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"C'était l'époque où quand on défilait, il fallait faire la gueule et moi, je rigolais tout le temps."

Son installation à Paris et la vie de mannequin, ses difficultés à tomber enceinte, le début de sa thérapie… Ces moments ont changé la vie de Karine Le Marchand. Elle raconte.
Transcription
00:00Je viens à Paris en week-end et je trouve que ce mélange de genre, de style, d'univers,
00:09c'est ce qui me convient.
00:10Donc, je décide de partir.
00:11Je quitte ma famille, je quitte mes certitudes, je pars avec mon petit copain de l'époque
00:16et on s'installe à Paris.
00:17J'avais rencontré, j'étais au lycée, il était pilote de chasse et il était très
00:26beau et il voulait être mannequin.
00:28Quand on est partis à Paris, il a démissionné de l'armée et on est partis ensemble à
00:33Paris.
00:34Je l'ai accompagné pour voir les agences de mannequins parce qu'il voulait être mannequin.
00:38Je me tenais un peu en retrait.
00:40Quand je suis allée chez Elite, il est venu aller voir les bookers qui l'ont vu.
00:45Ils m'ont dit « Mais vous, mademoiselle, venez ». Je me suis rapprochée.
00:48Il ne voulait pas être mannequin.
00:49Finalement, ils m'ont pris moi et pas lui, ce qui a provoqué pas mal de problèmes dans
00:53le couple.
00:54C'est comme ça que j'ai commencé chez Elite.
00:58J'ai vécu un an mannequin chez Elite.
01:00J'ai détesté parce que d'abord, j'ai du caractère et me dire que c'est la femme
01:04objet, c'était compliqué pour moi à gérer.
01:05Tu mets ton bras comme si, genre regarde la caméra, fais l'amour avec la caméra.
01:10Moi, je rigolais.
01:11Je croyais que c'était la tarte.
01:12C'était l'époque où quand on défilait, il fallait faire la gueule.
01:15Moi, je rigolais tout le temps.
01:16Je ne voyais pas pourquoi il fallait faire la gueule.
01:17Et puis, je ne comprenais pas la jalousie des filles.
01:21Ce n'est pas ma mentalité du tout.
01:23Il y avait des histoires qu'elle se faisait des crochets pieds, qu'elle renversait le
01:26vernis sur la robe de mariée parce qu'elle était vexée que ce n'était pas elle qui
01:29la portait.
01:30Mais des trucs, j'hallucinais complètement.
01:31Je n'ai pas aimé du tout.
01:33Et en même temps, il y avait un monde comme ça, les gens qui sortaient le soir, les filles
01:37qui couchaient avec des mecs vieux, qui étaient puissants.
01:40J'étais très observatrice de tout ça.
01:42Et je me disais, mais ce n'est pas mon monde.
01:44Six mois avant, j'étais au lycée à Nancy.
01:46En plus, j'avais les cheveux courts.
01:48J'étais métisse.
01:49Je ne savais pas trop que j'étais jolie parce qu'on ne m'avait pas trop dit.
01:52Je n'avais pas les codes.
01:54Je n'avais pas les jolis vêtements.
01:56Je n'avais pas l'attitude un peu pincée.
01:58Je n'avais rien de tous les autres.
02:00Et je me sentais vraiment le vilain petit canard.
02:03Et c'était à la fois risible, à la fois très désespérant.
02:07Et au bout d'un an, j'ai démissionné.
02:10Et je suis passée de l'autre côté.
02:11Je suis devenue bouqueuse.
02:12Je les ai bien fait chier.
02:14Non, pas vrai.
02:15Comme beaucoup de personnes, je n'arrivais pas à tomber enceinte.
02:22Et donc, j'ai fait plein d'examens.
02:25Et je suis tombée sur plein de médecins qui m'ont dit des choses atroces
02:29avec plus ou moins de tact.
02:30Et pendant longtemps, je pensais que j'étais stérile.
02:33Et puis finalement, j'ai été opérée.
02:35J'ai suivi des choses.
02:36J'ai tout arrêté.
02:37Et comme souvent, quand on lâche aussi là,
02:43je suis tombée enceinte sans le savoir.
02:44Et voilà.
02:46Mais ça a été après deux ans de traitements assez intensifs et de doutes.
02:51Je ne me voyais pas ne pas être maman.
02:54Tout ce parcours du combattant pour devenir maman m'a fait prendre conscience
02:58que finalement, devenir parent, ça pouvait être quelque chose de très viscéral.
03:07Et je me suis dit, personne n'a le droit de décider pour quelqu'un d'autre
03:11s'il a le droit ou pas d'avoir un enfant.
03:14Et moi, qui suis issue d'une famille de femmes où je n'avais pas de père,
03:17la violence du discours un papa, une maman,
03:20je la prenais aussi de plein fouet.
03:22Parce que ça veut dire quoi ?
03:23Que je ne suis pas équilibrée parce que je n'ai pas eu de papa ?
03:25Je pense que si.
03:27Donc voilà, je crois qu'à un moment donné,
03:31mon expérience personnelle fait que je peux être très virulente dans ce combat-là.
03:38J'ai ressenti ce besoin-là en 2015.
03:40À savoir pourquoi ?
03:42D'acheter ma résidence principale et d'entamer une thérapie,
03:45peut-être pour accepter une certaine introspection
03:50que je refusais.
03:52Aussi pour préparer l'émission Une ambition intime
03:55que je tournais à ce moment-là.
03:56J'avais besoin de comprendre le mécanisme de la thérapie.
04:00À quel moment on faisait confiance à son thérapeute
04:02et à quel moment la parole se libérait.
04:03J'avais besoin de théoriser ça pour réussir à faire sortir des choses
04:06très personnelles de gens qui étaient très claquemurés dans un discours
04:12et qui n'avaient pas l'habitude de se livrer
04:13et qui le faisaient pour la première fois publiquement.
04:15Donc c'était aussi professionnel.
04:18C'était une belle aventure de commencer ça.
04:19Je n'ai jamais arrêté.
04:22Je continue à avoir une thérapeute tous les 15 jours.
04:26Et je crois que ça m'a aidée dans ma façon d'être aussi
04:29avec les gens de mon travail, avec mon enfant,
04:33avec mes amis, avec tout le monde.
04:35Je me sens beaucoup plus apaisée.
04:37Et voilà, c'est important.
04:40Et au final, je me suis rendu compte aussi
04:44que quelque part, la parole était vraiment libératrice pour tout le monde
04:47et que j'en faisais mon travail depuis le début.
04:50Et que c'était ça, donc il fallait bien que j'y passe aussi.

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