David Lynch, l’immense réalisateur américain derrière Mulholland Drive, Elephant Man, Sailor et Lula (pour lequel il avait eu la Palme d’or) ou encore Twin Peaks, nous a quittés.
Et pour lui rendre un dernier et bel hommage, nous avons réuni toutes les fois où dans nos célèbres Video Club, nos invités le citait lui et ses oeuvres.
Un hommage à un art cinématographique distinct qui continuera de marquer les générations à venir pendant des décennies
Et pour lui rendre un dernier et bel hommage, nous avons réuni toutes les fois où dans nos célèbres Video Club, nos invités le citait lui et ses oeuvres.
Un hommage à un art cinématographique distinct qui continuera de marquer les générations à venir pendant des décennies
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Court métrageTranscription
00:00Il n'y a rien de comparable à ça.
00:01David Lynch, alors ça, c'est un mec sur lequel je pompe.
00:04J'adore celui-là, c'est l'un des meilleurs moments de ma vie.
00:15Il y a plein de films majeurs de Lynch,
00:17Blue Velvet et Mulholland Drive,
00:19que j'ai découvert aussi assez tard.
00:21Mulholland Drive, j'ai vu sur ma télé.
00:24Et là, je faisais pause, mais pas pour aller me chercher
00:26du saucisson dans le frigo,
00:28pour me dire, ce n'est pas possible ce que je suis en train de voir,
00:30ce n'est pas possible ce que je suis en train de voir,
00:32pour me calmer sur l'excitation.
00:34C'est tout ce que je chéris le plus au monde.
00:36Et Blue Velvet aussi, c'est une atmosphère,
00:38c'est un monde dans lequel vous voudriez vivre
00:41en même temps qu'il serait répugnant à vouloir vivre.
00:43C'est des choses qui sont cachées.
00:45C'est une manière de faire apparaître du vrai en passant par le faux.
00:49Ce ne sont que des images qui sont convoquées.
00:51C'est comme une musique lancinante que vous ne pouvez plus quitter.
00:54Il n'y a rien de comparable à ça.
00:55J'ai envie de le revoir, ça aussi.
00:57C'est ce que je disais tout à l'heure quand je comparais Buffet Froid
01:00à Mulholland Drive, ça peut paraître curieux,
01:01mais moi j'ai vu ce film, d'ailleurs c'est Terry Gilliam
01:03qui m'a dit, il faut absolument que tu ailles voir ce film.
01:04J'ai adoré ce film et j'ai eu la chance de rencontrer David Lynch en 2002,
01:08je crois, vous venez d'aller présenter le film Irréversible à Cannes.
01:11J'ai croisé le grand Lynch, qui d'ailleurs est très abordable,
01:14très gentiment, et j'ai juste posé une question,
01:15mais comment vous avez fait pour ce film ?
01:17Il m'a dit, je ne sais pas.
01:18Et ce n'était pas ironique,
01:20c'était juste qu'il s'est laissé embarquer
01:23dans un univers visuel, imaginaire, prodigieux,
01:25la chanteuse d'opéra, la petite clef bleue, la boîte bleue.
01:27J'ai très aimé celui-là, c'est probablement mon film préféré.
01:30Oui, c'est Mulholland Drive.
01:35David Lynch.
01:37Je veux dire, on a juste travaillé avec Laura Dern,
01:39et elle vient vraiment de, pas de ce film,
01:41mais de ce monde, je dirais, le monde de David Lynch.
01:44Mais ce que j'aime de ce film, c'est que c'est comme un labyrinthe,
01:48et vous, en tant que spectateur, vous devez jouer avec tous les morceaux de ce puzzle
01:52pour essayer de le faire fonctionner, pour essayer de le rendre significatif.
01:54Vous êtes dans une position active,
01:56et vous devez utiliser votre propre subconscience
01:58pour essayer de chercher le sens.
02:00Et c'est une belle histoire
02:02sur Los Angeles,
02:04et tous les rêves que vous pouvez créer,
02:06et les cauchemars aussi.
02:08Je ne savais rien du film quand je l'ai vu,
02:10mais Naomi est une amie de moi, d'Australie, et d'Ebbs.
02:13Donc je suis allé voir Naomi's new movie,
02:15et je me suis dit, ah, c'est génial.
02:17Et j'étais tellement content,
02:19et tellement étonné,
02:21et tellement étonné,
02:22parce qu'elle avait été à Los Angeles pendant des années.
02:50Twin Peaks, c'était quoi ?
02:51Firework With Me, c'était ça ?
02:53C'était un masterpiece.
02:59C'est bien aussi, David Lynch, c'est un mec
03:02sur lequel je pompe.
03:03Quand je tourne, je pompe.
03:04Par exemple, quand je ne sais pas comment faire un plan,
03:06je me dis,
03:07tiens, qu'est-ce qu'il ferait ce con de Lynch ?
03:10Alors il ferait ça, il se mettrait là, puis il ferait ça.
03:12D'accord, faisons-le, alors on le fait, ça marche.
03:20Je me sens étranger.
03:21Et dans ce film,
03:22Dune, comme le Dune original,
03:25David Lynch.
03:29Ce film t'a emmené dans un autre monde.
03:32C'était le premier film de sci-fi
03:34que j'ai regardé,
03:35et j'étais tellement enthousiaste
03:37par toutes les différentes performances.
03:38Le flottant Fatman était tellement incroyable.
03:41Et la seule femme qui lui a fait...
03:45Kyle lui a mis sa main dans la boîte,
03:47et il a fait comme ça.
03:49C'était une performance tellement puissante
03:52pour tout le monde.
03:53Et Sting, le Sting qui avait l'air bien,
03:55qui bougeait dans ses vêtements,
03:56je vais le tuer,
03:57je me disais, waouh.
03:59Qu'est-ce que tu penses de la nouvelle version ?
04:01J'aime la nouvelle version, je l'aime vraiment.
04:02Maïa Rockies.
04:06Why Dune.
04:09Je pense que quand tu fais des films classiques comme ça,
04:12qui ont quelque chose de spécifique
04:15et qui ont quelque chose qu'ils veulent faire
04:17et qu'ils veulent dire,
04:18c'est difficile de refaire ça
04:20et d'avoir ce même sentiment
04:22et de ne pas le faire comme
04:24juste un grand film de sci-fi avec des performances.
04:27Mais la nouvelle Dune capture
04:29le même sentiment que celui-ci avait,
04:32au moins pour moi.
04:34Et je pense que c'est génial.
04:35Je suis un grand fan de la nouvelle Dune.
04:37Comme ce film, je me souviens de voir ça
04:39et de le regarder à nouveau et à nouveau
04:42et de me demander comment tu y arrives.
04:45Juste un film incroyable.
04:47Elephant Man.
04:48Elephant Man, oui.
04:49On t'apportera un autre déjeuner, Maïa.
04:50Je suis sûr que tu devrais être très faim.
04:52Elephant Man, c'est un des films qui m'a le plus déchirée.
04:55L'histoire de John Merrick.
04:57La vraie personne a écrit des poèmes.
05:00C'était vraiment un homme,
05:01une âme de poète extrêmement touchant.
05:05Et puis, évidemment, c'est un film qui montre
05:08comment la société voit les gens différents, les freaks.
05:13Aaaaaaah !
05:14Aaaaaaah !
05:16Cette voix que John Hurt avait prise,
05:18qui était très, très, très vibrante et fragile.
05:22I love the way you arrange the pictures on the windowsill.
05:28Oh, thank you.
05:29J'ai envie de pleurer, je ne suis pas honte de ça,
05:31mais c'est incroyable.
05:34Lynch, c'est plus compliqué.
05:36J'adore Blue Velvet.
05:39Et j'ai ri à Elephant Man, par exemple.
05:42Et Mulholland Drive, pas la première fois.
05:44J'ai mis quatre fois avant de comprendre et d'aimer, en fait.
05:46Mais je me disais, il y a un truc que j'aime bien là-dedans
05:48et que je ne comprends pas, et ça m'énervait de ne pas aimer.
05:50Ton amour, c'est du héros.
05:56Et il y a un moment, je suis rentré dedans et j'ai embarqué.
06:00Effectivement, j'aime beaucoup.
06:03C'est vachement dur d'en parler.
06:04Quand j'ai terminé la série,
06:06je pense que je n'ai pas été capable de regarder un film pendant 15 jours.
06:09Tout me semblait dérisoire.
06:14Mettre en scène 18 épisodes et qu'à chaque fois,
06:16il y ait de la mise en scène à ce niveau-là.
06:18On ne dit jamais que c'est un type qui fait des films de genre ou d'horreur,
06:22mais il y a vraiment de l'horreur partout parce que son principe,
06:25c'est de prendre le réel et de le tordre.
06:29Nous aussi, on a été dans ces bars, ces machins, etc.
06:32Et tout d'un coup, il tord tout comme ça.
06:34Et là, il y a une angoisse qui monte.
06:36Il n'a jamais fait de film d'horreur franc comme ça.
06:38Mais tout est film d'horreur chez lui.
06:40Il ne faut pas essayer de décrypter le sens parce que là, c'est peine perdue.
06:43Après, on peut décrypter l'image, on peut décrypter le son,
06:46on peut décrypter le tempo.
06:50Un des grands trucs de Lynch, c'est de ralentir le tempo d'une scène.
06:53Steyway, avant que Poulman aille jouer dans son club du saxophone
06:59et qu'il dit à sa femme,
07:00« Viens, je vais lire, tu vas lire quoi ? »
07:02Mais il met quatre secondes entre chaque réplique, il étire, etc.
07:06Et tout d'un coup, « Ah bon, tu vas lire quoi ce soir ? »
07:08ça devient terrifiant.
07:09« Qu'est-ce que tu vas faire ? »
07:12« Reste chez toi. Lise. »
07:18« Lise. »
07:30« Lise. »
07:33« Lise quoi ? »
07:35« Mulholland Drive » Lynch, justement, dans les films de Lynch,
07:38donc il y a « Mulholland Drive » que je n'arrive jamais à dire,
07:40mais c'est pour ça que je le dis très vite.
07:41« Naomi Watts », pareil, que j'ai eu la chance,
07:43j'en reviens pas, j'ai l'impression de le parler et que c'est pas vrai.
07:45Oui, c'est vrai aussi.
07:46J'ai rencontré, avec qui j'ai tourné dans Emmanuel, qui est extraordinaire.
07:50Et ça fait partie de mes films préférés.
07:52« Lynch » fait partie de mes réalisateurs préférés
07:54qui, justement, comme les premiers films dont on parlait tout à l'heure,
07:57c'est des réalisateurs qui n'essaient pas de faire ce qui marche
08:00et ce que le public attend,
08:02même si c'est important de prendre en considération le public,
08:04c'est pas ça que je veux dire.
08:05Mais d'essayer toujours de réinventer
08:07en mettant le plus de sincérité et de notre folie,
08:11c'est ça qui est intéressant dans l'art.
08:13Sinon, si on essaie tous de copier à peu près les trucs qui marchent,
08:16on se retrouve avec des espèces de copies de trucs moyens
08:19qu'on a déjà vus, qu'on ne voyage plus.
08:22Et c'est pour ça que ça fait partie des plus grands réalisateurs,
08:24c'est parce qu'ils sont libres.
08:32Pas exactement pourquoi,
08:34mais j'ai été obsédé par ce film-là pendant mes années collège
08:39et je l'ai regardé quasiment tous les matins avant d'aller à l'école.
08:49Je l'ai revu, évidemment, plein de fois,
08:52en essayant de comprendre pourquoi les gens le rejetaient tellement,
08:54pourquoi il y a une sorte de cabale sur ce film.
08:57Je trouve que c'est assez injuste
08:59parce que d'un point de vue, justement, direction artistique,
09:03des décors, des costumes, de l'univers,
09:06c'est une des plus belles réussites de Lynch
09:09et on retrouve l'esprit de Lynch à plein d'endroits.
09:13Et surtout quand Dune, si je ne me trompe pas,
09:17est son troisième film.
09:19Il fait Eraserhead,
09:21il perd espoir de pouvoir refaire du cinéma un jour,
09:25Mel Brooks vient le chercher
09:27alors qu'il est quasiment revenu
09:31à faire des travaux de menuiserie
09:33et lui dit « mais t'es un réalisateur génial,
09:35il faut absolument que tu fasses un film ».
09:37Il lui donne Elephant Man,
09:39donc Mel Brooks va produire Elephant Man avec Lynch qu'il réalise,
09:42c'est quand même dingue.
09:44Et derrière ça, Dino de Laurentiis lui dit « viens faire Dune »
09:48et il lui dit « non, non, moi je veux faire Blue Velvet ».
09:50Il lui dit « fais Dune et après tu fais Blue Velvet ».
09:55Dans la série des films qu'on a vus,
09:57encore une fois à la télé mais de manière absurde,
09:59il faut savoir qu'on doit toute notre filmographie
10:01à tout ce qui passait sur les chaînes télé
10:03quand on était petits.
10:05Ce qu'on n'a pas vu, c'est vraiment la faute des chaînes télé
10:07parce qu'elles n'ont pas diffusé,
10:09parce qu'on a vu beaucoup de choses.
10:11Je crois que c'est vraiment intégralement France Télévisions,
10:13M6, TF1, un peu Arte.
10:15Arte était giga bizarre à l'époque.
10:17Arte en 98, c'était pas...
10:19Ça passait de France 5 à Arte.
10:21C'était curieux quand même.
10:23Malone Drive, on l'a vu un jeudi soir
10:25sur France 3, je me souviens.
10:34Il était interdit au moins de 10 ans.
10:36J'ai l'impression qu'on avait couru dans la cuisine
10:38pour demander à notre mère si on pouvait le voir
10:40parce que c'était interdit au moins de 10 ans.
10:42Un pote de la série l'avait dit « d'accord ».
10:44Sans savoir ce qu'était Malone Drive.
10:46Notre père je pense qu'il connaissait pas David Lynch
10:48mais je pense que ce film-là, c'est un film qu'on a dû revoir
10:50peut-être une fois par an.
10:53On avait une espèce de théorie ultra rodée
10:55mais dès qu'on le revoyait, on se disait
10:57qu'il y a toujours des trucs qui nous échappent.
10:59Jusqu'à récemment, j'ai vu l'interview de David Lynch
11:01où il dit que l'idée c'est de ne pas donner la clé.
11:03Je crois que les films sont aussi beaux
11:05quand on ne donne pas les clés
11:07et qu'on laisse le public se les approprier.
11:09Je crois qu'il dit que ça peut aussi diminuer les œuvres
11:11de forcément vouloir tout expliquer.
11:13Ce film, c'est un chef-d'œuvre absolu.
11:15Je trouve qu'on aime bien voir des films
11:17où on peut les revoir.
11:19A chaque fois qu'on le revoit, on découvre quelque chose.
11:21On a l'impression de comprendre quelque chose en plus
11:23à chaque fois qu'on le revoit.
11:25C'est aussi un film qui nous a fait très peur.
11:27Je me rappelle que longtemps,
11:29quand on nous demandait ce film qui nous a fait le plus peur,
11:31il y avait la séquence de fin de My Lonely Drive
11:33avec les parents de Naomi Watts, les deux vieux.
11:35C'est pas ses parents, c'est les vieux qu'elle a rencontrés en taxi.
11:37Qui rentrent sous la porte en miniature.
11:39C'était terrorisant, ce truc-là.
11:41Pour nous, Los Angeles, c'était aussi
11:43le Los Angeles de David Lynch
11:45qui était un peu laiteux, silencieux
11:47avec le soleil qui cogne et quasiment aucun son.
11:49Il avait ce truc-là en tête.
11:51La sonnerie de téléphone dans le silence.
11:53C'était vraiment formidable.
11:55Forcément, j'ai mis David Lynch.
11:57Beaucoup de monde me parle de David Lynch.
11:59Je l'adore.
12:01Je l'adore parce que c'est un homme qui fait plein de choses
12:03et qui a d'abord commencé
12:05par la peinture et le dessin
12:07avant de se rendre au cinéma.
12:09C'est aussi mon cas.
12:11J'ai d'abord eu cette envie de raconter des histoires à travers les images
12:13mais ça s'est fait d'abord par le biais de la peinture
12:15et ensuite, plus tard, en étant actrice
12:17et j'ai décidé de passer de l'autre côté.
12:19Ce que j'aime bien avec David Lynch,
12:21c'est que tout est cohérent.
12:23J'ai l'impression que ses dessins, sa musique,
12:25son cinéma,
12:27ses écrits, tout tourne autour
12:29d'un seul et même monde.
12:31C'est quelque chose qui m'inspire beaucoup
12:33et que j'essaie de construire tranquillement.
12:41C'est aussi quelqu'un qui est
12:43très fanat de l'inconscient et du rêve.
12:45C'est aussi quelque chose qui m'inspire beaucoup.
12:47Bisous David !