La crise du Levothyrox est loin d'être finie.
Aurore Gorius, journaliste pour Les Jours, dévoile la situation de conflit d'intérêts entre le laboratoire Merck et l'Agence du médicament.
Aurore Gorius, journaliste pour Les Jours, dévoile la situation de conflit d'intérêts entre le laboratoire Merck et l'Agence du médicament.
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00:00Ce professeur, qui a demandé à Merck la nouvelle formule,
00:04a lui-même travaillé pour Merck par le passé,
00:06donc il est en situation de conflit d'intérêts.
00:20Le problème, c'est qu'une nouvelle formule de ce médicament
00:23a été introduite sur le marché français en mars 2017,
00:27donc il y a tout juste un an.
00:31Ce qui a changé dans cette nouvelle formule,
00:33c'est uniquement les excipients.
00:36La molécule elle-même n'a pas changé.
00:39Merck a enlevé le lactose, qui était l'ancien excipient,
00:43pour mettre deux nouveaux excipients, le manitole et l'acide citrique.
00:47On ne comprend pas forcément très bien l'intérêt de cette substitution,
00:51si ce n'est qu'effectivement, le lactose est un excipient
00:55qui est très mal toléré dans certaines parties du monde,
00:59notamment en Asie, les Asiatiques sont majoritairement intolérants au lactose.
01:04Et donc, quand on veut conquérir de nouveaux marchés,
01:06notamment en Asie, on enlève le lactose des excipients des médicaments.
01:10Merck a des projets de conquérir,
01:14c'est marqué dans beaucoup de documents stratégiques de l'entreprise,
01:17a des projets de conquérir le marché asiatique.
01:20Si bien que certains malades, certaines associations de malades
01:22se demandent s'ils n'ont pas servi de cobaye en France
01:24pour tester cette nouvelle formule
01:27et pouvoir ensuite partir à la conquête de nouveaux marchés
01:31sans avoir différentes formules à gérer du point de vue du laboratoire.
01:40C'est l'agence du médicament, l'ANSM, l'agence nationale de sécurité du médicament,
01:44qui a demandé une nouvelle formule à Merck
01:47à travers une lettre que nous avons pu consulter
01:50qui a demandé à Merck de produire une nouvelle formule
01:55pour des raisons de manque de stabilité du médicament.
01:59Cette lettre s'appuie sur une étude de pharmacovigilance
02:03qui aurait montré ce manque de stabilité,
02:07sauf que quand on demande à l'agence du médicament cette étude,
02:10elle ne veut pas la fournir et elle se retranche derrière
02:13une procédure de justice, une enquête préliminaire
02:16qui a été lancée par le pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille.
02:21Mais il y a plus que ça, c'est-à-dire que nous,
02:24dans cette lettre qu'on a pu consulter,
02:27on a vu que la lettre était signée par un professeur qui s'appelle le professeur Philippe Lechat.
02:31Et ce professeur, qui a demandé à Merck la nouvelle formule,
02:35a lui-même travaillé pour Merck par le passé,
02:38donc il est en situation de conflit d'intérêts.
02:40Il faudrait en savoir plus sur cette crise
02:42et aucune enquête n'a été diligentée par les pouvoirs publics.
02:45Les enquêtes ont été initiées par les plaignants, par les malades eux-mêmes.
02:49Et ça, c'est aussi quelque chose d'assez incompréhensible
02:52dans la gestion de cette crise par la direction générale de la santé,
02:55par la ministre de la Santé Agnès Buzyn.
02:57Ça fait déjà un an que cette crise dure,
02:59donc il y a déjà des gens qui sont en souffrance depuis plus d'un an.
03:02Ce qu'on aimerait savoir, c'est véritablement
03:04qu'est-ce qui a présidé à la demande de la nouvelle formule
03:07et on aimerait savoir où est-ce qu'elle est produite,
03:09on aimerait savoir comment elle est fabriquée.
03:11Et tout ça, pour l'instant, ces éléments-là, on ne les a pas
03:14parce qu'à la fois l'agence de médicaments et le laboratoire,
03:17main dans la main, se donnent la main pour rester très obscures
03:20sur ce nouveau médicament qui a été introduit il y a un an en France.