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"Quand je ferme un scénario, c'est soit oui, soit non, soit peut-être. Et quand c'est peut-être, c'est la merde."

Il se fait rare dans les médias. Il revient au cinéma dans le rôle d'Aramis dans Les Trois Mousquetaires. Romain Duris raconte à Brut les petits secrets de son métier d'acteur.
Transcription
00:00Quand je ferme un scénario, c'est soit oui, soit non, soit peut-être.
00:03Et quand c'est peut-être, c'est la merde.
00:04Des fois, on se dit, mais à l'intérieur, il s'est passé tellement de choses
00:07et finalement, il reste ça.
00:09Je tente encore des choses.
00:11Et peut-être que voilà, à la cinquième prise de la première scène du premier jour,
00:16j'étais cette personne qui est Aramis.
00:21Comment on s'y prend pour préparer un rôle comme Aramis,
00:24qui est un personnage classique de la littérature française ?
00:27Parce que tout le monde s'imagine Aramis.
00:29Est-ce qu'il n'y a pas cette pression qui peut m'arriver ?
00:32Non, en général, quand on, enfin, je ne vais pas dire on, quand je,
00:36quand j'ai l'opportunité de jouer des personnages très connus,
00:40ça m'est déjà arrivé.
00:41Et c'est vrai que je me suis posé cette question de mesurer
00:44la pression supplémentaire due à leur notoriété.
00:48Mais en fait, on y pense, moi, j'essaie de ne pas y penser
00:51et de me concentrer sur l'essence du personnage.
00:55Mais quel homme il était ?
00:57Pour autant qu'on ait des éléments sur sa vie intime.
01:01Voilà, quel type de personnalité ?
01:03Comment ? Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur de lui ?
01:06Évidemment, quel type de gars ce serait aujourd'hui ?
01:09Bref, vous voyez, de le prendre par la chair, quoi,
01:12et par sa sensibilité, plutôt que...
01:16Enfin, bref, c'est de percer, en fait, cette carapace de personnes connues
01:22et d'essayer de le rendre vivant et de me l'accaparer, quoi.
01:25Moi, Romain, puisqu'on me le propose à moi, Romain,
01:27et pas à quelqu'un d'autre.
01:28Après, c'est aller choper des éléments au maximum
01:31s'il y a des livres, donc dans les livres.
01:33Ça dépend de comment il est connu et de comment on en parle, quoi.
01:37Et physiquement, comment on se prépare à un tel rôle ?
01:39Est-ce que vous avez appris à jouer de l'escrime ?
01:41Est-ce que vous avez appris à monter un cheval ?
01:43Comment on se prépare ?
01:43Alors oui, physiquement, chacun, on a eu un entraînement assez conséquent
01:48qui a duré près de cinq mois où ça dépendait de chacun de nos niveaux.
01:53Moi, en équitation, ça faisait très longtemps que je n'en avais pas fait.
01:55J'en avais fait aussi pour d'autres films.
01:56Donc, j'ai repris un peu à la base le cheval.
01:59Donc, ça prend du temps pour que ça redevienne naturel,
02:01pour qu'on ait une posture assez belle,
02:04puisqu'à Ramis, c'est quand même quelqu'un qui fait attention à son apparence.
02:08Donc, c'est beaucoup de cheval, beaucoup d'heures de cheval.
02:11Mais ça aussi, c'est aussi magique de travailler ça.
02:14Et l'épée, alors les combats d'épée, c'est des chorégraphies très millimétrées
02:19puisqu'elles sont tournées en plan séquence, donc sans couper la caméra.
02:22Donc, chacun intervient à des moments précis.
02:24Et il ne faut pas foirer le travail qu'a fait l'autre juste avant.
02:27Donc, on doit être très, très concentré.
02:28Donc, ça a été des chorégraphies très millimétrées.
02:31On a pris ce travail-là à la base en travaillant les screams
02:34avec un champion des screams, Yannick Borel.
02:38Et on a travaillé donc les screams, les bases des coups portés
02:43et ensuite des combats plus précis avec des cascadeurs.
02:46Donc, il y a eu une évolution dans le travail.
02:48Un travail d'abord seul, puis ensuite en groupe
02:51et en travaillant chacun notre partie qu'allait compléter
02:54celle du précédent et annoncer la suite.
02:58Donc, c'est beaucoup de concentration, mais on a aimé ça.
03:01On a aimé, je crois, Yannick Adrelanine
03:04et ce fait de ne pas couper la caméra et de partir dans un plan séquence.
03:09C'est un vrai défi et le résultat est tout de suite.
03:13Il n'y a pas de montage, donc on pouvait regarder la prise en fin de journée
03:17et être content ou pas de sa partie et du travail accompli.
03:21À quel moment vous avez dit, ça y est, je suis dans mon personnage ?
03:24Est-ce que c'est au moment où vous avez enfilé le costume ?
03:27Non, pas que. Là, c'était encore de la préparation.
03:29Il y a eu plusieurs étapes dans l'enfilage du costume,
03:31parce qu'aussi, le costume a évolué.
03:33On n'essaye pas tout de suite le costume définitif.
03:36Donc, il y a plein de passages dans les ateliers, le costume arrive
03:40et ensuite, il y a le premier jour de tournage quand même, où d'un coup,
03:45c'est quand la caméra et le fameux mot action magique.
03:49Il y a quand même là, quelque chose qui se met en mouvement,
03:53qui s'enclenche en nous et qui nous sort de 2023.
03:58Vraiment, il y a quand même quelque chose de très, très magique et précieux
04:01par rapport à l'élément qu'est la caméra, qui se met en route, ça imprime.
04:05Je tente encore des choses et puis je resserre, je resserre, je resserre.
04:09Et peut-être que voilà, à la cinquième prise de la première scène du premier jour,
04:14j'étais cette personne qui est à Ramis.
04:18Et en tant qu'acteur, d'une manière générale, est-ce que c'est important
04:20pour vous, le costume ?
04:21Oui, c'est très important.
04:24Parce que c'est toute une allure, un costume, c'est une dynamique,
04:28c'est une façon de se mouvoir, de marcher.
04:31On ne marche pas pareil.
04:32La sensation n'est pas la même en basket qu'en chaussure,
04:35qu'en chaussure avec des talons.
04:36Donc, il y a vraiment, il y a plein de strates différentes,
04:40de choses qu'on ressent à l'intérieur et qui nous font, du coup,
04:43penser au personnage et qu'on n'est plus soit
04:47donc que le costume vraiment appuie et est une aide à ce changement.
04:54Et ensuite, ensuite, il faut l'oublier, par contre.
04:56Donc, c'est un travail qui, en même temps,
04:59qui est un point de changement entre les embouteillages
05:03qu'on vient de passer pour se rendre sur le lieu de tournage
05:05et notre vie 2023, bref actuelle.
05:09Et en même temps, on revêtit et en même temps,
05:14une heure après, on oublie, on oublie, on oublie l'épée,
05:17on oublie les dagues, on oublie le chapeau
05:19et on essaie d'être vivant dans notre aramis
05:22pour ne pas justement être costumé, déguisé.
05:24Beaucoup d'acteurs disent ne pas pouvoir se regarder
05:26une fois qu'un film est sorti.
05:27Comment vous vous positionnez par rapport à ça ?
05:29Est ce que vous vous regardez ?
05:30Est ce que vous regardez les films dans lesquels vous avez joué ?
05:32Oui, il y a plusieurs visions d'un film.
05:34C'est d'ailleurs assez compliqué parfois de le voir le plus purement possible.
05:44Parce que la première vision, forcément, on a tout de suite un résultat
05:48des mille chemins qu'on a empruntés dans notre tête.
05:51Et du coup, on nous montre le final.
05:55Des fois, on se dit, mais à l'intérieur, il s'est passé tellement de choses
05:58et finalement, il reste ça.
06:00Et en plus, moi, je suis romain, donc je ne peux pas vraiment juger
06:02ce qui se passe à l'intérieur de chaque personnage que je joue,
06:05parce que je vois les trucs.
06:07Bref, ce n'est pas génial comme première vision.
06:11Parfois, la deuxième marche bien.
06:12La deuxième, parfois, on n'est plus transporté.
06:15Mais c'est de toute façon faussé, quoi.
06:17Parce que oui, il y a un jugement, il y a une autocritique.
06:20Et puis, il y a aussi un résultat du montage de choses qui auraient disparu.
06:24Il se trouve que je ne regarde pas les films non plus de deux ans,
06:27cinq ans, dix ans après, donc c'est quand même un peu faussé,
06:30mais ce n'est pas très grave.
06:32Est ce que le premier visionnage, il est un peu ritualisé ?
06:35Vous, tout seul, il ne faut pas vous déconcentrer ?
06:37Ou est ce que c'est un moment convivial, partagé avec vos proches ?
06:40Oui, c'est plutôt convivial avec les proches, oui.
06:44En général, je le vois une fois avec un petit groupe d'intimes.
06:49Et avant, je veux dire, avant les avant-premières
06:51ou les projections publiques ou même de presse.
06:55Donc, je le vois, c'est vrai, dans un cadre plus intime.
06:58Et voilà, j'essaie de regarder le plus sereinement possible.
07:03Quand je pense à Romain Duris,
07:04je n'ai pas directement l'image d'un rôle à costume.
07:07Est ce que c'était une volonté de votre part de changer de registre ?
07:10Un challenge personnel, peut être ?
07:14Moi, j'aime les costumes.
07:17Je trouve vraiment que le voyage est encore plus grand.
07:20J'aime bien les vêtements, j'aime bien les saps.
07:23Donc, je trouve que c'est vrai que dès qu'on voyage un peu, il y a du style.
07:26Il y a un style différent, il y a une façon de porter les vêtements.
07:29Il y a des textiles différents.
07:31Donc, à chaque fois, ça me transporte encore plus.
07:35Quand vous jouez dans un film, le tournage s'étale souvent sur plusieurs mois.
07:38Est ce que vous faites partie de ceux dont le personnage vous suit
07:42même dans votre vie ?
07:43En fait, c'est six mois où ça vous suit un peu partout dans votre quotidien.
07:48Oui, ça arrive.
07:49J'ai l'impression par rapport à l'implication psychologique que le personnage
07:56demande et l'effet que ça a sur vous même.
07:59Parfois, on en porte ça le soir.
08:02Mais encore une fois, ce n'est pas désagréable finalement.
08:05Peut être parfois plus quand les personnages sont en souffrance
08:08et traversent des choses peut être pas faciles.
08:11Du coup, c'est vrai que c'est difficile de couper ça en fin de journée.
08:13Donc, ça continue.
08:15Mais moi, je laisse toujours ouvert.
08:16Je laisse que ça continue.
08:17Je pense qu'il y a moyen de fermer.
08:18Mais moi, je ne trouve pas ça désagréable que ça prenne place en nous
08:23et que ça perdure et que ça nous habite pendant trois mois.
08:27C'est même bon.
08:31On sent qu'on n'est pas nous-mêmes et qu'il y a quelque chose
08:36qui se passe à l'intérieur et qui est précieux.
08:40Vous vous posez quelles questions avant d'accepter un rôle ?
08:42Forcément, ce qu'il y a de nouveau,
08:45de choses que je n'ai jamais explorées et qui me donnent envie.
08:48C'est très instinctif chez moi.
08:50Les choix de partir sur des projets,
08:54il n'y a même pas de mots.
08:55C'est pour ça que quand je dis non, en général, j'ai beaucoup de mal à définir
08:59ce pourquoi je dis non sans casser le rêve des réalisateurs
09:02et ce dont ils ont besoin comme fantasme pour réaliser leur film.
09:05Donc, il y a quelque chose de très, très sensible à l'intérieur.
09:10Alors, c'est sûrement de la nouveauté.
09:11C'est sûrement peut-être des risques que je n'ai pas encore tentés.
09:15C'est sûrement des personnages que je ne connais pas, qui me croisent.
09:21Ou ça peut être aussi plus un réalisateur,
09:24un réalisateur, sa vision, son cinéma qui m'appelle.
09:27Et là, je ne réfléchis pas tant que ça.
09:28Je me dis, je te suis, je vais voir.
09:32On verra bien, quoi.
09:34Donc, il y a un mélange de tout ça qui fait que quand je ferme un scénario,
09:37c'est soit oui, soit non, soit peut-être.
09:39Et quand c'est peut-être, c'est la merde parce que je passe du temps
09:43à peser pour le contre et c'est compliqué.
09:47C'est compliqué de savoir.
09:48Après, ce n'est pas très grave.
09:49C'est des choix encore très agréables.

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