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Le 3 janvier 2003, sa mère reçoit une étrange carte postale anonyme avec une liste de quatre prénoms. Pendant 3 ans et demi, Anne Berest mène l'enquête pour retrouver son expéditeur. Le secret de famille qu'elle découvre finalement : l'histoire de sa grand-mère qui a échappé à la déportation. Elle raconte.

Anne Berest présente son livre "La carte postale" au Salon Fnac Livres qui se déroulera du 30 septembre au 2 octobre à Paris et en livestream : laclaquefnac.com
Transcription
00:00Ce 6 janvier 2003, c'était un jour où il avait énormément neigé sur la région parisienne
00:05et ma mère est sortie chercher le courrier dans la boîte aux lettres
00:09et puis, au milieu des cartes de vœux traditionnelles, il y avait cette carte postale.
00:15C'était une carte postale anonyme.
00:17Et il y avait une liste de quatre prénoms.
00:19Et ma mère a été très surprise parce qu'elle a tout de suite reconnu ces prénoms
00:23puisque ce sont les prénoms de ses grands-parents, de son oncle et de sa tante
00:26qui ont été assassinés et déportés pendant la Seconde Guerre mondiale.
00:29Pendant 15 ans, je n'y pense pas un seul jour de ma vie.
00:32Cette carte postale est dans un tiroir, chez ma mère.
00:35Et ce jour-là, je décide, le matin, que quoi qu'il arrive, je mettrai le temps qu'il faudra.
00:42Je retrouverai l'auteur de la carte postale anonyme.
00:44Je me suis dit, voilà, celui qui va m'aider, c'est un détective privé, c'est son métier.
00:48Donc, je prends rendez-vous dans une agence de détectives privés qui est très connue
00:52parce qu'on en parle dans les livres, dans la littérature, qui s'appelle Duluc détective.
00:56Et on a montré cette carte postale au détective.
00:59Et alors là, il a regardé et il s'est dit, qu'est-ce que c'est que cette chose-là ?
01:03Il me dit, moi, je suis détective privée pour les divorces, pour les entreprises, mais alors ça ?
01:09Non, pas du tout. Il était vraiment circonspect.
01:14Mais il m'a donné des filons. Il m'a donné des techniques de détective.
01:26C'est la seule de toute sa famille à ne pas avoir été déportée et tuée pendant la Seconde Guerre mondiale.
01:40Et donc, après la guerre, ma grand-mère a été tellement choquée par le fait d'être orpheline et d'être seule
01:49que ma grand-mère a voulu taire et être dans le silence.
01:53Ma mère ne savait rien parce que quasiment dans toutes les familles,
01:57toute la génération de ceux qui ont connu la guerre n'ont pas parlé.
02:01Au fond, la guerre, c'était ce qui s'est passé avant. On n'en parle plus, c'était trop dur.
02:05Maintenant, on pense à demain.
02:07En faisant ce livre, je me suis lancée dans une forme de quête identitaire pour savoir quelles étaient mes racines
02:13et surtout pour me demander quelles sont dans une famille les transmissions invisibles.
02:18Qu'est-ce que nous portons en nous des gens qui nous ont précédés ?
02:22Comment, de génération en génération, les parents essayent de donner des choses à leurs enfants,
02:26parfois n'y arrivent pas parce que c'est trop dur.
02:29Et donc, on remonte comme ça sur ma fille, moi, ma mère, sa mère.
02:33On remonte comme ça de génération en génération sur l'histoire d'une parole qui se transmet ou non au sein d'une famille.
02:39Moi, j'ai été élevée par des parents laïcs.
02:41C'est-à-dire que la religion n'avait pas de place dans la maison.
02:46Un jour, notre maison a été taguée d'une proie gammée.
02:51Et donc, j'entendais mes parents parler et entendre le mot juif.
02:56Ce mot me marquait parce que je comprenais qu'il s'agissait de nous, de notre famille, mais je ne comprenais pas pourquoi.
03:04Au fond, naïvement, pour moi, l'antisémitisme était un mal qui appartenait au passé.
03:09Et puis, en faisant ma vie, je me suis rendue compte que pas du tout.
03:14Que l'antisémitisme ordinaire, l'antisémitisme de tous les jours était encore présent.
03:20En faisant ce livre, j'espère, j'essaye d'éveiller les consciences, notamment auprès de la jeunesse,
03:26de leur dire d'être vigilant, de leur dire qu'il faut sentir le poids des mots,
03:32que d'avoir des paroles, de dire « sale juif », ce n'est pas anodin, que ce n'est pas une insulte comme une autre.
03:42Et que les mots ont un poids en histoire et qu'il faut faire attention.
03:48Et que toute forme de racisme, toute forme de xénophobie doit être combattue.

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