ne se passe rien, tu retournes à l'école ».
02:04Et je l'ai fait, au bout d'un an, j'ai été pris chez Radio FG.
02:10Je bosse pendant des mois aux Etats-Unis avec un anglais très mauvais, j'avais même un traducteur avec moi, ça me coûtait de l'argent, j'avais peu d'argent.
02:21Je finis par produire deux morceaux, je crois, ou trois morceaux, je ne sais plus, sur l'album de Lady Gaga, mais ça ne s'est pas bien passé pour moi.
02:32Ensuite, en rentrant, quelques années plus tard, peut-être un an ou deux après, j'ai voulu arrêter, ça n'allait plus, il n'y a rien qui marchait.
02:43Je ne voyais pas le bout du tunnel, en fait.
02:45Je me donne jusqu'à la fin de l'été, et s'il ne se passe rien, je passe à autre chose, je vais prendre un boulot.
02:51J'irai gagner ma vie, honnêtement et simplement, et on verra plus tard pour la musique, si jamais j'ai le courage de continuer.
03:02Et durant cet été-là, j'ai tout donné, je me suis dit que je vais rester au studio H24, c'est-à-dire que oubliez-moi, oubliez les sorties, oubliez mes amis, vous n'avez plus me voir.
03:16Pendant deux mois, trois mois, je me suis enfermé, j'avais un studio dans le 92, et le matin, j'allais à la piscine de Boulogne pour me doucher.
03:30Ce n'est pas pour faire la causette, c'était un système où j'avais un objectif, et j'essayais de m'y tenir, de ne pas perdre de temps à rentrer chez moi en banlieue,
03:41et de perdre du temps sur la route, les bouchons, etc. Je voulais vraiment être efficace et aller droit au but, et pas de perte de temps, pas de futilité.
03:50À la fin de l'été, je finis sur Turn Down For What, l'instrumental, je la balance sur Internet, ensuite je récupère Lil Jon sur une peau de banane, vraiment sur un malentendu,
04:01et voilà, le truc il pète, et ça fait le tour du monde, c'est le morceau numéro 1 Billboard aux States.
04:12C'est la classe, franchement, pour un artiste français, d'être une tête d'affiche à Coachella, Headliner, c'est très très fort.
04:21Après, j'ai eu mes premiers Coachella, je le prenais un peu mal, parce qu'en France, on parlait très peu de moi au début, donc j'étais une tête d'affiche à Coachella,
04:31et à la télé, ils annonçaient le line-up des Français qui jouaient à Coachella, et on ne m'annonçait pas en fait.
04:36Alors que j'étais la personne qui jouait sur la plus grosse scène, à la meilleure horaire, et j'étais très vexé, pour être sincère avec vous, qu'on ne parle pas de moi.
04:47Au lieu de me braquer et de me renfermer sur moi-même, je me suis dit, s'ils ne parlent pas de moi, c'est que je n'ai pas tapé assez fort, donc je vais devoir taper encore plus fort.
04:55C'était un gros challenge pour moi, sachant que jamais aucun DJ n'a rempli une salle de 40 000 personnes en France en solo, et certaines personnes me disaient « tu vois que c'est un peu grand, les temps sont durs, blablabla ».
05:16Et non, moi quand tu me dis que c'est risqué, j'y vais la tête baissée.
05:22Donc je l'ai fait direct, on a sold out le concert, guichet fermé, et voilà, tout le monde me dit « mais pourquoi tu as la pression, tu as fait les plus grands festivals, tu as mixé devant des 300 000 personnes ? ».
05:36Mais il y a cet attachement à cette ville, à ce pays, où tu joues à domicile, tu sais qu'il y a toute la ville, il y a tous les athlètes, les acteurs, tous les gens importants de cette ville, de la famille, les amis, qui seront là ce soir-là, et ils te voient faire le tour du monde.
05:58Mais toi, est-ce que tu vas proposer un show de ce niveau-là ? Est-ce que tu vas ramener un show d'un niveau, ce qu'on peut voir à Coachella, ce qu'on peut voir un peu partout dans le monde, ou est-ce que tu vas la jouer tranquille, parce que tu joues à domicile et que tu vas prendre ça comme un acquis ? Il fallait que je fasse mal.

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