Le long de la frontière longue de près de 300 kilomètres entre la Russie et l'Estonie, les tensions se cristallisent entre les deux pays dans la ville de Narva. 96 % des habitants y sont russophones et beaucoup d'entre eux empruntent chaque jour le pont qui rejoint les deux pays. L'Estonie consacre 3,4% de son PIB à la défense militaire, une part en forte augmentation. C’est le deuxième pays européen, derrière la Pologne à consacrer autant de moyens à l’industrie de défense.
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00:00Pourquoi l'Estonie craint-elle de devenir la prochaine cible de Vladimir Poutine ?
00:04Les Estoniens craignent aujourd'hui qu'avec un cessez-le-feu en Ukraine,
00:08une partie des troupes déplacées par la Russie reviennent le long de la frontière
00:13et puissent servir soit d'avant-garde qui lancerait une offensive,
00:16soit de troupes qui créent des diversions ou ce qu'on appelle beaucoup les provocations.
00:21Un incident à la frontière qui, si vous y répondez,
00:24entraîne une escalade et donne une excuse aux Kremlin pour intervenir.
00:28Et le long de cette frontière entre les deux pays, longue de près de 300 km,
00:33la ville de Narva cristallise les tensions.
00:35Elle n'est séparée de la ville russe d'Ivangorod que par le fleuve Narva
00:39qui est lui-même traversé par le pont de l'Abitié.
00:42C'est d'ailleurs l'un des derniers moyens de se rendre en Russie depuis l'Europe.
00:46Et sur ce pont, la sécurité a été renforcée depuis le début du conflit en Ukraine.
00:50La circulation des véhicules y est par exemple interdite depuis février 2024.
00:56Le consultant russie de BFM TV, Paul Gogo,
00:59a déjà pu se rendre sur place pour rejoindre la Russie.
01:02Narva, moi j'ai eu l'occasion d'y aller plein de fois, on y passait la nuit généralement
01:06parce que vous avez le premier poste frontière côté estonien,
01:09vous pouvez y passer plusieurs heures.
01:11Ensuite vous traversez ce pont,
01:13ce qui donne une sensation très étrange de passer un rideau de fer.
01:16La dernière fois que j'ai traversé ce pont côté estonien,
01:18on installait quand même des blocs de béton en titan,
01:21qu'il y avait des soldats armés qui étaient présents sur ce pont.
01:24Pour le coup, on ressentait le côté frontière et le côté adversaire qui est juste en face.
01:28Narva, qui n'a qu'une heure de différence avec Moscou,
01:31est aussi une ville qui, comme l'Estonie,
01:33était sous le giron de l'URSS avant sa chute en 1991.
01:37Et aujourd'hui encore, 96% des 56 000 habitants sont russophones.
01:42Plusieurs centaines d'entre eux d'ailleurs font l'aller-retour entre la Russie et l'Estonie chaque jour.
01:47Des allers-retours et une proximité avec la Russie
01:50qui laissent planer le doute sur les opinions de la population.
01:52Moi, j'ai cette anecdote en tête d'une amie qui vit là-bas
01:55et qui me racontait que le soir du jour de l'an,
01:58vous avez des feux d'artifice qui sont tirés à l'heure de Moscou.
02:01Et là, vous vous dites, dans mon voisinage,
02:03visiblement, il y a des gens qui sont plus en faveur de la Russie qu'en faveur de notre pays.
02:09Et ça, c'est très inquiétant pour ceux qui ne le sont pas
02:12parce que beaucoup craignent pour l'indépendance de leur pays
02:15et ont peur que le danger vienne de l'intérieur.
02:17Donc, il y a une tension qui existe en intérieur.
02:19Une tension que tente d'exacerber la Russie le 9 mai 2023, par exemple.
02:24Comme chaque année, à cette date,
02:25la Russie célèbre la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale.
02:30Mais à Ivangorod, les autorités ont décidé de placer la scène
02:33sur laquelle viennent se produire des chanteurs en direction de la berge estonienne.
02:37Côté estonien, une banderole « Poutine est un criminel de guerre »
02:41est accrochée face à la scène.
02:42Une provocation qui n'étonne pas Katri Raik, la maire de la ville,
02:46qui affirme que les Estoniens sont « habitués aux provocations ».
02:49Mais ce qui inquiète d'autant plus, c'est l'alignement de ces drapeaux.
02:53Au premier plan, le drapeau estonien et celui de l'OTAN.
02:56Au fond, celui de la Russie.
02:58En tant que membre de l'OTAN,
03:00une attaque contre l'Estonie sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties
03:05qui réagiront en employant, y compris la force armée, selon le traité de l'Alliance.
03:09Concrètement, selon les textes,
03:11une attaque russe à Narva pourrait être le début d'un nouveau conflit mondial.
03:16D'ailleurs, quelques centaines de soldats de l'Alliance,
03:18dont des soldats français, sont prépositionnés dans le pays,
03:21à 150 km de la frontière russe.
03:24Tout le monde part du principe que c'est l'OTAN, qu'on ne peut pas toucher à l'OTAN.
03:28Sauf que quand vous en parlez aux gens qui vivent là-bas,
03:31en fait les provocations, elles sont, je ne vais pas dire quasi quotidiennes,
03:34mais en tout cas hebdomadaires, des petits incidents à droite à gauche.
03:38Et donc on comprend que la Russie teste l'OTAN au quotidien dans ces zones-là.
03:42Et qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que la Russie fasse la conclusion
03:46que finalement l'OTAN, ce n'est pas si terrible que ça.
03:48Un risque que l'Estonie a bien compris,
03:51comme le montre cette déclaration récente du ministre de la Défense estonien.
03:55Nous devons approfondir notre système d'alerte anticipé
03:58et savoir précisément que nous réagirons sans tarder si une personne foule notre sol.
04:03Et l'Estonie investit en ce sens.
04:05Le pays consacre 3,4% de son PIB à l'industrie de défense militaire,
04:11une part en forte augmentation.
04:13C'est le deuxième pays européen, derrière la Pologne,
04:16à investir autant dans l'industrie de défense.