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ENTRETIEN EXCLUSIF - Glyphosate, départ de Nicolas Hulot et enjeux écologiques. Emmanuel Macron répondait en direct à Brut à l’occasion du #OnePlanetSummit.

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00:0013h45 à New York, 19h45 à Paris. On est en direct sur Brut avec le Président de la République qui dans quelques minutes se rendra à New York au One Planet Summit.
00:10C'est à quelques pas d'ici mais d'abord on va en parler avec lui directement et également peut-être aussi avec vos questions dans les commentaires, on essaiera d'en prendre une dans les prochaines minutes.
00:17Bonjour à vous Monsieur le Président.
00:19Bonjour.
00:20Merci de nous accorder quelques temps de votre précieux temps.
00:22Cette première question tout d'abord, ce One Planet Summit, il y a un an déjà, la première édition.
00:28Qu'est-ce qui a changé concrètement ? Est-ce que vous avez un exemple à nous donner ?
00:31Oui, plusieurs. Le One Planet Summit c'est le 12 décembre 2017 à Paris, une mobilisation qu'on met en place pour dire maintenant on veut des résultats.
00:3912 engagements sont pris avec les gouvernements, des investisseurs, des entreprises.
00:45On a réuni à Paris quelques mois plus tard, et ça c'est un engagement, tous les fonds souverains, c'est-à-dire ceux qui gèrent en Norvège, en Afrique, dans le pays du Golfe,
00:55des grandes quantités d'argent au nom des États, ils se sont tous engagés sur une liste de priorités, dont le climat.
01:02Et donc ils vont réorienter leurs investissements sur le climat, ils s'y sont engagés.
01:05Et aujourd'hui c'est des grands asset managers américains, comme BlackRock, qui gèrent beaucoup d'argent pour les fonds de pension ou autre, qui vont y aller.
01:12C'est le début d'un résultat indispensable. Moi j'ai besoin de faire basculer un tiers de la finance mondiale vers le climat comme priorité.
01:20Donc les fous souverains, grâce au One Planet Summit du 12 décembre, ils se sont engagés à communiquer là-dessus et à investir dans la transition climatique.
01:30Ils ont déjà signé et on est maintenant en train de diffuser la bonne parole.
01:34En gros, vous avez tous entendu parler de ces règles, de ces ratios financiers, de ces agences de notation qui fait que quand on est une entreprise,
01:41on est bien vu si on a des bons ratios et mal vu et donc on emprunte plus cher si on a des mauvais ratios, on est en train d'essayer de faire pareil avec le climat.
01:48Quand quelqu'un qui gère votre argent le gérera pour l'investir dans des entreprises, dans des secteurs qui ne sont pas bons pour le climat, il aura un malus et il aura un bonus quand il investit bien.
01:58Deuxième chose qui sera confirmée aujourd'hui, et on l'a sorti au mois d'août, c'est un fonds de transition pour les Caraïbes.
02:04Tous les ans on a des ouragans, moi je serai dans quelques heures dans les Antilles françaises, on a eu un terrible ouragan avec Irma l'année dernière, vous vous en souvenez,
02:14mais on en a en fait tous les ans. Pour lutter contre ça, il faut là aussi prendre des actions, faire de la prévention, on a obtenu un investissement.
02:22On a également un vrai club qui s'est mis en place, les banques internationales ont mis 100 millions, on a obtenu ces derniers jours 900 millions du secteur privé pour financer des actions de transition dans cette même région.
02:36Voilà quelques exemples, il y a 12 engagements et beaucoup d'actions derrière.
02:39Alors sur votre position, à l'étranger elle est plutôt acclamée, elle est vue d'un bon oeil, en France c'est plus contrasté, on parle d'échec d'écologie politique, il y a eu le départ de Nicolas Hulot, comment vous l'expliquez, comment vous l'analysez ?
02:50D'abord on n'est jamais prophète en son pays, non plus sérieusement, parce que c'est je pense toujours une action qui est difficile à mener sur le terrain et qui suppose un engagement et les gens veulent des résultats.
03:03Moi je regarde simplement ce qu'on a fait en France, qu'est-ce qu'on a fait depuis 15 mois ? On a pris un engagement inédit, il n'y a aucun autre pays au monde qui le fait, on va fermer toutes les centrales à charbon dans ce quinquennat, je ne dis pas dans 15 ou 20 ans, dans ce quinquennat.
03:17Ce qui pour les émissions est un combat essentiel, tout sera fait avant la fin 2021.
03:23Deuxième point, on n'octroie plus de nouveaux permis d'hydrocarbure, d'exploitation, là aussi on est quasiment l'un des seuls alors qu'on a sur plein de nos côtes des opportunités et on met tout en extinction à horizon 2040.
03:34Troisième point, on augmente le prix du diesel, on rend du coup les choses plus chères, ce qui est impopulaire, c'est progressivement une transition et puis on a une prime à la conversion pour que les Françaises et les Français achètent des voitures beaucoup moins polluantes.
03:49Donc les choses sont en train de se faire, l'impatience, je la comprends, elle est là, mais l'écologie politique, elle ne se fait pas du jour au lendemain, on doit contrarier des décennies de choix industriels d'habitude.
04:02Moi j'ai pris des engagements clairs, je les tiendrai, j'ai beaucoup de défauts, mais vous me connaissez, il y a une chose, quand je dis quelque chose, je le fais.
04:09Et après, il faut bien voir, ceux qui disent vous devriez faire plus, ils ne sont pas là quand il faut expliquer qu'on va fermer une centrale à charbon, ils ne sont pas là pour aider le gouvernement quand on fait le 80 km heure ou qu'on augmente le prix du diesel, ça vous rend impopulaire la transition écologique.
04:22Et donc tout le monde est d'accord avec le principe, mais personne n'est prêt à porter les décisions au concret, moi j'ai un gouvernement qui le fait, vous avez un président qui le fait et on va continuer.
04:32Donc on a eu des mauvais résultats en 2016 et 2017 en termes d'émission, ces mauvais résultats ils n'ont rien à voir avec la politique qui est mise en place depuis que je suis élu, puisque j'ai été élu en mai 2017, le plan climat il est annoncé à l'automne 2017 et les premières lois elles ont commencé à s'appliquer en janvier 2018.
04:49Mais on ne doit rien lâcher, on doit intensifier et ça fait partie de la transformation de notre industrie, de la transformation de notre agriculture, vous avez vu les engagements que j'ai pris sur le glyphosate et beaucoup d'autres sujets, c'est indispensable.
05:01Est-ce que c'est assez rapide, vous avez notamment le secrétaire général des Nations Unies qui tire une énième sonnette d'alarme qui dit que ça ne va pas rien sous deux ans, deux ans c'est un temps très court.
05:09Il faut séparer deux choses, il y a l'action qu'on mène en France, on va continuer de l'intensifier, on est là, on est au rendez-vous, on prend des décisions et on va continuer.
05:17Il y a l'action que je mène au niveau européen, moi je suis pour aller plus loin, réduire les émissions de CO2 des voitures, prendre des nouvelles mesures pour être plus durs et avoir un prix minimum du carbone, sinon on n'y arrivera pas.
05:28Et puis il y a l'international, il faut voir une chose, c'est qu'à l'international c'est de plus en plus dur.
05:33Alors le One Planet Summit a fait partie de la mobilisation que la France a lancée quand les Etats-Unis ont dit moi je quitte l'accord de Paris pour tenir les choses, avec les résultats que je vous dis, avec le Make Our Planet Great Again qu'on a lancé et des projets de chercheurs.
05:46Mais le secrétaire général a dit hier, je l'ai dit aussi quand je me suis exprimé devant l'Assemblée générale, on doit aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort là où des Etats cherchent en fait à revenir en arrière.
05:57Quels sont nos rendez-vous ? La COP en fin d'année à Katowice en Pologne. Il faut mettre en oeuvre les engagements nationaux et ce qu'on a décidé à Paris.
06:06Deuxième point, on a préparé en 2020 un sommet très important, biodiversité. Il se tiendra en Chine, on aidera la Chine mais la biodiversité c'est extrêmement important, il n'y a pas que les émissions et le CO2.
06:19Troisième point, on aura l'UICN à Marseille, très important aussi. Quatrième point, la France a pris l'initiative d'un pacte mondial pour l'environnement afin de créer de nouveaux droits, pousser justement les Etats à aller plus vite et on voudrait pouvoir le conclure également en 2020.
06:32Voilà nos engagements internationaux, on est totalement en phase avec le secrétaire général des Nations Unies, j'étais avec lui il y a une heure et dans un instant je serai avec le président de la Banque mondiale, la secrétaire générale adjointe des Nations Unies justement pour avoir des résultats.
06:45Il y a beaucoup de personnes qui vous interpellent dans les commentaires, beaucoup de questions, on ne pourra pas tous les prendre mais au moins une.
06:49Allez-y.
06:50Notamment par rapport au glyphosate, la position de la France, on sait qu'elle est critiquée de part et d'autre, il y a notamment eu ce vote.
06:55Alors je vais vous dire très clairement, moi quand je suis élu, je n'avais pas pris d'engagement sur le glyphosate. Il y a un an, quasiment jour pour jour, il y a un texte qui arrive pour la énième fois devant le Conseil européen.
07:07Le texte il propose d'autoriser pour 15 ans le glyphosate, c'est ça, novembre 2017 on est là, il y a des gens qui disent c'est 15 ans, la France jusqu'alors ce n'était pas élevé contre.
07:16Nous on dit on ne veut pas 15 ans, on veut beaucoup moins, on se bat pour 3 ans, on obtient 5 ans.
07:23Sans la France en novembre 2017, on était parti au moins pour 10 ans d'autorisation, on a eu 5 ans au niveau européen parce que la France s'est engagée.
07:33Nous ensuite on a dit on veut aller plus loin que la directive, on veut essayer de faire mieux, faire nos 3 ans, c'est-à-dire d'ici 3 ans de ne plus l'utiliser.
07:41Et après il y a eu un débat en France, mais qui est conforme là aussi à mes engagements.
07:45Est-ce qu'on devait passer par la loi une interdiction absolue d'utiliser le glyphosate, c'est-à-dire le Roundup, pour être simple, utilisé par nos agriculteurs.
07:53Et là on a été dans la discussion et la concertation, il y a plein de gens qui nous ont dit vous avez raison, on va vous suivre, on est prêt à y aller.
07:59Il y a des filières agricoles qui sont prêtes à bouger, je pense que dans les prochaines semaines on aura des vrais résultats et des vrais engagements.
08:05Et il y en a, et c'est vrai, c'est vérifié scientifiquement, qui nous ont dit si vous nous enlevez le Roundup, on est foutu.
08:12Parce que les autres pays européens ne vont pas le faire, eux ils ont une obligation à 5 ans, ce qui est vrai.
08:16Parce que dans certaines zones, quand il y a des pentes, quand il y a des conditions climatiques, si on n'a pas le Roundup il faut re-embaucher des gens, on va perdre en compétitivité, on est fichu.
08:26Je ne peux pas mettre un agriculteur dans cette situation.
08:28Donc on a décidé d'être dans l'accord contractuel, la négociation et de dire on doit faire le maximum en 3 ans, on va faire des contrats de filières agricoles pour essayer d'en sortir.
08:39Et on fait un bilan dans un an.
08:41Si on estime que les résultats ne sont pas au rendez-vous, que les gens n'avancent pas assez vite, qu'ils se moquent un peu de nous, je n'exclus pas de passer par la loi.
08:48Mais on doit d'abord être dans ce contrat.
08:50Et vous savez en France on pense que les lois règlent tout, ce n'est pas vrai.
08:53Et donc moi je suis beaucoup plus pour ce changement des comportements en profondeur.
08:57Mais je voulais vous redire ce qu'on a fait.
08:58Sans la France, il n'y aurait jamais eu cette avancée européenne.
09:01Sans notre action, on ne serait pas à 5 ans d'interduction.
09:03Et nous on va aller plus loin, nous on va le faire intelligemment, c'est-à-dire sans laisser aucun agriculteur sans solution.
09:09Vous allez plus loin, ça passe notamment par un discours j'imagine très offensif au One Planet Summit.
09:13Bien évidemment, comme toujours.
09:14Mais ce n'est pas que les discours, c'est les actions qu'il y a derrière les discours.
09:17Et moi je veux des résultats.
09:18Je fais des réunions de chantier vous savez, c'est ça qui compte pour moi.
09:21Il y a les engagements, il y a ce pour quoi je le fais, il y a les principes, mais il y a les réunions de chantier.
09:25Où on veut aller ?
09:26Vous savez, je vais aller là aux Antilles, on va parler des sargasses.
09:30Les sargasses, c'est une conséquence du réchauffement climatique.
09:32C'est des algues, c'est terrible, ça crée des problèmes sanitaires, ça crée des problèmes au quotidien pour nos concitoyens.
09:38Ce n'est pas la responsabilité de la France, c'est une conséquence concrète du réchauffement climatique.
09:42Il faut qu'on ait des résultats pour nos compatriotes qui vivent dans les Antilles.
09:46Chaque jour, on a les preuves de ça.
09:49Donc, je veux des résultats concrets, je continuerai à me battre pour ça.
09:52Ce sera suivi de votre intervention, ce sera diffusé sur Brut cet après-midi.
09:55On vous remercie de nous avoir accompagné depuis quelques minutes.
09:58A tout de suite.
09:59Et vous imaginez, il y avait énormément de commentaires, on n'a pas pu tous les prendre,
10:01qui allaient même parfois sur d'autres thématiques que l'écologie.
10:03On voit votre parole très attendue, M. le Président.
10:05Peut-être l'occasion d'en reparler une prochaine fois en direct sur vos questions.
10:08Eh bien, très bien, on continuera de cette même façon aussi de direct.
10:11Merci à vous.
10:12Avec plaisir, merci M. le Président.
10:13Et comptez sur moi.
10:14Merci à vous de nous avoir suivi.

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