Quand de jeunes réalisateurs primés au Nikon Film Festival rencontrent Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes, voilà ce dont ils discutent…
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00:00Moi, ma famille, vous savez comment ils me surnomment ?
00:02Non.
00:02Le branleur.
00:07J'ai entendu dire que vous aussi, on vous surnommait comme ça.
00:10Non, pas tout à fait.
00:11Le glandeur.
00:12Le glandeur.
00:13Ce qui est un peu différent.
00:15Si on veut s'arrêter à la précision des mots,
00:18quand le fondateur de Canal+, André Rousselet, m'a signé mon contrat en 84,
00:24il m'a dit « mais vous voulez des dispositions spéciales ? »
00:26Je lui ai dit « oui, je veux avoir le droit de continuer à glander ».
00:29Et il m'a demandé d'expliquer.
00:31Je lui ai dit « c'est simplement que vous me prenez parce que vous trouvez que je sais faire 2-3 trucs,
00:35mais si je suis obnubilé et trop concentré sur le boulot
00:40et que je ne peux pas aller glander, continuer de me nourrir,
00:42d'aller voir un stand-upper, d'aller acheter un bouquin,
00:45d'aller écouter de la musique ou d'aller juste flâner le nez au vent,
00:49il y a un moment, je vais juste me nourrir sur ma bosse de chameau.
00:54Et il y a un moment, elle sera vide.
00:56Et là, vous me virerez et je ne serai plus intéressant.
00:59En fait, je trouve que globalement, dans le cinéma français,
01:02on a un problème de diversité.
01:04Une personne comme moi ou qui vient de banlieue ou pas,
01:08parce qu'il y a aussi des personnes d'autres régions qui ne viennent pas de banlieue,
01:12ne se sent pas forcément concernée.
01:13Je pense que, un, vous avez raison, c'est pas normal.
01:18Sauf que, sincèrement, en ce moment, tout bouge.
01:23D'une manière générale, il est en train de se passer quelque chose.
01:26Et moi, quand j'ai commencé à vouloir cette vie artistique,
01:30bien tard, mes parents, tout de suite, ont été du genre
01:33« mais c'est pas possible, regarde la télé, regarde tout ce qui existe. »
01:37Artistiquement parlant, on n'est pas représenté.
01:40Il n'y a pas de place pour toi, en fait.
01:41J'ai été amené, ces dernières années, à me poser ce type de questions
01:46parce que ma fille vient de Saigon, de Chemin de Ville.
01:50Elle a 22 ans maintenant.
01:52Donc, sa représentation, elle est française,
01:57sa représentation dans le cinéma, le théâtre,
02:00je vois bien qu'elle est ombrée quand elle n'est pas juste absente.
02:07On a absolument besoin, historiquement,
02:11que des artistes d'origine asiatique s'expriment,
02:18s'affichent, se montrent, se fassent lire, se fassent applaudir
02:24et que ça crée un mouvement.
02:28Mais on a besoin de ça.
02:30J'ai des potes qui sont comédiens et là, par exemple,
02:32qui sortent de tournages de séries, de genres fantastiques aussi, notamment.
02:38Et j'ai l'impression que la télé ou les plateformes de SVOD
02:41prennent beaucoup plus le risque, aujourd'hui que le cinéma français,
02:45de faire ce genre de films-là.
02:47Je suis entièrement d'accord.
02:48Et c'est d'ailleurs un facteur d'espoir pour le cinéma de genre.
02:54Les possibilités sont multiples.
02:56Le problème, c'était l'exposition avant.
02:58Il y avait un manque d'exposition avec les plateformes.
03:01Je trouve que là, pour les producteurs, c'est comme un casting majeur de talent.
03:08J'ai l'impression qu'ils n'ont pas de contraintes sur Internet.
03:10C'est-à-dire qu'ils ont une vraie liberté,
03:11que la télévision, aujourd'hui, se cloisonne en disant
03:13non, il faut qu'on plaise au plus grand nombre.
03:15Et en fait, il plaise à plus personne.
03:17Il n'y a plus d'audience.
03:18Quand tu veux être à trap tout, forcément, t'es moyen.
03:22T'es moyen puisqu'il ne faut surtout pas déranger.
03:24Tu as ce truc où tu te dis, si je suis trop provocateur,
03:28il y en a qui vont partir.
03:30Je n'ai qu'une conviction de mec d'expérience.
03:33Si on ne se donne pas la capacité de se tromper,
03:36on se trompera quand même.